‹ Souvenirs du MidiChapitre 25 sur 34 · DROITS SUR LE TABAC · texte numérisé non relu

DROITS SUR LE TABAC

Rien ne serait plus facile que de cultiver le tabac en Espagne, surtout dans les contrées voisines de la mer et des rivières. Mais alors il faudrait avoir un service de surveillance ou de contrôle bien organisé, pour empêcher les habitans de faire usage de cette plante sans la participation du gouvernement, si tant il veut exercer ie monopole. Il a paru plus simple à celui-ci d^en interdire absolument la culture , de le faire v«iir d'outre-mer, et de l'acheter de l'étranger, pour avoir seul l'avantage de le vendre. L'Espagne tire surtout du Portugal le tabac qu'elle doit fabriquer et mettre en poudre , et ne reçoit de la Havane que le tabac à fumer.

Avant les guerres contre Napoléon, le tabac connu dans le pays sous le nom à^polvillo , et qu'on mêle en le préparant à une terre rouge et onctueuse ( Jlmazarron) prise dans le royaume de Murcie, coûtait au gouvernement deux livres tournois la livre , tous frais payés. Le gouvernement le vendait douze livres dix sous. Le tabac râpé lui coûtait^ tous frais payés, trente sous tournois la livre, et il le vendait dix livres dix sous. Le tabac de la Havane , ou tabac à fumer, qui arrive ordinairement tout préparé et roulé en cigarroSj coûtait au roi dix sous tournois la livre, et il le vendait douze livres dix sous. De cette manière, la fabrique royale de Séville, qui fournit du tabac à presque toute l'Espagne, et pour l'exportation , rapportait alors, chaque année, de profil net au gouvernement, au moins vingt millions de livres tournois.

Ces droits, changés en septembre 1813, furent rétablis par le roi lorsqu^il rentra dans ses états en 18 14. Remplacés de nouveau par un droit moindre à' introduction o\x d'importation, de 1820 à 1823, ils furent de nouveau remis sur l'ancien pied lorsque le roi sortit de Cadix à la fin de 1 823.

Dans l'espèce de revue du système général des finances qu'on fit en février 1 824 , un décret du 16 de ce mois fixa les droits sur le tabac, qui furent mis en harmonie avec les autres branches des revenus publics, et modifiés en décembre 1827, pendsmt le séjour que le roi fit à Bai'celonne.

Mais le désir d'augmenter ses revenus sans augmenter l'industrie générale , sert mal un gouvernement qui n'a jamais su empêcher d'autre introduction que celle des livres qui ne se consomment pas. Ses lignes multipliées de douanes ne sont que des obstacles illusoires à là contrebande qui se fait de toutes parts , et que le prix élevé auquel on tient cette denrée provoque de la part de ceux mêmes qui n'auraient jamais pensé à s'y livrer.

A l'aide de tous ses impôts, legouvernement espagnol se fait un revenu annuel de 175 millions de francs à peu près , qu'on portait à 1 94 millions avant la révolution française, et auquel s'ajoutait ce qu'il retirait de ses colonies lorsqu'elles étaient encore sous sa dépendance. Mais ces trésors d'Amérique , ces gallions , n'étaient pas , comme on se le figure ordinairement, des sommes incalculables mises à sa disposition ; l'entretien des ouvrages pour l'exploita-

ABAIINISTRATIYES. 211

%ton des raines coûtait beaucoup ^ et, tous frais payés, le trésor public ne retirait pas plus de 35 millions de francs en temps de guerre , et de 46 millions de fr. en temps de paix, de ses possessions d'outre-mer : car dans beaucoup de circonstances , et à l'époque même où la maison de Bourbon fut appelée à régner sur l'Espagne , les prétendus trésors d'Amérique ne rayaient pas empêché de tomber dans la détresse. Des arantages bien plus réels étaient attachés à la possession des Amériques. On peut considérer comme tds le débouché que ces contrées offraient aux habitans malheureux: ou industrieux de l'Ë^gne ; l'activité du commerce qui résultait des i^apports de ces pays avec la métropole, en droit de fournir à leurs besoins, pour lesquels elle avait recoui*s aux manufactures , aux fabriques , aux arts de presque tous les états de l'Europe, de la France particulièrement; et surtout l'augmentation du produit de ses douanes. Obligée de soutenir avec cette dernière puissance la guerre pour l'indépendance des colonies anglaises, puis celle contre l'Angleterre après la paix de Baie (1795), l'Espagne, presque réduite à ses ressources d'Europe , si précaires à raison de son défaut d'industrie , éprouva de grands embarras dans ses finances. Charles IV, chargé de la dette que Philippe V avait trouvée a son avènement au trône , à laquelle il avait ajouté 225 millions de fr. , et que Qiarles III avait transmise a peu près entière , Charles IV y ajouta à son tour pour 1 ,800,000,000 deréaux ( qui font à peu près 475 millions de francs ) en valès, ou l'econnaissances d'emprunts , qu'on émettait avec la légèreté de débiteui's obérés qui empruntent à tout

prix , incertains de pouvoir jamais rembourser. Une caisse d'amortissement , établie pour consolider et amortir la dette publique, devint le vrai ministère des finances , et fit aussi la banque à Madrid. Pressé par des besoins toujours croissans , et ayant épuisé la ressource des emprunts , le gouvernement espapagnol se précipita avec l'imprévoyance la plus aveugle sur cette institution qui avait porté si haut son crédit peu de temps après sa fondation; car laban-que de St.-Charles avait eu en Europe un succès étonnant, surtout après les malheurs occasionés par le système de Law , auquel on pouvait la comparer sous quelques rapports. Au lieu de chercher à ses maux des remèdes naturels et durables , tels que peuvent en offrir l'agriculture perfectionnée, le commerce encouragé, une plus grande protection accordée aux arts , à l'industrie , l'ordre et l'économie introduits dans les dépenses , le gouvernement se saisit de l'argent partout où il en trouva. En ne respectant pas les capitaux de la banque de St. -Charles ou de la caisse d'amortissement , qui était devenue le pivot de toutes ses opérations financières , il donna la mesure de la confiance qu'on devait lui accorder: le crédit fut détruit.

