LIEUTENANT-COLONEL
rent; il résista; l'ennemi se retira (1). Dans les nombreux avancements qui eurent lieu, je ne fus pas oublié; je reçus le brevet de lieutenant-colonel, aujourd'hui chef de bataillon. Le général Dumouriez laissa le commandement à Beurnonville, qui était lieutenant général, pour conduire un corps considérable au secours de Lille, et se rendit à Paris afin d'y concerter les plans ultérieurs d'opérations. Je l'y suivis.
Après un court séjour, nous rejoignîmes l'armée qui se réunissait sous les murs de Yalenciennes. Le plan arrêté à Paris tendait à envahir la Belgique. Pour exécuter cette entreprise, le général en chef fit tÂter l'ennemi sur toute l'étendue de la frontière, et les aides de camp furent envoyés aux principaux points d'attaque pour lui rendre un compte particulier des forces opposées. C'est d'après les rapports qu'il devait concentrer les troupes et déterminer le point d'attaque. Il m'envoya à Lille ; j'accompagnai la reconnaissance ordonnée sur Tournai et commandée par le général Lamarlière.
Les troupes allaient voir l'ennemi pour la première fois sur son terrain. On ne devait point engager une affaire sérieuse, le but principal étant de juger des forces ennemies par leur résistance. Nous étions bien supérieurs, et en outre une bonne réserve qui nous suivait de loin était destinée à appuyer notre mouvement, ou à nous recueillir dans le cas où nous serions repoussés. C'est le dernier rôle que remplit cette troupe, commandée en personne par le lieutenant général de La Bourdonnaie, qui avait le titre de général en chef, mais subordonné à
(i) Tel est exactement le texte du manuscrit original. Si le maréchal, qui écrivait au courant de la plume et ne se relisait pas, avait revu ce passage singulièrement laconique, il eût remarqué sans doute qu'il y avait, môme dans un résumé, un peu plus et un peu mieux à dire sur la campagne de TArgonne.
Dumouriez, qui était général d'armée, grade correspondant à celui de maréchal, dont le titre était supprimé ; néanmoins ceux qui en étaient pourvus le conservaient.
Aux premiers coups de canon, notre reconnaissance plia, se débanda et porta à son camp sous Lille l'efîroi dont elle était saisie; cependant Tennemi ne montra pas plus de douze cents hommes de toutes armes et deux pièces de canon, et certes sur ce point il n'avait pas davantage. On fit de vains efforts pour arrêter les fuyards ; mais l'ennemi ne s'avança pas beaucoup, et la réserve que l'on amena fit bonne contenance.
Je rendis compte de cet événement, qui était absolument le second Pas de Baisieux sur la frontière (Ij. Les généraux voulurent bien citer les efforts auxquels j'avais concouru pour remplir la mission dont j'avais été chargé, ainsi que ma contenance pendant cette échauffourée, et véritablement je rendis quelques services dans cette occasion. Tous les renseignements étant parvenus, on eut la certitude que les forces ennemies, commandées par le duc Albert de Saxe-Teschen, étaient rassemblées devant nous dans un camp retranché sur les hauteurs de Mons et de Berlaimont, couvrant cette ville, et le général Dumouriez résolut de livrer bataille.
Toutes les dispositions prises, l'armée s'ébranla et prit une position parallèle à celle du camp retranché; l'ordre fut donné sur toute la ligne pour l'attaque générale à midi, le lendemain; toutes les montres furent réglées sur celle du général en chef. De fausses attaques devaient se renouveler sur les principaux points de la frontière et dans le môme temps. C'était un peu tard pour une bataille; mais on avait pris cette détermination
(1) Le maréchal fait allusion à la déroute du 29 avril 1792, sur le même terrain, après quoi les fuyards, roulant de Baisieux jusqu'à Lille, massacrèrent leur général, Théobald Dillon.