DÉNONCIATIONS ET MENACES
général Souham, qui me prit d'amitié ; elle dure encore aujourd'hui. Tranquille sur le point où je commandais, il porta son attention sur les autres et me laissa carte blanche. La sécurité était rétablie sur une portion de frontière que je faisais respecter.
On eut alors le bon esprit de fondre tous les bataillons Yolontaires d'ancienne ou nouvelle formation avec les bataillons de ligne, deux des premiers pour un, et Ton me chargea de cette opération ; mais il y avait un tel désordre que Ton ignorait, la plupart du temps, où lis étaient cantonnés, parce que lorsqu'ils ne se trouvaient pas bien ou suivant leur goût dans un lieu, ils passaient, sans en donner avis, dans un autre; de sorte que Ton m'ordonna de parcourir les départements environnants pour envoyer le plus possible de bataillons à Lille.
Sur ces entrefaites, deux nouveaux commissaires extraordinaires arrivèrent avec des pouvoirs très étendus. Je leur étais dénoncé; leur premier acte devait être ma destitution, mon arrestation, enfin ma translation au tribunal révolutionnaire d'Arras, d'où personne n'échappait. Il est vrai que je m'étais fait un terrible ennemi d'un général républicain et révolutionnaire au superlatif, pour m'être moqué de sa lâcheté dans une attaque à Menin ; il était devenu la fable et la risée des troupes, même de celles qui partageaient le plus ses opinions. C'est lui aussi qui avait dénoncé et perdu le pauvre général Lamarlière ; mais la justice divine fit qu'il perdit la vie à son tour et par le même supplice.
Un autre ennemi que je soupçonnais fortement, ancien très mauvais comédien, général et commandant l'armée révolutionnaire (i), qui avait pour cachet une guillotine.
(1) Ce n'était pas l'armée révolutionnaire de Ronsin et de Rossignol; celle-ci était spéciale pour la région du Nord.
aiTectait pourtant de me considérer ; mais ses fonctions, ses intimes liaisons avec Tautre, ne laissaient aucun doute, et l'on m'en avertissait. Je les méprisais trop pour y donner la moindre attention; j'avais tort et trop de sécurité, car dans ces temps affreux, une bonne conscience, une conduite pure, sans tache comme sans reproche, n'étaient pas des garanties ; on excite la jalousie en faisant rougir les autres.
Le général Souham combattit loyalement et généreusement les préventions, dénonciations, etc., et vint à bout de faire suspendre l'exécution du mandat lancé contre moi, jusqu'au retour des commissaires qui se rendaient à Dunkerque, aûn qu'ils me vissent et m'entendissent. J'ignorais alors ce qui se tramait contre moi et j'étais fort tranquille dans mon quartier, lorsque le général m'appela pour me faire part de tout ce qui s'était passé. Il ajouta ensuite : c Tiens, tu es f....; ainsi, vois ce que tu as à faire et décide-toi promptement, car tu vas être suspendu de tes fonctions. > Il me donnait ainsi l'idée de me soustraire à ce mandat qui n'était que différé; les commissaires, en accordant un sursis, avaient exigé impérieusement que mon commandement me fût retiré et que j'eusse provisoirement Lille pour prison. J'avais donc encore la possibilité de passer à l'étranger; mais que faire ? que devenir ? J'aurais trouvé de nombreux ennemis dans les émigrés, qui ne pardonnaient même pas à ceux qui n'avaient pas pris ce parti en 1791.
J'eus alors recours aux papiers que j'avais reçus et gardés, lorsque j'avais été nommé adjudant général, t Ils ne te serviront de rien, me dit Souham; ceux qui les ont signés sont maintenant traités de suspects. — Je me souviens de mon guerrier commissaire et je vais le trouver, lui dis-je. — Lui! reprit Souham; il était présenta la discussion; j'ai réclamé son témoignage pour toi, il a