Après avoir fait ce pas décisif , rien ne lui coûta plus : il fit main-basse sur les fonds destinés à payer les pensions des veuves et des filles des militaires et des employés de l'Etat , fonds qui provenaient en partie des retenues exercées sur leurs appointemens. Losgremios. corporation des marchands de Madrid, qui s'étaient réunis sous la protection du gouvernement pour se livrer à diverses spéculations profita-

bles à l'État comme à eux-mêmes (sur les laines, par exemple ) , et qui entreprenaient quelquefois l'habillement , l'équipement et la fourniture des armées , se rendaient fermiers des octrois de Madrid , de l'impôt de Vescuzado, etc. ; los gremios avaient des capitaux considérables , grossis des sommes que des particuliers y avaient placées en toute confiance. Le gouvernement s'en empara au mépris des droits les .plus sacrés parmi les nations civilisées ; et s'étant porté garant de leur valeur et de leurs intérêts , il n'a jamais payé ni l'un ni l'autre : ces fonds ont été perdus pour ceux à qui ils appartenaient. La compagnie des Philippines , fondée par le comte Cabarus , à l'aide de 2 1 millions de réaux provenant de la banque de St. -Charles , et dans laquelle les plus fortes maisons de commerce , et les gremios eux-mêmes, avaient pris un intérêt , cette association importante et non moins nationale fut traitée de la même manière. Dans beaucoup de maisons espagnoles on avait autrefois fondé des capitaux inaliénables , comme les biens ou majorats eux-mêmes, et qu'on plaçait entre des mains sûres , pour que le titulaire touchât le revenu sans pouvoir jamais disposer du principal [censos de vinculos o mayorazgos) : il en était d'autres en faveur du clergé {censos de capellanias\ deux genres de propriétés ou de valeurs qu'on désignait sous le nom collectif de censos de rigorosa reimposiciony cens de rigoureuse réimposition, pour indiquer qu'il fallait que ces capitaux fussent toujours placés 9 transmis, et jamais dépensés par ceux qui en avaient l'usufruit. Il y avait encore des censos libres departicularesy cens libres ou de particuliers,,

proTenant de sommes prêtées autrefois à des indivfdus qui ayaient fourni hypothèque sur un bien , une maison, ou autre immeuble. Il était convenu que l'emprunteur pouvait se libérer envers le prêteur et lui l'endre la somme , mais le prêteur ne pouvait pas exiger la restitution : on lui payait la rente de son capital. En 1804 ou 1805, voulant sans doute relever les valès qui perdaient au moins 50 pour 0/0, le gouvernement espagnol publia que tous ceux qui devaient de pareils capitaux eussent h se libérer en les payant à lui , quoiquM fût tout-à-fait étranger k ces affaires , et en les lui payant en valès : il se chargeait d^en faire la rente à ceux h qui ils appartenaient, et de leur restituer plus tard le capital. Quoiqu'il y eût quelque immoralité à le faire, c'était une trop bonne occasion de s'acquitter, pour que les débiteurs n*en profitassent pas , et le gouvernement ordonnait. Ceux qui. n'avaient pas de valès s^en procurèrent, payèrent entre les mains du gouvernement qui donna quittance, et ils furent ainsi légalement libérés. Le gouvernement paya la rente pendant un et tout au plus deux ans. Mais au bout de ce temps, il ne donna plus rien , et depuis lors les rentes et les capitaux ont été perdus (65) , car on n'a donné qu'un vain titre à la place.

Partout le gouvernement en a agi d'une manière ruineuse pour les particuliers , dépouillant comme l'eût fait l'ennemi le plus avide ; et aujourd'hui que de toutes parts s'élèvent les cris de délresse des malheureux qu'ila faits, onnes'occupe qu'à purifier la nation, à lui chercher des torts, à la classer en catégories, donnant à comprendre que ceux que le gouvernement laisse

ADMIN ISTR ATIVES. 315

tranquilles doivent s'estimer heureux, comme s'il leur faisait grâce de la liberté ou de la vie. Il ne parle que de sa colère, lorsque tout ce qu'il y a de sensé dans le royaume croyait pouvoir parler deses souffrances, de ses perles , de son dénuement , et de l'urgence de faire cesser un état de choses aussi déplorable.

La dette de l'Espagne, ne rapportant point intérêt, s'élève à 7,205,792,028 réaux, disait M. de Laborde dans un Mémoire sur les finances d'Espagne , publié en 1 823.

La dette rapportant des intérêts, fixés à 5 pour 100 par lescortès,monteà 6,814,080,365.

Total : plus de 1 4 milliards de réaux.

Mais les deux tiers de cette somme sont dus à des communautés religieuses, dont l'abolition éteindrait la même proportion ou quotité de la dette.

