BON ESPRIT ET FRANCHISE
sens contraire, se joignirent et un engagement s'ensuivit; mais, malgré la supériorité numérique de Tad- Tersaire, les nôtres se maintinrent. Le succès du passage du Wahal au-dessus et au-dessous de Nimègue, joint aux avantages de mon extrême droite qui, après que sa première brigade eût été repoussée, reprit l'offensive, rejeta à son tour l'ennemi qui lui était opposé et le rompit, le succès fut décisif. Dès lors le corps ennemi renvoyé sur Thiel fut rappelé à Arnheim. Telle est la raison bien naturelle qui força mon extrême gauche à rester stationnaire ; elle ne put se rapprocher et se mettre en ligne sur la Linge que le lendemain.
Je rentrai à Nimègue pour faire mon rapport. Le général en chef (1) et les commissaires accoururent; j'étais presque honteux de leurs félicitations communes, parce que le hasard avait eu plus de part au résultat de celte journée que mes combinaisons qui, de benne foi, n'étaient fondées que sur l'apparente retraite des forces qui m'étaient opposées et qui n'y songeaient point; mais le grand développement que j'avais fait des miennes et les divers points attaqués avaient fait penser à l'ennemi qu'il avait à soutenir et à combattre toute l'armée française, lorsque la sienne était répartie sur une grande étendue de terrain.
Le lendemain soir, à la nuit tombante, nous fîmes une reconnaissance sur Arnheim. Le bruit et les clameurs que nous entendîmes, joints à des rapports de déserteurs et de quelques paysans, nous confirmèrent dans l'opinion unanime d'une retraite décidée, et le général en chef donna ses ordres en conséquence; mais nous étions trop faibles pour suivre à la fois l'ennemi, envahir la Hollande et entourer les places fortes. Dans cette
(1) Pichegni était reyenn de Bruxelles.
situation, qui fut expliquée aux commissaires, ils furent invités à écrire à leurs collègues à l'armée de Sambre et Meuse, de laquelle nous étions assez rapprochés, tandis que notre général en chef priait son collègue (i) de lui envoyer provisoirement deux divisions pour remplacer celles que je commandais. Cette demande, agréée des commissaires, fut accueillie sur-le-champ, et je cédai mes positions pour appuyer sur ma gauche.
L'impulsion générale était donnée, d'un côté par la retraite de l'ennemi, et du nôtre par le mouvement général de l'armée. Je passai le Leck à Amerungen sans trouver d'ennemis, et je marchai sur Amersfort après avoir tourné les lignes du Greb armées de deux cents bouches à feu. Les troupes hollandaises se séparaient de leurs alliés; mais trop faibles pour lutter contre nous, elles se retiraient dans les places ou provinces écartées.
Aucun de nos corps ne stationnait longtemps dans ses bivouacs; quelques heures de repos seulement, car il existait beaucoup d'émulation à qui arriverait d'abord et s'emparerait d'Amsterdam. Je ne m'endormais pas non plus, mais j'avais à parcourir une diagonale, tandis que les autres marchaient droit devant eux. Toutes les inondations étaient tendues, les routes couvertes; mais ce n'était point un obstacle; tout était gelé. J'arrivai sur la glace devant Naarden, l'une des places les plus fortes de l'Europe; c'est le chef-d'œuvre de Cohorn, émule et rival de Vauban ; mais les eaux, qui étaient sa principale défense, lui devenaient inutiles. J'en formai l'investissement et la sommai d'ouvrir ses portes. Les garnisons avaient l'ordre de ne commettre aucun acte d'hostilité, de ne pas opposer de résistance, mais de faire la meilleure capitulation possible. Il y eut donc des pourparlers.
(1) Le général Jourdao.