‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 95 sur 262 · PASSAGE DU WAHAL · texte numérisé non relu

PASSAGE DU WAHAL

mier signal. La glace s'épaississait et nous remarquions que l'ennemi faisait des dispositions en sens contraire, c'est-à-dire pour se retirer, à ce que nous présumions, qaand Tavis me parvint qu'il avait évacué Thiel, vis-à-vis du fort Saint-André. Je vis de mes yeux retirer un canon de la rive droite. Ne doutant plus alors d'une retraite décidée sur tout le front, le général qui commandait sur ce point reçut l'ordre de passer le fleuve, suffisamment gelé, et de suivre l'ennemi qui prenait la direction d'Arnheim; je donnai au reste de la ligne le signal de tenter le passage sur les points indiqués. Toutes les colonnes s'ébranlèrent à la fois au jour naissant et traversèrent le fleuve presque sans résistance, un peu audessous et au-dessus de Nimègue. Le courant n'était pas pris dans le milieu de la ville. Aussitôt que j'eus aperçu, malgré le brouillard. Tune des tètes de mes colonnes s'approcher du fort par la digue, je fis jeter à l'eau des nacelles préparées et je passai de l'autre côté avec deux compagnies de grenadiers. Le fort venait d'être évacué; je fis poursuivre, mais lentement, pour donner à toutes les colonnes le temps d'arriver à notre hauteur et à nos canons de passer. C'était un essai à faire. Le plus petit calibre fut amené sans difliculté, ensuite le plus gros, enfin les obusiers.

Pendant cette opération, nous entendîmes devant nous une détonation épouvantable, qui fit trembler la terre. C'était, comme je supposai, l'ennemi qui faisait sauter ses magasins de munitions et brûlait ses camps. Craignant que cette horrible explosion étonnât les troupes, je renvoyai à leur poste les généraux qui étaient venus prendre mes ordres, les chargeant d'expliquer cette circonstance, qui annonçait une retraite décidée par l'ennemi, et de surveiller notre droite; je me chargerais du centre. Us n'arrivèrent qu'à temps, car un feu très vif et

très nourri avait commencé; mes troupes étaient engagées et attaquées par des forces considérables. La division de l'extrême droite n'avait qu'une brigade passée et fut repoussée sur la rive gauche du fleuve; mais le général qui commandait provisoirement cette division, arrivant avec les deux autres brigades, rallia la première, repassa le fleuve et, à son tour, après une assez longue résistance, rompit l'ennemi. La division intermédiaire, qui était la mienne, s'était maintenue, ainsi que le centre où j'étais; aucune nouvelle de la gauche. Je fis avancer ma ligne jusqu'à la Linge, point de concentration que j'avais donné dans mes instructions.

Cette journée eut deux résultats très importants : le premier, parce qu'il facilitait l'invasion de la Hollande, séparait sa cause de celle de ses alliés, forcés de Tévacuer, et le second, de faire tomber en nos mains au moins cent pièces de canon qui garnissaient les digues et le fort de Knodsenburg , qui nous servit alors de tète de pont, des magasins et bon nombre de prisonniers.

Cet événement prouve que, dans beaucoup d'occasions comme celle-ci, il faut, à la guerre, donner quelquefois au hasard; car dans cette circonstance j*ai dit alors ce que je répète aujourd'hui, gue j'ai été plus heureux que sage, quoique les succès se mettent ordinairement sur le compte des plans, calculs et dispositions; or, dans celle-ci, l'évacuation de Thiel me paraissait le résultat évident d'une opération rétrograde, tandis que ce mouvement était l'efl'et d'un malentendu. Le général qui commandait ma gauche s'était mis en devoir d'exécuter mes ordres et sa marche était commencée, lorsqu'il rencontra le corps évacuant qui, après avoir donné avis de sa retraite, reçut l'injonction de retourner au poste qu'il avait abandonné; mais il n'était plus temps; le poste avait été occupé. Les deux troupes, marchant en

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