‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 17 sur 49 · LA GUERRE DE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE

L'Empire laisse égorger le Danemark.

Quand le peuple de Paris a renversé l'empereur Napoléon III dans la journées du 4 septembre 1870, il lui reprochait d'avoir perdu la France en- faisant la guerre sans y êlre contraint, en la commençant sans préparation suffisante, en la dirigeant sans capacité, en sacrifiant la patrie à la dynastie.

L'immensité de notre ruine aurait suffi pour expliquer la chute d'une dynastie séculaire, libérale, glorieuse.

Mais ici, il s'agissait d'un Empire inauguré par la trahison, consolidé par la terreur; qui, jusqu'au 19 janvier 1870, avait refusé au pays les libertés nécessaires, qui avait encouragé le luxe malsain et les spéculations véreuses, qui ne pouvait invoquer comme titres de gloire qu'un succ^'^s très-chèrement payé à Sébastopol,

et une campagne en Italie, heureuse au point de vue militaire, d'une habileté très-contestable à tous les autres points de yuc; qui enfin avait jeté dans la guerre du Mexique, sans profit et sans honneur, Tor et le sang de la France.

Le peuple avait-il raison dans sa colère?

Les ministres du dernier règne disent à présent qu'ils n'ont jamais voulu la guerre, qu'ils l'ont subie malgré eux. Nous verrons ce qu'il en faut croire. S'ils avaient conscience de l'inanité du prétexte qui fut invoqué, ils sont inexcusables de l'avoir porté à la tribune avec une feinte indignation. S'ils regardaient la guerre comme contraire aux intérêts du pays, pourquoi ne se sont-ils pas retirés, laissant la responsabilité à d'autres, et donnant, par leur retraite, à l'Empereur, un avertissement qui l'eût peut-être arrêté ? Ils n'ont pas seulement à se justifier d'avoir fait la guerre ; il faut qu'ils expliquent comment ils ont pu se décider à la faire, dans les conditions d'infériorité où nous nous trouvions. Ils ne se laveront pas en disant qu'on les a trompés. Des hommes qui ont le sentiment de leur devoir ne jouent pas une telle partie à Taveugle. Les chefs de service s'étonnent de ne pas avoir été interrogés. Au premier mot, ils auraient dit la vérité; ils auraient manifesté leur épouvante. On disait tout haut à la tribune et dans la presse, que la guerre du Mexique avait réduit nos effectifs, vidé nos arsenaux; qu'il fallait des années pour nous refaire. Pendant que nos ministres l'ignoraient ou ne prenaient pas la peine de s'en assurer, on le savait à Berlin ; on le répétait dans toute l'Europe . Avions-nous seulement un plan de campagne? On se

hâta de déclarer la guerrç, sans autre motif que l'intérêt prétendu de la dynastie; et le lendemain, on chercha comment on la ferait, ayec quelles troupes, avec quelles armes, sous quels généraux. Voilà nos ministres.

Mais les ministres importent peu. Les ministres tombés ne sont plus rien ; ils sont moins que rien, quand ils tombent pour une telle cause. Il n'en est pas de même d'une dynastie.

Une dynastie a la vie dure. On a beau la chasser. Pendant son règne, elle était un malheur; après sa chute, elle est une menace. Aujourd'hui empereur, demain prétendant. C'est cette responsabilité là qu'il faut approfondir, non celle des ministres.

Que voulait l'Empereur? A-t-il aussi cédé malgré lui? n était le maître, il a fait la guerre : donc il est coupable; il Ta faite contre le vœu de la nation, donc il est deux fois coupable. Qu'il ait, ou non, cédé aux excitations de l'impératrice et de quelques ambitieux qui Fentouraient, cela importe peut-être pour lui, non pour sa race. Il a agi par ambition, ou par aveuglement, ou par faiblesse; mais tous ceux qui sont morts dans cette guerre, sont morts par lui; ceux qui ont été ruinés, sont ruinés par lui; ceux qui ont perdu leur nationa- Uté, l'ont perdue par lui. C'est par lui que la France est déchue. C'est lui qui a donné à la Prusse T Alsace-Lorraine. Voilà l'Empereur.

