‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 85 sur 262 · BATAILLE DE JEMMAPES · texte numérisé non relu

BATAILLE DE JEMMAPES

SOT la marche du général d'Harville, qui amenait iO,000 hommes du camp de Maubeuge et devait tourner la gauche du duc Albert.

Une batterie du calibre de douze annonça l'heure de midi; l'armée s'avança sur Tennemi et commença l'attaque avec beaucoup de résolution (i). Le feu devint très vif et la résistance opiniâtre. Des obstacles, tels que retranchements, épaulements, coupures, abatis, chevaux défrise, favorisaient la défense; ils étaient difficiles à surmonter, mais non impossibles. Cependant des corps de notre ligne commençaient à s'étonner, même à plier; Dumouriez portait remède à tout; mais le général d'Harville, qui devait appuyer notre droite et tourner la gauche de l'ennemi, n'arrivait point, malgré des ordres réitérés de presser sa marche. Notre gauche n'avançait point, le général s y porta et reconnut la difficulté de forcer la droite des Autrichiens. Notre avant-garde, commandée par Beumonville, placée à la droite de la ligne, venait d'être repoussée ; une seconde charge n'avait pas été plus heureuse. Notre centre était stationnaire et perdait beaucoup de monde ; le duc de Cbartres, qui le commandait, reçut l'ordre de tenter de percer celui de l'ennemi ou de fixer assez son attention pour qu'il ne le dégarnît point, tandis qu'avec quelques troupes fraîches qu'il mènerait lui-même à Pavant-garde, Dumouriez allait faire un nouvel effort par sa droite.

Je venais de lui rendre compte alors que la tête de colonne du général d'Harville paraissait enfin, mais qu'il lui faudrait encore quelques heures et un peu de repos avant qu'il pût exécuter le mouvement prescrit pour tourner la gauche de la position formidable qu'occupait l'ennemi. Dumouriez me laissa avec le duc de

(i) Bataille de Jemmapes, livrée le 6 novembre 1792.

Chartres, qui me chargea de lui amener un régiment de dragons resté en réserve. Pendant la marche de ce régiment, nous vîmes Dumouriez et Beurnonvilie s'élancer à la tète de Tavant-garde, et, après une faible résistance des Autrichiens, nous aperçûmes cette avant-garde couronnant les hauteurs. Cette attaque rapide et décisive, jointe au mouvement de d'Harville qui s'avançait à notre extrême droite, décida vraisemblablement la retraitede l'ennemi, qui ne voulut pass'exposer à se voir couper la route de Bruxelles, opération qu'indiquait la marche de ce corps. Le duc de Chartres, aussitôt qu'il aperçut le progrès et le succès de Tavant-garde, donna rélan aux troupes qu'il commandait ; les obstacles si longtemps défendus furent franchis, et moi-même je conduisis le régiment de dragons au galop sur les hauteurs, où ils trouvèrent encore à sabrer; mais nous n'entrâmes à Mons que le lendemain, après que les Autrichiens se furent retirés.

Pendant la bataille, Beurnonvilie reçut des ordres qui l'appelaient au commandement de Tarmée de la Moselle. Dumouriez, qui l'avait fait lieutenant général et espérait le garder à son armée, fut mécontent de cette disposition, et moi très contrarié ; cependant il fallut obéir, et Beurnonvilie nous fit ses adieux en me promettant particulièrement qu'il ne m'oublierait point.

L'armée continua sa marche en ferraillant et prit ses quartiers d'hiver sur la Meuse et laRoër, au lieu de pousser jusqu'au Rhin. Dumouriez partit pour Paris et me permit de le suivre. 11 n'y resta que le temps nécessaire pour concerter l'invasion de la Hollande et prolongea mon congé.

Pendant que Dumouriez soumettait les forteresses de la frontière hollandaise, l'armée laissée sur la Roër et la Meuse fut surprise dans ses cantonnements et chercha à

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