MARCHE SUR LILLE
mission» dont ils me firent mystère. J'interrogeai Beurnonville, qui fut aussi discret ; mais il me recommanda de tenir prêt mon régiment, qu'il passerait en revue à son retour du quartier général établi aux Boues de Saint- Amand.
Le lendemain matin, Miaczinski me fait appeler : je le trouve radieux. La pièce où il se tenait était encombrée d'offîciers ; l'un d'eux lisait une dépécbe arrivée peu de moments auparavant au général; je compris seulement que les quatre commissaires et le ministre de la guerre avaient été arrêtés et conduits à Tournai. Miaczinski m'ordonna de faire prendre les armes à mon régiment et ajouta qu'il m'enverrait des ordres ultérieurs. Je fis battre la générale; en un instant nous fûmes prêts. Un aide de camp m^apporta l'ordre verbal de prendre le commandement du camp, de mettre les troupes en marcbe et de les diriger sur Lille, où le général me précéderait. Je fis partir mes logements (1), que nous suivîmes. Une halte était nécessaire, et j'arrêtai la troupe à Pont-à-Marcq. Un nouvel ordre du général m'enjoignit de presser la marche, et nous nous remîmes en route. Tout en cheminant, quelques-uns de mes officiers m'apprirent ce qui s'était passé à Saint- Amand ; notre général D'en avait pas fait mystère, et la troupe en était à peu près instruite. On chercha à pénétrer mes dispositions; je me bornai à répondre que notre devoir était dans Tobéissance, sans nous embarrasser des événements.
La tête de colonne arrivait au faubourg des Malades quand je reçus un billet de Miaczinski, daté de Lille, qui m'ordonnait de m'açrêter jusqu'à nouvel ordre partout où ce billet m'arriverait, de faire rafraîchir les troupes et de ne pas les quitter. Elles étaient déjà vers
(Ij Les fourriers chargés de faire les logemenls.
les glacis de la forteresse; je fis face en arrière suivant les règlements et mettre les armes en faisceaux. Point de rafraîchissements : j'en envoyai demander à Lille. Les portes et barrières en étaient fermées et les ponts-levis levés. Cette circonstance prolongée me fit juger qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire dans la ville, attendu que l'on ne ferme les portes des villes de guerre que pour la forme à l'arrivée des troupes de passage ou qui viennent pour tenir garnison; le voisinage de l'ennemi ne pouvait motiver aucune diHiculté, puisque nous étions un bon nombre de défenseurs sur les glacis. Tandis que nous raisonnions avec plusieurs de mes officiers sur cette étrange réception, on me prévint qu'un municipal me demandait; je m'approchai de lui, je le trouvai très agité. Il me dit que le conseil, réuni àThôtel de ville, désirait me parler; je répondis, en montrant le billet du général qui me prescrivait de ne pas quitter la troupe, que je supposais que le but de cette invitation municipale avait vraisemblablement pour objet de concerter des mesures pour le logement et les vivres; que le général y était ainsi que mes fourriers; que Ton pouvait s'adresser à lui ; que je ne commandais qu'en son absence ; qu'au surplus j'allais me faire suppléer par un capitaine qui me rapporterait ses ordres.
Nos désastres, qui s'étendaient sur tout le développement de nos frontières et particulièrement celle du Nord, les faisaient rejeter sur les chefs, et la politique d'alors préférait les sacrifier plutôt que d'en accuser le nombre des lâches qui les avaient amenés. C'est ainsi que Dumouriez fut signalé comme traître à la patrie; un décret d'accusation venait d'être lancé contre lui. Les quatre commissaires dont j'ai parlé furent envoyés au quartier général pour l'exécuter et amener Dumouriez à la barre de la Convention ; Beurnonville était chargé