Encore une fois, ces griefs sont-ils fondés ? Que l'histoire réponde.

Pour se rendre compte des causes de la guerre de 1870^ il faut remonter jusqu'à Sadowa, et approfondir les causes et les conséquences de ce grand événement.

Soit que la Prusse ait fait la guerre à la France pour poursuivre sa victoire^ ou que la France ait fs^it la guerre à la Prusse pour se relever de sa défaite, c'est à Sadowa que commence la série de nos revers.

Le conflit entre la Prusse et l'Autriche a eu pour occasion l'affaire des duchés de l'Elbe : le SIeswig et le Holstein. Ces duchés^ depuis plusieurs siècles, appartenaient à la couronne de Danemark, mais avec cette diffiirence que, pour le Danemark proprement dit, les femmes étaient admises à l'hérédité, et que, dans les duchés, elles en étaient exclues. Le roi Frédéric VII, n'ayant pas d'enfants et voyant que son oncle, le prince Frédéric-Ferdinand, héritier présomptif, n'en avait pas, changea l'ordre de la succession au trône et appela à lui succéder son parent le duc de SIeswig- Holstein-Glûcksbourg, écartant la postérité féminine de son aïeul le roi Christian VU, dans la pensée de rendre désormais indissoluble l'union des duchés et i\i Danemark. Pour rendre ce règlement solide, le roi voulut qu'il fût garanti par les grandes puissances de l'Europe. Une conférence eut lieu à Londres à cet effet en 1852. L'Angleterre, la France, la Suède, la Russie, l'Autriche et la Prusse y furent représentées. Non-seulement les grandes puissances ainsi réunies acceptèrent la nouvelle loi de succession et le successeur désigné, mais elles décidèrent que, dans l'intérêt de l'Europe, autant que dans celui du Danemark, les duchés continueraient à faire partie intégrante de la monarchie. L'empereur de Russie avait des droits sur le Holstein, comme représentant des Holstein-Gottorp : il y renonça ; le -duc d*Augustenbourg, chef d'une brancne cadette, en avait

aussi ; on lui offrit» pour prix de sa renonciation » une somme de dix millions qu il accepta. Le traité de 1832 fut suivi d'une loi votée la même année par le Risgrad, et la nouvelle organisation se trouva consacrée par la volonté du roi^ le consentement du peuple et l'autorité des grandes puissances de TËurope. Frédéric VI [ mourut en 1863, et le duc de Slesvig-Holstein-Glûcksbourg lui succéda, sans aucune opposition, le 13 novembre de la même année, sous le nom de Christian IX. C'est le père du roi de Grèce, de la princesse de Galles et de la princesse Dagmar, mariée en 1866 au grand-duc héritier de Russie.

Très-peu de temps après Tavénement de Christian IX, H. de Bismark, au nom de la Prusse, contesta, non pas la légitimité de ses droits au trône, mais l'annexion des duchés à la monarchie danoise. L'opinion publique en Allemagne lui donnait raison. C'était le temps où les démocrates songeaient à constituer a la grande patrie allemande, d M. de Bismark y songeait aussi; non pour faire une Allemagne libre, mais, au contraire, pour asservir toute l'Allemagne sous la Prusse afin de donner des lois à l'Europe. 11 fit revivre les droits du duc d'Augustenbourg et prétendit que le traité de 1832 était sans valeur, parce que, le Holstein étant pays allemand et faisant partie de la Confédération, la diète aurait dû être consultée.

