LE NOMBRE DES VICTIMES
il résulte que 26,642 personnes ont été arrêtées ou poursuivies en France à l'occasion du coup d'État. Les commissions mixtes en remirent 6,501 en liberté; plus de 20,000 furent frappées de diverses peines. La plus douce, qui est la surveillance de la police, n'est appliquée par les tribunaux qu'à de véritables malfaiteurs. Outre l'assujettissement et rhumiliatiou; elle peut avoir pour ceux qui vivent de leur travail des conséquences ruineuses. 5,108 personnes y furent soumises. 915 furent condamnées par les tHbunaux et les conseils de guerre pour crimes ou délits de droit commun, c'est-à-dire, la plupart du temps, pour crimes ou délits politiques. Ainsi, par exemple, un condamné politique, réfugié à Genève, qui rentrait en France pour défendre la République, est arrêté à la frontière, lutte contre les agents qui veulent le prendre et a le malheur d'en tuer un. Il est poursuivi pour assassinat, condamné à mort et guillotiné. Un autre, que j'ai déjà cité, est condamné par jugement à vingt ans de travaux forcés pour avoir donné asile à des fugitifs. Cayenne reçut 239 déportés politiques. On les expédiait sur la colonie en môme temps que les forçats. La frégate la Forte^ partie de Brest le 25 avril, emportait 16 politiques, 33 repris de justice et 347 forçats; VÉrigonCy partie de Brest le 29 mai, avait un effectif de 339 homnïes, composé de 94 repris de justice, 161 forçats et 144 républicains. La mortalité, dans la colonie, fut de 19.2 pour 100 en 1853, de 9. 1 en 1854, de 25.5 et 24.5 pour 100 en 1855 et 1856, à cause de la fièvre jaune; elle varia entre 8 et 9 les années suivantes, et descendit au-dessous à partir de 1862. En mars, avril, mai et juin 1853, elle avait été de 26, 37,
41 et 45 pour 100. II ne faut pas oublier, en lisant ces renseignements, qu'il s'agit d'une population d'hommes adultes et valides, sans enfants ni vieillards. Le tableau de H. de Haupas porte seulement 239 condamnés politiques pour Cayenne. Ce chiffre s'accrut les années sui« vantes. La notice, publiée en 1867 par les soins de l'amiral Rigault de Genouilly, établit qu'il s'élevait en août 1866 à 329. Je trouve dans le même tableau mention de 2,641 repris de justice. Les condamnations les plus légères pour délits politiques transformant un citoyen en repris de justice, il n'est pas permis de douter qu'un grand nombre de politiques ne fussent compris sous cette dénomination. Cela nous met assez loin des 239 transportés à Cayenne de M. de Maupas.
H. de Maupas donne pour les transportés politiques en Algérie le chiffre de 9,S30, pour les citoyens condamnés à l'éloignement ou l'expulsion celui de 1,345, et celui de 2,804 pour les condamnés à l'internement.
Le colonel Espinasse, qui fut chargé de parcourir plusieurs départements pour re viser le travail des commissions mixteS; déclare que leur zèle et leur intelligence ont été au-dessus de tout éloge. « Nous avons, dit-il, tenu compte des demandes en grâce, des preuves écrites de repentir, et pourtant sur près de quatre mille condamnations, je n'ai pu prononcer en votre nom que cent commutations et deux cents grâces entières. » Le colonel Espinasse parait surtout préoccupé de la crainte qu'on ne se laisse aller à la clémence. Elle produirait, dit-il, un effet désastreux, a Parmi les services que vous avez rendus à la société. Monseigneur, celui qui est le plus apprécié est de l'avoir débarrassée d'une partie des élé*