CAPITULATION DE NAARDEN
D faisait un froid très piquant, et nous nous chauffions à des bivouacs sur la glace. Mes instructions portaient de tout accorder, pourvu que la place me fût remise à l'instant; enfin les articles furent signés, et j'en fis prendre possession. £n arrivant aux barrières, un officier hollandais, qui venait d'être remplacé par un des nôtres et était ivre, se jeta aux pieds de l'un de mes aides de camp et lui dit : c Brave républicain, je vous dois la vie. > Notez qu'on n'avait tiré ni coup de canon, ni coup de fusil, ni seulement Tépée du fourreau I
Le lendemain, dès la pointe du jour, après avoir laissé une forte garnison, je me dirigeai sur Amsterdam^ et, chemin faisant, j'appris que cette capitale de la Hollande avait été occupée la veille par nos troupes; les miennes devenant inutiles, je les envoyai cantonner; je m'y rendis de ma personne pour porter la capitulation de Naarden et prendre de nouveaux ordres. En entrant chez le général en chef, je lui présentai le traité; il me répondit en plaisantant : « Je ne reçois que des capitulations de provinces t > Dans le fait, et d'après la capitulation générale de l'État, sauf les places occupées par l'ennemi, la mienne devenait peu importante, tandis que dans d'autres temps elle eût fait le plus grand honneur au général qui l'eût soumise. C'est cette même place contre laquelle toute la puissance de Louis XIV vint échouer, et lui-même de sa personne.
Je reçus l'ordre de rétrograder, de me porter sur l'Yssel et de m'emparer de Harderwick, Kampen, Zwolle, Zutphen, Deventer, et de remplacer les troupes de Sambre et Meuse à Arnheim. L'ennemi se retirait à notre approche. Le temps s'était radouci pendant mon court séjour à Amsterdam et le dégel commençait; il était dans toute sa force quand j'arrivai sur l'Yssel, dont la glace s'était brisée sur plusieurs points et avait rompu
une digue. Le pont de bateaux de Kampen n'avait pu être levé; les glaces s'y accumulaient. Déjà une partie de mes troupes étaient de l'autre côté; les suivantes avaient fait halte, sur l'avertissement des habitants qu'elles couraient le plus imminent danger par la rupture du pont qui allait être emporté infailliblement. J'arrivai en ce moment; mais réfléchissant que les troupes passées étaient en aussi grand danger de tomber entre les mains de l'ennemi, je me dévouai en commandant en avant, et je traversai rapidement le pont déjà ébranlé. Il résista, parce que les eaux qui avaient rompu la digue de la rive droite trouvèrent un écoulement en se répandant; mais nous tombions alors dans un autre danger, celui d'une inondation. Toutefois mes troupes passèrent, nous gagnâmes des points plus élevés et en fûmes quittes pour avoir les pieds mouillés.
Ayant ainsi rempli mes ordres, j'en reçus de nouveaux pour chasser l'ennemi des provinces de Frise, Groningue et Drenthe. Cette fm de campagne devint très pénible à cause du dégel; les routes étaient affreuses et la plupart sous l'eau; nous parcourions un pays plat. Il fallait redoubler de zèle et d'activité pour ne pas donner à l'ennemi le temps de se fortifier et de s'approvisionner dans Groningue, Delfzyl et Coevorden. La Frise, par sa position, était évacuée; mais les habitants de Groningue venaient me supplier à chaque instant de hâter ma marche pour les délivrer de nos ennemis communs, disaient-ils; c'était à peu près en changer, pourtant, quoique nos troupes observassent la plus rigoureuse discipline. Mon avant-garde entra comme l'ennemi en sortait; on le suivit, et son arrière-garde fut atteinte et défaite vers Delfzyl. J'appris en même temps que Coevorden avait ouvert ses portes, et je portai ma ligne sur l'Ëms, que l'ennemi avait repassé. Nous prtmes res-