PAIX AVEC LA PRUSSE
pectivemcnt position sur les rives opposées; nous avions, les uns et les autres, grand besoin de repos.
Tandis que je faisais une reconnaissance sur ma ligne, je fus informé de la marche de l'armée prussienne, et peu après un parlementaire m'apporta une lettre annonçant que cette puissance venait de conclure la paix à Bâle(l); mais n'ayant aucun avertissement, j'informai promptement le général en chef de cette circonstance qu'il ignorait comme moi. Je lui demandai un gros renfort et, en l'attendant, je me tins dans la plus grande sarreillance. Deux autres divisions me joignirent et précédaient l'armée, qui n'eût pas été de trop dans cette singulière circonstance, à cause de la jonction des Prussiens avec l'armée alliée que j'avais devant moi, n'ayant que deax divisions, si la première nouvelle que j'eus de cette paix inattendue n'eût pas été réelle. Enfin nous en reçûmes la confirmation, au grand contentement des deux partis. La ligne de démarcation tracée par le traité longeait la rive droite du Rhin et de l'Ems jusqu'à son embouchure; les Prussiens remplacèrent leurs cidevant alliés sur cette rive, et nous occupâmes la gauche. On ïorma des divisions territoriales; je commandai la première, composée des provinces de Drenthe, Frise et Groningue, j'établis mon quartier général dans la ville de ce nom, et, après trois mois de repos dont nous avions tous grand besoin, je fus appelé au commandement des provinces d'Overyssel et de Gueldre, et successivement d'Utrecht et de Hollande.
La Zélande menacée par les Anglais, on m'envoya à Middelburg ou Flessingue, à mon choix, dans l'île de Walcheren, pays extrêmement malsain; la fièvre gagna
(1) Le traité de paix entre la France et la Prusse fut signé lo 16 germinal an III (5 avril 1795).
les cinq sixièmes de mes troupes, et moi j'en fus violemment atteint, au point que, craignant pour mes jours, on m'envoya en congé pour me rétablir en France. Tous les événements que je viens de décrire se passèrent dans les années 1794 et 1795; c'est vers la fin de cette dernière que je me rendis en France où ma fièvre, qui avait été coupée avant mon départ de Flessingue, me reprit au bout de six semaines.
Rétabli de nouveau et prêt à retourner à mon commandement, sur la fin de l'été 1795, j'eus le plaisir d'embrasser mon ami Beurnonville, de retour de sa cap* tivité et qui venait d'être échangé. On lui donna le commandement de l'armée en Hollande; il m'offrit de changer ma destination; je refusai, par une fausse délicatesse, à cause de notre liaison, craignant que cette préférence n'indisposât les autres généraux contre lui.
A peine fus-je arrivé à Flessingue, puis à Middelburg, que, revenant de visiter une partie de Ttlç, la fièvre me reprit de nouveau, et malgré tous les moyens employés, surtout le quinquina en abondance, on ne put s'en rendre maître qu'en triplant les doses au printemps suivant et en me retirant de cet affreux climat. Mon ami Beurnonville avait son quartier général à Utrecht; il m'appela chez lui pour m'y rétablir. Je passai mon temps en remèdes avec un régime sévère; mais quoique, les accès passés, les rechutes fussent très vives, ce n'était en quelque sorte que le prélude d'une nouvelle attaque dont la violence n'avait peut-être jamais eu d'exemple. Beurnonville avait été forcé de faire une absence; on l'informa de l'imminent danger où j'étais; il accourut. Enfin les secours persévérants de l'art coupèrent encore une fois cette fièvre, et l'on m'envoya passer ma convalescence dans rOveryssel, à Deventer, où l'on rassemblait des troupes pour les exercer au camp de Gorssel. J'en