On pouvait s'étonner que M. de Bismark, ennemi de toute doctrine libérale dans son pays, prît en main la cause du duc d'Augustenbourg. Ce prince, en 1848, avait soulevé les duchés contre le roi de Danemark, leur souverain légitime; il leur avait donné, selon l'es-

prit du tempSy uae Constitution assez libérale; et c'était la Prusse elle-même, aidée de rAutriche, qui, en 4851, avait chassé le duc d'Augustenbourg et remis le Slesvig et le Holstein sous l'autorité du roi. Quant à la diète, il est vrai qu'en 1853, elle n'avait pas été consultée ; on avait cru, à cette époque, qu'une délibération, dans la situation générale des affaires, ne serait pas sans péril ; mais plusieurs États importants de la Confédération, le Hanovre, la Hesse, le Wurtemberg, la Saxe, avaient adhéré au traité. Quoi qu'il en soit, la diète ne rechercha pas quelles pouvaient être les vues secrètes de H. de Bismark, elle adopta ses conclusions et ordonna l'exécution fédérale.

Le Danemark fit toutes ses réserves sur le bien jugé de la décision, en ce qui concerne le Holstein ; et cependant, comme il s'agissait d'une province allemande faisant partie de la Confédération et soumise, par conséquent, à l'autorité de la diète, il se soumit provisoirement et accepta l'exécution fédérale pour ce duché. Mais le Sleswig n'était pas allemand ; il ne Tavait jamais été ; il comptait à la vérité de nombreux Allemands sur son territoire, parce que c'est la condition des pays frontières d'être pénétrés par la population des peuples voisins ; mais il n*en était pas moins danois par son origine, par son histoire, par son organisation politique. La diète, en l'associant au Holstein, commettait une usurpation manifeste. Le Danemark évacua le Holstein, se retira sur le territoire du Sleswig, derrière TEider, qui sépare les deux duchés, et déclara <iue si les troupes de la diète franchissaient cette limite, il résisterait par les armes. Le Hanovre et la Saxe, qui

avaient accepté la mission de procéder à l'exécution fédérale, occupèrent le Holstein militairement.

On en était là, lorsque tout à coup l'Autriche et la Prusse (l'Autriche poussée par la Prusse) se chargèrent, non comme membres de la Confédération, mais comme signataires du traité de 18â2, d'achever la dépossession du Danemark, annonçant, par une note identique, en date du 31 janvier 1864, qu'elles s'engageaient à soumettre à l'appréciation des grandes puissances les arrangements définitifs destinés à remplacer le traité de 18â2. Une armée de 80,000 hommes, formée du contingent des deux nations, passant sur le Holstein, se jeta sur le Danewirke, retranchement formidable construit au dixième siècle contre les invasions des Allemands, sur une ligne parallèle à l'Eider, et qui, réparé et complété au douzième siècle et au quatorzième, mais ravagé par le temps, forme encore une importante ligne de défense. Les 15,000 Danois qui défendaient cette frontière furent culbutés après une résistance vigoureuse, et se jetèrent, réduits d'un quart au moins, dans Tile d'Alsen.

C'est alors que l'Angleterre, qui avait pris une part importante au traité de 18o2, proposa une conférence. Cette ouverture fut acceptée, môme par l'Autriche et par la Prusse, qui d'ailleurs s'y étaient engagées au début de l'expédition. Non-seulement la France se fit représenter à la conférence, mais il parait que ce fut elle qui demanda la présence d'un député de la diète. Ce député fut M. de Beust, alors ministre de la Saxe, qui a été depuis premier ministre en Autriche.

