COLONEL DE PICARDIE
se rallier en deçà de Liège. Dumouriez reçut Tordre d'y aceonrir; tous les officiers absents durent rejoindre, et je me préparais à me mettre en route , lorsque j'appris Farrivée de Beurnonville à Paris et sa nomination au ministère de la guerre. Je fus le voir et prendre congé; mais il me retint, et quelques jours après il me remit le brevet de colonel du régiment de Picardie. Deux grades supérieurs en six mois, il y avait de quoi satisfaire la vanité et l'ambition la plus effrénée; je ne pouvais espérer un avancement aussi rapide, aussi j'étais Thomme le plus heureux et le plus glorieux. S'il y eut de la faveur, une véritable amitié de la part de Beurnonville, I j'espérais que le régiment que j'allais commander et l'armée ne me trouveraient pas indigne d'un tel grade, attendu que le régiment était un de ceux que j'avais maintenus lors de la reconnaissance sur Tournai.
On apprit alors la perte de la bataille de Nerwinde et la retraite de Dumouriez. Ses ennemis crièrent à la trahison; dès ce moment il fut perdu, et les importants services qu'il avait rendus en Champagne, en Flandre et en Belgique, furent oubliés. Tel est le sort des hommes qui servent les révolutions. Le mien ne tint qu'à un fil. A peine avais-je dépassé nos frontières que je rencontrai des bandes de fuyards se rendant en France et chantant à gorge déployée les airs nationaux. J'arrivai à Bruxelles où je trouvai Tétat-major de l'armée, mais encore dans la confusion qui suivit la perte de la bataille. On ignorait où la plupart des corps s'étaient retirés, et notamment le régiment de Picardie. Dumouriez couvrait l'armée, c'est-à-dire ses débris, avec l'arrière-garde qui revenait de Louvain, et je l'attendis. Quelques heures après 5 on me fit savoir qu'un officier de mon régiment venait d'arriver pour prendre des ordres; on l'envoya cantonner provisoirement aux environs de Tournai.
Je vis Dumouriez à son arrivée. Il me reprocha comme à Beurnonville de l'abandonner. J'observai que l'amitié de celui-ci l'avait porté à récompenser et à encourager quelques faibles efforts, et que sans doute, dans des circonstances plus heureuses, il m'eûtlui-mème fait obtenir cet avancement; que d'ailleurs je ne le quittais point, puisque le régiment faisait partie de son armée. Ces raisons le calmèrent; il me parla de notre fâcheuse position ; il m'engagea ensuite à me rendre à mon poste, en me recommandant de maintenir mon régiment et de le soustraire à la funeste influence des désordres qui régnaient alors. Je le quittai en l'embrassant; nous avions l'un et Tautre les larmes aux yeux. Nous ne prévoyions point que c'étaient nos derniers adieux.
J'arrivai au cantonnement et me fis recevoir, au grand déplaisir du lieutenant-colonel qui criait sur les toits que l'on avait commis une révoltante injustice en lui donnant un chef. Il me demanda un congé que je lui accordai et ne reparut plus.
Le mouvement rétrograde continuant, nous ne nous arrêtâmes que rentrés sur notre territoire. La brigade du général Miaczinski, à laquelle j'appartenais, vint à Orchies. J'étais frappé delà mollesse de l'ennemi, qui ne nous inquiétait point.
Peu de jours après, étant à dîner, un caporal de mon régiment vint me dire que le ministre de la guerre, qui changeait de chevaux à la poste, me demandait immédiatement. Étonné de cette arrivée imprévue, je me rendis près de lui; après m'avoir embrassé, il me présenta à quatre commissaires de la Convention qui m'interrogèrent sur notre retraite; je ne pouvais leur donner aucun renseignement, attendu que je n'étais arrivé que depuis peu de jours, ce que le ministre confirma. Ils étaient pressés de partir et de s'acquitter de leur corn-