‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 94 sur 262 · BELGIQUE ET HOLLANDE · texte numérisé non relu

BELGIQUE ET HOLLANDE

donner un écrit, en ajoutant que si nous avions le malheur d'essuyer quelques revers, on ne manquerait point de m'accuser de trahison et d'être resté à l'armée pour la faire battre, en violation du décret qui m'en expulsait; malgré toutes ces bonnes raisons, ils refusèrent de me satisfaire et je leur dis : c Eh bien! je vais me retirer. — Si tu quittes l'armée, nous te faisons arrêter et mettre en jugement. » Il fallut se soumettre, et je restai malgré cette double chance.

Des succès seuls pouvaient me garantir et me sauver; après quelques alternatives, la victoire se déclara enfm pour nous. J'eus la plus grande part à celles de Lannoy, Roubaix, Tourcoing, à la bataille d'Hooglède, où je commandais seul (i), à la prise d'Ypres, de Menin, Courtrai, Ostende, à celle de Gand, au passage de l'Escaut, du canal de Malines, par suite à la prise d'Anvers, aux affaires de Turnhout, Boxtel, à la prise de Bois-le-Duc que les Hollandais me firent l'honneur de m'attribuer, parce que j'avais été à leur service et en garnison dans cette place, quoique je ne fisse qu'en couvrir le siège; enfin au passage de la Meuse et à la prise de Nimègue. Le Wahal nous arrêta; nous primes nos quartiers pour l'hiver, qui s'annonçait comme devant être très rude. J'eus provisoirement le mien à Kronenburg. C'est là que, sans m'y attendre, sans m'en douter et surtout sans y penser et sans le désirer, je reçus la commission de général de division (2), ce qui transféra mon quartier à Nimègue.

Le général en chef Pichegru, malade, s'était retiré à Bruxelles; le commandement par intérim fut remis au

(1) A la bataille d'Hooglède, livrée le 26 prairial an II (13 juin 1794), Macdoaald commandait le centre.

(2) Le 8 frimaire an III (28 novembre 1794).

plus ancien général de division, qui était Moreau, et la division de celui-ci fut ajoutée à la mienne, ce qui étendit naon commandement du fort Saint- André à Urdingen, où je me liais avec la gauche de l'armée de Sambre et Meuse, qui était en position sur le Rhin. Nous profitâmes de cette interruption des opérations pour ravitailler nos troupes, les réorganiser, discipliner et instruire les nouvelles recrues.

Nous n'avions aucun moyen, aucune possibilité de franchir le Wahal, fleuve considérable dont la rive droite était défendue par des digues qui avaient reçu des batteries. Les forts de Knodsenburg, vis-à-vis de Nimègue, et de Kekerdam, vis-à-vis de Kronenburg, étaient bien armés. Nous échangions continuellement des coups de canon sur toute la ligne; c'était, d'un côté, une dépense considérable de poudre et de munitions , mais, de l'autre, elle nous procurait l'avantage de familiariser les nouvelles recrues au feu de l'ennemi.

Les gelées vinrent à notre secours. Je faisais sonder la glace deux ou trois fois par jour. Notre position était malheureuse sous le rapport des vivres; nos communications avec nos magasins de Bois-le-Duc et d'Anvers étaient fermées; les ponts avaient été levés, et le pays que nous habitions entre Meuse et Wahal était épuisé; nous ne tirions que de très faibles ressources de notre droite du côté de Clèves. Moi-même j'étais réduit à du pain de munition et du fromage, et encore de temps à autre. Les marchands de Nimègue avaient fermé leurs magasins, parce que nous n'avions que des assignats dont ils ne voulaient point. II fallait donc sortir de cette situation pour aller chercher l'abondance de l'autre côté du fleuve.

Tous mes préparatifs de passage étaient faits, les instructions données pour se mettre en marche au pre-

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