LA LOI DE SÛRETÉ GÉNÉRALE
porté par mesure de sûreté générale à Toccasion des événements de mai et juin 1848, de juin 1849 ou de décembre 18S1, et que des faits graves signaleraient de nouveau comme dangereux pour la sûreté publique.
Il est bien évident que, quand le législateur emploie ces mots « provoqué publiquement d'une façon quelconque », et ceux-ci a pratiqué des manœuvres ou entretenu des intelligences soit à rintérieur, soit à l'extérieur », il cherche à dessein Tarabiguïté. Dans la discussion au Corps législatif, les amendements des membres de l'Assemblée qui avaient pour but de donner quelque précision ou quelque claité à la loi furent systématiquement écartés. On voulait une loi pénale dont personne ne pût. pénétrer le sens. La discussion ajoute encore au sentiment d'amère tristesse que le texte de la loi fait éprouver. C'est grand' pitié d'entendre Torateur du gouvernement déclarer « qu'on pourra témoigner sa reconnaissance à ceux que l'on a aimés ou servis, leur faire part d'événements de famille qui peuvent les intéresser. » Cela ne s'appellera pas « entretenir des intelligences à l'extérieur. » Le projet n'est pas fait non plus contre ceux qui émettent sur le gouvernement une opinion plus ou moins vive ; on conserve la liberté des ^igrammes. « Ceux qui se permettent un tel passetemps se livrent, il est vrai, à un jeu qui pourrait bien être dangereux pour eux-mêmes. »
Ces délits si bien définis, lorsqu'une fois le tribunal les a constatés, ce qui ne saurait jamais être bien diflicile, et punis d'une amende de 50 francs ou de quelques jours de prison, peuvent entraîner pour leurs auteurs jla peine de l'internement en Algérie. Quant aux
anciens transportés^ expulsés ou exilés, qui croyaient être quittes, après avoir profité d'une aomistie ou subi leur peine (je demande encore pardon pour l'expression), ils se trouvent, par cette loi^ livrés sans défense à l'arbitraire des préfets, qui peuvent les accoupler par une chaîne de fer avec des forçats, et les transporter à Cayenne, sans autre formalité que d'obtenir la signature du ministre. C'était bien la peine, en vérité, de faire la révolution et de raser la Bastille !
J'ai lu les livres de beaucoup de condamnés ; je résiste avec peine à la tentation d'en transcrire quelques extraits :
« Un jeune homme d'une vingtaine d'années, cordonnier de son état, nommé Bellemare, sorti récemment de Bicétre, où il avait été renfermé comme aliéné, avait voulu tirer sur l'Empereur avec un de ces petits pistolets appelés coup de poing. 11 se trompa de voiture, et ne fit que briser la glace d'une berline occupée par trois dames de l'impératrice et un chambellan. Une des dames fut égratignée par un éclat de verre. La police profita de cette circonstance pour faire quelques arrestations dans le parti républicain, qu'elle essayait de rendre complice de l'acte d'un fou. Un de ces républicains a raconté lui-même les suites de son arrestation. Compromis dans le complot dit de VHippodrome^ il avait connu un instant Bellemare, alors prisonnier comme lui à Sainte-Pélagie. Cette rencontre, toute fortuite, suggéra l'idée de s'emparer de lui, pour donner un certain corps à l'affaire Bellemare. « Gela se passait à neufheures; à minuit, j'étais arrêté; à la même heure, on arrêtait un ouvrier cordonnier, Pascal Lapge,