‹ Souvenirs du MidiChapitre 19 sur 34 · IMMENSES REVENUS DU HAUT CLERGE · texte numérisé non relu

IMMENSES REVENUS DU HAUT CLERGE

C'est pour cela qu'on donne aux chanoines de Murcie dix mille livres de rente, quinze mille à ceux de Valence, vingt-cinq mille a ceux de Tolède : c'est pour ce motif terrestre en apparence, mais divin sans doute en réalité, qu'un simple évéque de Lérida a deux cent cinquante mille livres à dépenser par an, celui de Murcie cinq cent mille ; que l'archevêque de Saragosse a six cent mille francs de revenu ; celui de Santiago , en Galice , six cent quatre-vingtsept mille; celui de Valence, sept cent soixante-dix ' mille; celui de Séville, huit cent vingt-cinq mille; celui de Tolède, trois millions ! ! ! C'est pour cette fin louable que les différens ordres monastiques mettent à la disposition de leui^ généraux des richesses qui les élèvent à la hauteur des évêques et archevêques, dont le rang et la puissance sont pour eux un objet

su CLERGÉ. 141

de constante émulation, pour ne pas dii*e de jalousie; <î'est pour relever l'éclat d'une religion d'humilité, que le chapitre de Tolède et celui de Cuença, par exemple, se trouvent si amplement pourvus, que le roi d'Espagne actuel est réduit h leur faire, à peu près tous les ans , des visites intéressées , ou à aller leur demander des secours pécuniaires, ce qui, depuis long-temps , est loin d'avoir rien de honteux dans le pays. Mais aussi il y a de la religion en Espagne. Hay religion ^ disent les Espagnols avec satisfaction , en voyant , le dimanche après Pâques , les enfans déguenillés de la populace courir par milliers au devant des processions , en poussant des cris affreux, pour attraper , en se terrassant les uns les autres, les alléluia ^ petites images de papier qu'on leur jette du haut des balcons. Hay religiofi, avouentils encore, lorsque le prêtre qui a accompagné au supplice tel domestique que l'on pend pour avoir volé quatre sous, et qu'on a poussé au crime par des lois infâmes , pour le livrer ensuite à l'échafaud, comme l'a dit un de nos célèbres publicistes, lorsque ce dernier consolateur, resté sur la fatale échelle , à côté d'un cadavre suspendu, fait au peuple un discours qu'il termine par les cris de vive la religion, vive le roi, meure la constitution! quoique ni ce vol , ni le malheureux coupable , n'aient jamais eu rien de commun avec les affaires politiques. Hay religion^ proclament-ils avec enthousiasme, lorsqu'ils voient les jésuites, renaissant de leurs cendres comme le phénix, illuminer pendant huit jours jusqu'au haut des tours de l'église de San-Issidro de Madrid (en 1826) pour célébrer la béatification d'un de leurs

obscurs confrères, mort il y a près de cent ans , el que pareille céréraonie se renouvelle la même année au couvent des capucins, à Pampelune, pour un enfant de Saint-François , décédé depuis près d'un siècle, dans le royaume de Naples. La hay si y répétaient-ils avec l'accent d'un fanatisme prêta tout faire, lorsqu'un curé mérino et un trapiste à cheval conduisaient au combat l'armée de la Foi où se voyait l'élite des figures sinistres de l'Espagne , proférant des cris de mort avec l'accent d'une rage incomparable. C'est ainsi qu'autrefois le cri de viva la religion s'élevait dans les airs avec le bruit des flammes et les derniers soupirs des victimes du Saint-Office, dans ces actes de foi {autos-da-fe) donnés en réjouissance à des princesses de France qui allaient s'asseoir sur le trône d'Espagne , à côté de tyrans aussi imbéciles que cruels ( Charles II ). Peuple barbare! qui crois être religieux parce que tu es atroce, dont la religion est toute de haine et le cœur toujours accessible aux sentimens dénaturés de la plus implacable fureur , quand seras-tu assez clairvoyant pour rougir de toi-même et de ceux qui te conduisent! Quand seras-tu assez changé pour déverser sur eux le mépris que tu mérites , et que tu obtiens si généralement de la part de tous ceux qui ont eu le déplaisir de te connaître ?

Mais il est temps d'examiner ce que sont en euxmêmes des hommes devenus les guides , les maîtres , les véritables souverains de l'Espagne , pour lesquels tout est organisé dans ce pays , et dont l'autorité s'est étendue jusque sur le sceptre qui n'est plus que le joyau de leur incontestable puissance.

DU CLERCÉ. 143

Page 1