Toutefois, le roi n'a pas reconnu la même dette que les cortès , et n^a pas concédé les intérêts au même taux.

Je vais donner un aperçu de la manière dont on envisage aujourd'hui ce sujet important.

Revenus actuels du gouvernement espagnol, 170 à 176 millions de francs.

Jusqu'à la fin de 1819, 3,392,000,000 defr.

Accroissement de la dette pendant

la constitution , 477jOOo,ooo

Accroissement de la dette après

la constitution (cette dernière

somme est due à la France), 80^000,000

Total, 3,949,000,000

Portion de cette dette reconnue

(en valès royaux consolides) ,

et portant intérêt (à 4 p. c.), i32;5ooyOoo de fr.

Plus (dus à la France), les 80,000,000

Total de ce qui porte intc'rêt, 2i2,5oo,ooo

Portion de cette dette reconnue et

ne portant pas intérêt, 2,4^8,000,000

Portion de cette dette non reconnue, et, à plus forte raison , ne portant pas intérêt , 1,298,600,000

Total, 3^949,000,000 de fr.

Ainsi TEspagne ne garantit pas la quinzième partie de sa dette , et ne paie pas Tintérêt ( à 4 pour cent ) de la quinzième partie de ce qu^elle doit.

Plus de la moitié de sa dette est reconnue par elle sans être garantie ou consolidée , et sans qu^elle en paie rintérêt.

Elnfîn y un tiers à peu près n'est pas même reconnu par elle.

L^spagne paie 9,280,000 francs d'intérêt par an pour sa dette , c'est-à-dire , le dix-huitième de ses revenus ;

Tandis que la France paie presque le cinquième de ses revenus en intérêts. Cette proportion peut servir à établir le degré de bonne foi comparative des deux gouvememens.

Quoique ces renseignemens aient été puisés à Madrid à une source authentique , il s'en faut que je les regarde comme certains ; car , sous ce rapport , les Espagnols ne savent pas trop où ils en sont.

Toutefois, de grandes vérités ressortent de ce simple exposé , c'est :

10 Que l'Espagne a une dette de quatre milliards de francs.

2<>Que ses revenus, ne montant qu'à 170 millions de francs , sont insuffisans pour payer les dépenses du service courant , sans y comprendre aucun intérêt des sommes dues. Ainsi , qu'elle les reconnaisse ou ne les reconnaisse pas , avec ou sans intérêt, avec ou sans garantie, de sa part c'est à peu près indifférent : il est au dessus de ses forces d'en payer la rente ; car le roi ne paie ni les pensions , ni les appointemens des serviteurs en activité , comme je le dirai tout à l'heure.

11 résulte encore de cet exposé, 3^ que ces conversions ou émissions de rentes qu'il faut faire sur la place de Paris , ne sont qu'un moyen de se procurer de l'argent à tout prix , car le gouvernement espagnol est aux derniers expédiens pour exister.

4» Que lui prêter dans celte position, c'est presque vouloir tout perdre.

5^ Enfin , qu'il ne peut payer qu'en s'emparant des biens du clergé ; et ce gouvernement n'est pas de force à en venir à une pareille mesure. Il en serait capable , qu'on ne le croirait pas , et qu'on n'y aurait aucune confiance, tant il a peu fait pour en mériter.

Ainsi , le gouvernement espagnol ne peut payer que par une révolution ; et si cette révolution s'opère , sera-t-il maintenu? Ce n'est pas probable ; car elle se fera principalement pour le détruire. On peut assurer que si la France reste ce qu'elle est , il ne sera pas lui-même de longue durée; et si le gouvernement français venait à être renversé, pour le mal-

heur des peuples de TEurope, les créanciers du gouvernement espagnol peuvenl-ils croire que leur sort en deviendrait meilleur? Le gouvernement espagnol doit racheter ou rembourser dans vingt ans les renies perpétuelles émises par M. Âguado; mais où seront, dans vingt ans, M. Âguado et ses fauteurs ?

Le 13 octobre 1815, Sa Majesté sentant bien quWétatne pouvait exister sans système de finances, créa, pour succéder à la caisse d'amortissement qu'avait fondée Charles IV, un établissement; de crédit public auquel il voulut encore donner delà consistance par un décret du 5 août 1818. Après son l'etour de Cadix, le roi comprit encore qu'au temp» où nous vivons il fallait au moins parler au peuple de ses intérêts, surtout lorsqu'on voulait réaliser de nouveaux emprunts ; et par décret du 4 février 1 824, il établit, sous une dénomination en faveur dans d'autres pays , la caisse royale d' amortissement y à laquelle il promit de dotation 80 millions de réaux (un peu plus de 21 millions de francs) par an, qu'il augmenta de 20 millions de réaux , pour la porter à 100 par une autre disposition du 8 mars 1824 , promesses qui n'avaient pas encore reçu la moindre exécution au mois de juillet 1828. Ces dispositions furent arrêtées d'après l'avis du marquis d'Alménara, beau-père du feu maréchal Duroc, duc de Frioul, l'un des hommes les mieux entendus ai finances qu'il y ait en Espagne, mais que l'on tenait à l'écart parce qu'il avait été afrancesado y sans cesser pour cela de se servir de se$ conseils;

