‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 15 sur 49 · LA LOI DE SÛRETÉ GËNËRALB · texte numérisé non relu

LA LOI DE SÛRETÉ GËNËRALB

qui, lui aussiy avait connu Bellemare à Sainte-Pélagie. Lange fut interrogé une fois par H. le juge d'instruction Braulty puis il n'entendit plus parler de rien ; moi» je ne fus pas interrogé du tout. J'étais du reste fort tranquille, n'ayant absolument rien fait qui pût me compromettre, et certain que Bellemare était incapable de porter contre moi une accusation fausse. En effet, plus tard, lorsque j'allais en Afrique, un de mes gendarmes me montra ma feuille signalétique, et j'y vis qu'on m'y reprochait seulement — d'avoir connu les projets de Bellemare.

9 Néanmoins les jours se suivaient et se ressemblaient au dépôt de la Préfecture. On ne m'interrogeait pas, mais je ne sortais pas pour cela ; un jour j*appris que Bellemare, — reconnu atteint d'aliénation mentale, — avait été conduit à Bicètre. Donc il n'y aurait pas de procès! Donc j'allais être mis on liberté !

9 Hais les semaines s'écoulèrent sans que rien fût modifié dans ma situation. Enfin, un jour, au bout de trois mois, je fus mandé à la Préfecture. Je descendis, et je me trouvai en face d'un commissaire de police qui me lut un arrêté de H. Billault, ministre de l'intérieur, portant en substance que, vu le rapport de M. Piétri, préfet de police, vu le décret du 8 décembre 18S1, vu le jugement du tribunal correctionnel qui m'avait condamné à un an de prison pour société secrète, j'allais être transporté à Cayenne.

» Cet arrêté était fort en règle ; le décret du S dé- <^mbre très-formel : il n'y avait rien à dire. Je me bornai donc à demander au commissaire de police quand aurait lieu le départ et si j'aurais le temps de

faire quelques préparatifs. Le commissaire^ fort poli du reste et presque ému, me répondit qu'il Tignorait et de m'enquérir auprès de M. le préfet. Je m'adresse au préfet, pas de réponse. Cela sentait mauvais, et me voilà m' attendant à être enlevé le soir même, sans pouvoir embrasser ma mère, sans voir mon père, qui était en ce moment absent.

» Heureusement, nous n'étions à Paris que deux politiques en partance, et l'on ne pouvait pas faire pour nous seuls les frais du transfbrement. On attendit qu'il y eût à laj Roquette assez de forçats disponibles pour remplir une voiture cellulaire. Grâce à ce répit, ma famille put se mettre en campagne. Une parente de ma mère, qui connaissait quelques personnes du monde officiel, s'employa avec cette activité que savent mettre les femmes quand on en appelle à leur dévouement, et elle parvint à faire changer Cayenne en Lambessa. Je lui en fus profondément reconnaissant, surtout pour les miens, dont la douleur et les inquiétudes étaient ainsi allégées de moitié, car pour moi j'ai la vie dure, et j'ai idée que je me serais tiré de Cayenne comme de Lambessa.

» Enfin, un soir, on m'emmena à la Roquette. Je trouvai au greffe Pascal Lange, qui arrivait de Hazas. Lui aussi s'était attendu, pendant deux niois, tous les jours, à être mis en liberté; lui aussi, on l'avait mandé devant un commissaire de police, qui lui avait lu un arrêté de transportation. Seulement, sa pauvre vieille mère, sa mère infirme qu'il soutenait de son travail^ n'avait pas de relations en haut lieu, et il s'en allait à Cayenne !

o A la Roquette, oa nous rasa, on 'nous coupa les

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