« Les attributions de la caisse d'amortissement

« sont : 1° d'inscrire au grand livre les crédits sur « rÉtat , reconnus et liquidés par la commission de « liquidation ; 2^ d'éteindre les crédits liquidés , en « commençant par ceux qui portent intérêt ; et 3<> de « répondre du paiement des intérêts des nouvelles « dettes que, dans les circonstances actuelles, le a trésor pourrait contracter pour subvenir aux be- « soins du service courant. » Voilà le fin mot ; on avait créé une caisse d'amortissement pour trouver à emprunter, on voulait se donner un air ordonné pour inspirer de la confiance ; c'étaient évidemment des mots qu'on mettait en avant et rien de plus, et encoi^ ces mots étaientnls tellement mal choisis , qu'au lieu de donner une opinion favorable , ils ne pouvaient qu'inspirer la plus grande méfiance à ceux qui avaient la moindre idée de la situation financière de l'Espagne. En effet , établir une caisse d'amortissement qui est pour amortir ou racheter les capitaux qu'on doit, lorsqu'on est hors d'état de solder les intérêts de sa dette , lorsqu'on n'a pas de quoi faire aller le service le plus urgent , lorsqu'on ne peut payer ses domestiques qui manquent de pain, est un stratagème qui ne peut se trouver que dans le gouvernement espagnol. Aussitôt on loua une maison rue de la Montera , la plus fréquentée de Madrid; on y mit un portier avec quelques pupitres au premier étage , on écrivit au dessus de la porte d'entrée , en grosses lettres d'or : real caja DE AMORTizAciON (caissc royalc d'amortissement), et on se crut aussi avancé que les gouvernemens de Londres et de Paris ! On fit circuler cette dénomination au dessus de quelques chiffres dans les jour-

naux, et on se trouva plus capable que d'autres, puisqu^on venait d'improviser en un instant ce qu'ils avaient mis tant d'années a former ! Les capitalistes de Paris et de Londres firent justice de ces prétentions , qui seraient pitoyables , si elles n'étaient ré* voltantes lorsqu'elles se trouvent jointes à la misère et à la mauvaise foi : ils ne voulurent pas offrir un sou sans garanties , instruits par ce qui était arrivé pour l'emprunt Guébhard. En attendant l'arrivée du roi à Madrid y la régence, pressée par ses besoins journaliers, conclut avec un agent de M. Guébhard, banquier de Paris , un emprunt de 5o millions sur la base d'un remboui^ement à terme fixe, au taux de 55. Le gouvernement espagnol n'a pu restituer aux époques fixées. Les obligations ellesmêmes ontiélé vendues presque pour rien pour faire face aux intérêts , ce qui a produit un tel discrédit , que tous les emprunts qu'on a tentés sont devenus impossibles (66).

Par décret du 15 décembre 1824, le roi FerdinandVII invitait les porteurs des actions de l'emprunt Guébhard à les convertir en une rente perpétuelle (5 pour cent); il offi^it une prime a ceux qui consentiraient.

M. Aguado fut chargé à Paris de cette conversion. Lorsque, opérée de bonne foi , elle ne pouvait pas donner lieu à une émission de trois cent mille francs de rentes de 1826 jusqu'en 1829, elle donna lieu a une émission , sur la place de Paris, de 1 36 millions de francs, dont 50 millions furent pour le roi d'Espagne, et 25 millions pour M. Aguado, car on sent bien que la rente se négociait à bas prix.

Le gouyernemeni anglais , qui n'avait voulu permettre sur ses places la présentation d'aucun effet espagnol depuis que Ferdinand avait refusé de reconnaître l'emprunt des cortès , réclama et obtint la reconnaissance de 22,680,000 francs, somme à laquelle s'élevait sa part de l'emprunt des cortès , et fut payé aussitôt du premier lerme (capital) avec l'argent levé à Paris sur la crédulité publique.

Voilà où en était cette affaire lorsque M. Aguado, en butte à des attaques aussi acerbes que fréquentes de la part des journaux, porta plainte en diffamation devant les tribunaux de Paris, et obtint une satisfaction si peu équivoque.

 la fin de 1830, il a tenu des chiffres tout prêts pour prouver que la totalité de cette valeur amortie jusqu'au 31 décembre se montait a 420,525 francs, qui ont coûté un capital de 4,454,631 fr. lie.

On voit qu'il y a loin de là à 1 36 millions qu'il a émis. Lorsqu'on revient aux motifs d'indigence qui ont fait inventer cette émission , à quelle distance de leur but ou de leurs capitaux ne voit-on pas les trop confians rentiers de Paris? Il eût donc mieux valu, pour la réputation financière du gouvernement espagnol et de ses agens,que ces opérations n'eussent pas eu lieu. J'ajouterai qu'il eût aussi été préférable pour la naAion qui doit payer un jour, que son gouvernement, qui prolonge ainsi sa funeste existence, et diffère d'en venir à des mesures etlBcaces et honorables , n'eût pas trouvé à emprunter. Parce qu'il avait vu celui de France faire un emprunt et se tirer d'une situation pénible, il crut qu'il n'y avait qu'à emprunter pour s'enrichir! Un emprunt est utile à

celui qui a de Tordis et auquel il ne faut que franchir un mauvais pas, que faire face à une nécessité impé* rieuse, pour arriver à une situation satisfaisante. Mais dans le désordre où se trouve le gouvernement espagnol , un emprunt de deux ou trois centmiliions de francs ne peut l'avancer en rien ; versée dans ses caisses, cette somme y disparaîtrait aussitôt, sans que la marche générale des affaires en fût facilitée en aucune manière. Il lui faudrait faire un emprunt tous les ans , et il n'y a aucun doute qu'il s'en accommoderait, ou qu'il emprunterait tant qu'on vou-* drait lui prêter, sans aucune inquiétude pour l'avenir, que cette manne tombée du ciel lui ferait même bientôt entièrement oublier. Mais on se souvient qu'après avoir solennellement emprunté comme chef du gouvernement des cortès aux banquiers de Londres et de Paris, le roi ^ qui avait reçu une pai'tie des sommes qui en provenaient pour ses dépenses personnelles, a , dès qu'il l'a pu , refusé de reconnaître cette dette aussi sacrée que toutes celles qu*un honnête homme souscrit de son nom; et , sans souci de la parole royale, dans laquelle les peuples devraient toujours pouvoir se confier, il a anéanti ces engagemens aussi bien que des promesses et des sermens qui devaient garantir des intérêts bien autrement précieux pour la nation espagnole. Les étrangers se sont étonnés de ce manque de foi d'un nouveau genre; mais il n'a pu surprendre au même degré les habilans de la Péninsule , et ceux qui ont vécu dans son atmosphère.

Les valès ou bons royaux, avec lesquels le gouvernement a payé les services des militaire et des

ADMÏNISTKJlTiyES. 22Z

emi^loyés, étant saifâ valeurs, et ne pouvant servir à l'acquittement des impôts, plusieurs créanciers de l'État ci'urenta^roir une occasion favorable de placer ces capitaux fictifs, en achetant pendant le système constitutionnel les biens de Téglise dont le roi avait décrété la vaite, et dont ses propres frères donnèrent Texeraple de faire l'acquisition. Lorsque le roi revint de Cadix, toutes ces ventes furent annu* lées, les biens furent rendus de suite, avec les revenus du temps pendant lequel on les avait possédés; ils furent rendus aux corps religieux auxquels ils ap-^ parlenatent, sans que les acquéreurs eussent droit à aucune indemnité pour les réparations ou constructions qu'ils pouvaient y avoir faites. Mais le pris, donné pour ces propriétés ; mais les valès l ! ! . . . Vous voyez bien ce qu'ils sont devenus dans cette restau^ ration à l'espagnole*.. Ils ont été perdus, ils sont restés entre les mains de Sa Majesté Catholique, qui a ainsi amorti d'un trait de plume pour 318 millions de dettes ; et encore rAhI fallu que les acquéreurs dépouillés y missent de la bonne grâce; car, ea échange de leurs capitaux, ils reçurent la réputation de libéraux ou de negros, que la chai^té des commissions permanentes savait exploiter dans les puri^ ficatîons dont personne n'était à l'abri.

LSS PENSIONS ET LES APPOIMTEMENS NE SONT PLUS PATES QUE DE LA MANIERE LA PLUS IREÉGULIÈrE.

Dans ce dénuement absolu des caisses du gouver^ nement, les récompenses des services les pltïMptf'^ .7 .:^ portans, les pensions les mieux méritées, Isff^i^^ -'t vages {las viudedades ou monte^pios)^ P^^fPS^'^^^^rtt^iri

veuves des militaires et des fonctionnaires publics^ sont chaque jour entourés de nouvelles difficultés qui les séparent des titulaires , aux prises avec les plus pressans besoins ou même avec la plus affî^euse misère. Les officiers de l'armée, la plupart sans autre ressource que leur épée , ne pourraient jamais éviter les peines les plus sévères de la discipline, s'ils servaient aussi irrégulièrement qu'on les paie. 11 n'y a guère que la garde royale et la maison militaire du roi ( les gardes du corps) qui puissent compter sur des appointemens, susceptibles toutefois de venir deux ou trois mois après l'échéance. Le général Castanos , qui jouit sans contredit de la plus belle réputation militaire qu'il y ait en Espagne, et sur lequel oii aurait pu espérer voir placer le chapeau de la gi*andesse que le roi actuel n'avait donné à aucun de ses défenseurs avant de Taccorder au général de sa garde (comte d'Espagne, qui le reçut en 1826 ou 1827), le général Castanos, dis-je, obligé dans sa vieillesse de parcourir à pied les rues de Madrid , alla à la cour, dans l'été de 1825 ou de 1836, un jour qu'il faisait très chaud. Le roi lui parla du temps , selon la coutume ; le général répondit qu'il ne sentait nullement la chaleur; et comme on s'en étonnait, il ajouta qu'il en était encore au mois de janvier. On peut juger du point où en étaient, les autres. Il n'est pas rare que la solde des hallebardiers , des domestiques de la maison du roi , et de tout ce qui en dépend, soit arriérée de six mois, d'un an et davantage, comme au temps passé. Amelot écrivait en 1 709 : « Philippe V n'avait , il y a quatre ans, ni a troupes, ni armées, ni artillerie; ses domestiques

n n'étaient pas payés, ses gardes du corps, mourant « de faim , allaient manger la soupe (][u'on distribue « aux portes des couvens. y> Les pensions, dont la promesse est insérée dans les journaux, pour faire l'éloge de la munificence royale, ne sont quelquefois nullement payées. Pendant le séjour des troupes françaises à Madrid, on avait étendu les purifications jusqu'aux veuves pensionnaires. J'en ai connu qui avaient plus de soixante-dix ans, que l'on purifiait ainsi, à leur insu, et de la manière la plus indécente : on allait demander secrètement k deux ou trois voisins ou voisines, à la marchande d'herbes, à la blanchisseuse, au marchand de tabac, ce qu'ils pensaient de telle dame , et sur leur rapport on les déclarait ou purifiées et dignes de loucher leur pension, ou impurifiées et inaptes à la recevoir.

Quant aux veuves ou aux filles aînées des militaires qui n'ont ordinairement que leur pension pour moyen d'existence, parce que ces veuves avaient compté sur cette ressource en se mariant à des fonctionnaires dont la plupart n'ont que leur emploi pour vivre, leur situation est des plus malheureuses. L'espoir d'être mieux payées, et le défaut de propriétés , les font s'accumuler k Madrid , où elles assiégeraient chaque jour le trésor , si on n'y avait mis obstacle; mais on leur a nommé par chaque quartier un chargé de pouvoir ( un apoderado ) , qui doit recevoir pour elles et leur transmettre ce qui leur revient, exerçant une retenue de tant poin» cent dont on les a imposées, sans les consulter, pour le paiement de cet agent incommode. On soldait d'abord les veuves tous les trois mois; puis on n'a pu leur

donner que la solde d^un mois à la fois ; on en est venu à payer par semaine , ne leur donnant encore que la moitié de ee qu'elles devraient avoir pour cet espace de temps, et quelquefois lorsqu'elles ont attendu pendant trois ou six mois. Dans ces momens d'urgence , Vapoderado ou tout autre leur font quelquefois des avances ou des prêts à un taux des plus onéreux.

Beaucoup de pensions ont été réduites d^uu quart ou n^me de moitié^ du vivant de celles qui les recevaient. Quelquefois , lorsque l'arriéré est trop considérable, on a recours, pour elles, comme pour d'autres , a un expédient assez simple s'il n'est pas satisfaisant. Après avoir fait long-temps soupirer les pensionnaires, le gouvernement, qui trouve enfin quelque argent a leur donner, leur promet qu'à dater de ce jour on sera régulièrement payé; mais il leur insinue en même temps que, pour mettre de la clarté dans ces affaires, il faut tirer une ligne entre le passé et l'avenir qu'on voudrait bien ne pas voir se ressembler. La ligne est tirée, c'est-à-dire qu'on anéantit tout l'arriéré rejeté aux non-valeurs , et le temps court, à dater du jour où l'on commet cette injustice. Cette manière d'aBgner la solde n'est désignée par aucun nom étranger , puisqu'elle est entièrement espagnole \ elle se nomme : hacer una cor ta de cuentas^ faire une coupure de comptes, et on vous articule ces mots avec autant d'aplomb et d'assurance que s'ils voulaient dXvepaye^^ scrupuleusement. La caria de cuentas est certainement une fort belle invention; pour celui qui doit; mais pour ces pauvres familles aux abois, pour des gens qui la plupart ne

savent s'aider en rien , y art-il jamais eu de grêle comparable?

Le malheur de ce nombre infini de militaires, d'anciens serviteurs , de leurs veuves et de leurs familles, que vous trouvez dans presque toutes les maisons de Madrid et des provinces, est , en partie^ l'effet des circonstances, je le sais bien; maïs n'a-t-il pas été préparé par le gouvernement qui a accoutumé tant de monde à compter sur lui? L'usage de donner des appointemens et des retraites considérables ne l'a-t-iï pas conduit à manquer de parole , et l'habitude une fois prise, n'est-elle pas devenue une seconde nature? Dans le dénuement où s'est trouvé le trésor, à diverses époques de la monarchie , la misère n'a* t-elle pas chaque fois assailli cette nation dont une grande partie ne s«fîl^exister que par des emplois {un empleito\ et qui devrait tenir tout du souverain pour relever sa puissance et agir plus fortement eh son nom? Car, en Espagne, le gouvernement n'aime pas les gens indépendans de la classe moyenne , qu'on voudrait réduire, s'il était possible, à ceux dont on a absolument besoin. Mourir de faim est donc une expression depuis long-temps bien usitée dans la langue espagnole, et trop souvent employée avec fonde^ ment, même en parlant de personnes qui tiennent de près aux familles les plus riches. Elpobrecito esta pereciendo de hambre. Le malheureux meurt de faim, se dit, sans aucune espèce de pudeur, du frère d'un marquis, d^un comte, d'un duc, parce qu'on sait bien qu'il n'y a pas de sa foute ni de celle de son frère aîné, à qui le sort a tout donné, jusqu'à sa rigueur envers les siens, que peu defavoris de la fortune pen-

sent à adoucir. L'espoir qu^on a n'est que dans le roi; les yeux de tant de gens qui ne savent comment faire pour exister, se tournent sans cesse vers le trésor royal , comme si celui-ci leur devait quelque chose : et en effet , s'ils ne peuvent pas se dire que c'est le gouvernement qui les a faits pauvres , sans industrie, qui leur a ôté toutes les occasions de gagner leur vie qu'on trouve facilement dans d'aulres pays, ne le sentent-ils pas? Mais ils ne peuvent inventer de pareils moyens d'améliorer leur situation; d'ailleurs, à l'âge où la plupart sont parvenus, ils ne pourraient en profiter, lors même qu'on ïes leur offrirait. Chercher, solliciter, parler à l'un et à l'autre, perdre des pas , du temps auprès des autorités, et souffrir, voilà ce dont se compose une grande partie de l'existence de beaucoup d'Espagnols. Les n^nistres et les autres grands personnages sont facilement accessibles, il est vrai, pour ceux qui vont \^^ supplier. Mais aussi que résulte-t-il de ce qu'on leur dit dans ces audiences où l'on reçoit tous ceux qui se présentent? le plus souvent rien du tout. Le roi lui-même n'est pas difficile à aborder pour ceux qui veulent se jeter à ses pieds, Echarse d los pies de Sa Majeslad est une ressource dont on peut user sans rencontrer trop d'obstacles. Le roi relève celui qui vient l'implorer, prend le placet qu'on lui remet ordinairement, prononce les mots bien, bien, on se retire, et il en advient ce qu'il peut, c'est-à-dire pas même la plus légère sensation ; car il y a long-temps que le roi est accoutumé a voir des personnes recourir à lui de cette manière. On peut même dire que, depuis des siècles, le gouvernement d'Espagne est organisé

comme il convient pour produire ce résultat , pour amener un certain nombre de sujets à los pies de Su Majestadj lui prouver par leur contenance et par leur situation, qu'il tient aussi dans ses mains Texistence de tout ce qui n'est pas de la dernière classe du peuple ou de la première, sur laquelle il a d'autres moyens d'agir. Ceci n'aurait donc d'inconvénient que dans le cas où la proportion des prosternés serait trop forte, et pour cela il faudrait qu'elle le fût beaucoup en Espagne, surtout dans le temps actuel, où tant de gens mal intentionnés ont voulu rompre le lien salutaire qui les attachait au trône. Il peut être nécessaire de retremper, sous ce rapport, une nation qui voulait changer des tradi^ lions anciennes et respectables y et qui avait eu la hardiesse d'ôter les chaînes qui doivent toujours rester suspendues, comme un signe d'honneur^ aux portes des maisons dans lesquelles le roi est entré, ou qu'il a une seule fois honorées de sa présence.

Si, dans les pays industriels, une honte fondée est attachée au désir de vivre de la pitié des autres lorsqu'il y a du travail, dans les contrées où il n'y a aucune industrie et où tout travail pénible est marqué d'une sorte de réprobation, la santé peut, sans scrupule, demander de quoi se nourrir, surtout lorsque des corps religieux respectés n'existent que de ce qu'on leur donne ou de la mendicité, dont ils accréditent ainsi l'usage. Pedir una limosna ( demander l'aumône) est donc une espèce de droit de citoyen dont on peut user, pour peu que les circonstances y obligent. Il faut dire que les Espagnols se résolv^ent avec une facilité admirable à cette extrémité

dont la concurrence efface la honte , et que l'habitude ou les frequens rêver» de fortune ont fini par naturaliser. L'extrême pauvreté, ordinaire dans la classe moyenne par la naissance ou Téducation, n'est pas le seul motif de cette détermination qui devrait au moins être toujours pénible : le vice y a souvent une trop grande part. J'ai connu des veuves de Ueutenans-généraux (qui avaient été capitainesgénéi*aux de province ) dont la vie s'était passée dans l'opulence et les plaisirs, ne se privant de rien de ce que leur demandait leur palais délicat pendant que durait le trimestre payé de la pension, et aller mendier à mi-terme, comme elles l'avaient prévu. On se doimait un air de dévotion et de pénitence que les belles années de la vie pouvaient ne pas faire trouver superflues, on allait entendre deux ou trois messes par jour, et, dans l'église, avec l'attitude de la prière, on s'approchait des personnes capables de faire du bien et on leur exposait sa situation, en attendant que les ombres de la nuit, aidées du voile du mystère plutôt que de celui du respect humain, permissent de se placer au coin d'une rue avec décence. Je suis loin de vouloir généraliser des faits de cette nature; mais je puis les citer comme des exceptions capables de faire concevoir ce qu'est la règle ou le cours ordinaire de l'existence en Espagne, dans les circonstances pénibles où l'on s'est accoutumé à vivre, sans rien perdre de ses prétentions. Ce penchant kpedir uîia limosna est le résultat de tout ce qui a été dit jusqu'à présent du gouvernement espagnol, sans qu'on puisse en accuser le peuple, qui est partout ce qu'on le fait, mais qui ne saurait nier ce qui existe.

Les importuDités auprès du souverain ne peuvent, dans ce moment*ci, réussir qu'à un bien pelil nombre , puisqu'il est lui-même le premier pauvre de rÉtat , quoiqu'il soit autant que possible entouré d'une magnificence qu'on doit croire impérissable comme la royauté, et venir de Dieu par qui régnent les rois. Il est donc riche en ornemens^ et resplendissant d'un éclat presque divin dans son palais ; mais il a peu d'argent terrestre , ou du moins de cet argent qui se donne , si ce n^est à des parens déjà fortunés , comme le père et la sœur de la feue reine Amélie de Saxe. Le départ pour les Sitios ou résklences royales est parfois empêché, retardé pat* défaut de moyens ; mais ces changemens continuels étant importans au salut de l'État ou de la monarchie, doivent s'opérer à tout prix ; on prend le dernier sou du trésor public, on emprunte si l'on trouve à emprunter (67), on fait vendre du mercure des mines ^Almaderiy etc. ; et lorsqu'on est dans les résidences et qu'il s'agit de les quitter , on va faire des visites intéressées aux chapitres des environs , à celui de Tolède, par exemple, pour partir d'Âranjuez , comme je l'ai déjà dit en parlant de la manière de passer les diverses saisons ; à celui de Cuença , pour revenir des eaux de Sacédon et aller à Saint-lldefonse; aux hyéronimites de l'Escurial, pour rentrer au mois de décembre à Madrid. Mais les bons pères de ce dernier couvent , comme les riches particuliers de l'Orient, qui vont manger des olives et du pain noir sur la place publique pour paraître pauvres , dissimulent autant que possible leur avoir , qui n'est plus ce qu'il était autrefois, quoiqu'ils soient beaucoup moins nombreux dans cet

édifice royal • C'est pour ce motif qu'ils nëglig^t d'y faire les réparations les plus urgentes. Voulant que le roi voie par lui-même ce qui souffre et en tire des conséquences à leur avantage , ils avaient laissé en 1 825 une cour intérieure se remplir d'un demi-pied d'eau qui filtrait de toutes parts dans les caves et pouvait causer de grands dommages. J'étais à l'Escurial au commencement de novembre, lorsqu'on se mit en devoir de raccommoder la fontaine et les canaux par où elle devait s'écouler : j'ai déjà dit que tout dépérit autour d'eux.

Un régiment qu'il faut chausser , vêUr, ou faire mouvoir, oblige à prendre des fonds après lesquels un nombre infini de malheureux soupiraient, et met aux abois toute la gent pensionnaire, qui , les bras croisés et les pieds appuyés sur le brazero pendant l'hiver, lorsqu'elle n'est pas au soleil , songe aux ressources de l'État, souffre, sèche , car si l'on voit un certain embonpoint en Espagne, ce n'est guère chez les pensionnés du gouvernement. Une autre fois on apprend que dans telle ville éloignée, à Séville par exemple , des militaires qu'on ne payait pas depuis long-temps se sont jetés en corps sur des fond» appartenant à la couronne, et les ont pris à compte pour exister, malgré tout ce qu'on a pu leur dire en faveur de l'ordre administratif.

Es una lastima^ c'est une pitié! disent les Espagnols en soupirant; et là dessus de rappeler le passé , le bon (emps des emplois publics, trouvant encore, chemin faisant, occasion de louer la richesse de l'Espagne en lançant des bouffées de fumée, de se fâcher contre }e4emps actuel , de maudire les employés du

trésor, etc. , sans cesser d'être bons royalistes; remarquant plu^que nous Texactitude avec laquelle on nous payait pendant notre séjour en Espagne, et nous faisant nous estimer heureux lorsque noua ne pensions pas rêtre : la boutade finissait ordinairement par réloge du gouveraement français , qui devait être le meilleur par la solide raison qu^il payait régulièrement tous les premiers du mois. Une pauvre dame qui avait joui autrefois de plus de soixante mille livres de rente , avait été réduite à se réfugier chez une de ses amies , pensionnaire du gouvernement comme elle j mais un peu moins pauvre , et chez laquelle elle mourut quelque temps après. Elle disait un jour dans un moment de ces réflexions pénibles, çue le roi ordonnait qu'on les payât ^ mais quon ne le faisait pas; que si on exécutait les ordres du roi, les affaires iraient bien autrement. Celle pauvre femme est morte dans la plus affreuse misère , sans croire que le roi d'Espagne pût jamais manquer d'argenl, et croyant encore moins qu'il n'eut pas tout ordonné pour le mieux. Cetle vicissitude de prospérité et de fin malheureuse , ces longues années passées si mal , sans que l'esprit pût s'élever à apprécier des causes aussi simples , des résultats aussi faciles à concevoir ; cette ignorance, qui datait de la fortune et amenait une espèce de résignalion dans le malheur ; cet amour pour le roi, encore voisin du culte pour la divinité dans beaucoup de cœurs espagnols ; toutes ces particularités sont des traits du triste tableau de la vie en Espagne, tableau dont la vue afflige trop souvent réti»anger, parce qu'il voit le mal, le mal général, le mal exlrême fait comme exprès dans ce pays, et ses

causes entretenues avec un véritable soin pai* ceux à qui il serait si facile et si honorable d'ocrer lebien • Où donc fut écrite la devise : Salas populi sa prema lex?

Pour tout ce qui vient d'être dit, lorsqu'on prétend à une pension , on désirerait , si c'était possible , l'obtenir sur le produit des douanes ou sur celui de l'administration des postes {^de los correos , des courriers). D'après l'avis général , ces dernières sont les meilleures ; mais il est bien difficile d'en avoir.

Après tout ce qui s'est passé de décourageant dans le système des finance de l'Espagne , et avec la dette dont le gouvernement se trouve maintenant chargé, il doit être difficile à ses créanciers d'espérer un paiement qui puisse les satisfaire. Si la franchise, la bonne foi , la capacité , la stabilité réunies inspirent la confiance , on ne peut guère en avoir dans le gouvernement espagnol. Parmi ses plus zélés partisans, il peut se trouver des hommes qui lui feront abandon des sommes qu'il leur doit , ou qui lui offriront des dons gratuits pour l'aider dans ses besoins pressans, quoique de pareilles générosités paraîtraient aujourd'hui bien étranges, à cause de leur insuffisance; mais assurément il n'y a personne en Espagne qui ^nX. prêter au gouvernement avec l'espoir d'en être remboursé. S'ilfallaitseprocurer, par lemoyen d'un emprunt libre à l'intérieur, des moyens de sauver la monarchie, il est h peu près sûr qUe la monarchie périrait , à moins que , par un intérêt bien entendu , le clergé ne vînt à son secours lui rendre la vie pour continuer à s'en servir.

Cherchons donc de la régularité dans quelqueautre de ses grandes institutions.

LTEMENT ET EIITRBTISN DE L ARMEE.

Page 1