Dans la conférence, les diplomates allemands et sur-

tout les diplomates prussiens tirent la déclaration suivante : « Les plénipotentiaires des puissances allemandes ont reçu Tordre de demander que les duchés de Holstein et de Sleswij^ soient séparés du royaume de Danemark et réunis sous faulorilé héréditaire du prince d*Augustenbourg. » L'Angleterre, la Russie, la Suède soutinrent énergiquement le ministre du Danemark, qui demandait le maintien pur et simple du traité de 1852. La protection de la France était particulièrement due au Danemark y à qui sa fidélité pour notre cause avait coûté, en 1815, la couronne de Norwége. Il est vrai que les duchés se plaignaient dd leur Constitution politique; mais le gouvernement français n*était pa; en droit de se montrer exigeant pour la liberté intérieure des autres peuples. Nul doute que s*il s'était joint à l'Angleterre, à la Russie et à la Suède pour résister auTC prétentions allemandes, l'intégrité du Danemark n'eût été sauvée. Il prit un biais inattendu ; il demanda que la population des duchés fût consultée; c'était donner les duchés à l'Allemagne.

La Prusse, en prenant les intérêts du duc d'Augustenbourg, la France, en soutenant le principe des nationalités et le droit, pour les populations, de disposer d'elles-mêmes, étaientr-elles sincères?

L'empereur Napoléon III regardait comme le principe fondamental de la politique moderne, le droit pour un peuple de choisir sa nationalité et la forme de son gouvernement. Sur cette théorie repose le dogme tout nouveau de la légitimité de Ja dynastie impériale. La France, en 1804, avait voté le premier Empire; elle n'avait pas été consultée depuis ce vote : donc elle

appartenait à Napoléon I<^ et à ses descendants. Consultée de nouveau en 1851 et 1852, elle s'était donnée de nouveau. Ces plébiscites étaient sans doute révocables, car la souveraineté populaire n'abdique pas, ne s'épuise pas ; mais révocables par un autre plébiscite, rendu dans la même forme . L'Empereur appliquait à la politique internationale ces principes de sa politique intérieure. Quant à H. de Bismark, sans se prononcer sur la valeur de la théorie, il acceptait les bénéfices de la conséquence. Il savait que cette théorie une fois admise mettrait fin à la politique en vertu de laquelle les Ëtats ont un droit les uns sur les autres pour tout ce qui touche aux intérêts généraux de l'Europe et à la sécurité commune; mais il savait surtout qu'elle est infailliblement la réponse d'un peuple quand il est interrogé après le fait accompli. On lui accordait le fait : il n*avait nul souci du droit, a Je te tiens pieds et poings liés; mais je reconnais que tu es libre, et même souverain : décide que tu m'obéiras fidèlement, ou je vais à l'instant te jeter par la fenêtre. » C'est ainsi que le second et le premier Bonaparte entendaient le suffrage universel et la souveraineté populaire dans l'application. Mais pourquoi M. de Bismark se serait-il demandé si la France aurait voté avant le 18 Brumaire, le 28 Floréal et le 2 Décembre, comme elle a voté le lendemain? Il lui suffisait de savoir que, si le Sleswig et le Holstein exerçaient, eux aussi, leur souveraineté, ils seraient occupés à ce moment-là par 80,000 Allemands et défendus par 15,000 Danois. On n'est injuste ni envers l'empereur Napoléon, ni envers H. de Bismark, en disant que le premier songeait seulement à s'assurer la bienveillance

de la Prusse pour (^tenir d'elle la rétrocession des Proyinces rhénanes» et que le second était plus qu'indifférent, comme la suite des événements va le démontrer, aux intérêts de la diète allemande et aux droits du duc d*Augustenbourg .

Les puissances, devant l'attitude nouvelle de la France, avaient modifié leurs résolutions. Elles avaient eoncédé l'indépendance du Holstein, en y ajoutant même une portion du Sleswig, comprise entre l'Eider et le Danewirke, qui serait devenu la frontière danoise; mais elle maintenait la connexion avec le Danemark pour le reste du duché. Ce fut encore la France qui résista, en demandant le vote des populations, même pour le Sleswig, sous prétexte que le nombre des Allemands y balançait assez exactement celui des Danois. Cette prétention rendit tout arrangement impossible ; la conférence fut rompue sans résultat.

Aussitôt la Prusse fait sortir du Holstein les faibles contingents du Hanovre et de la Saxe; elle ea expulse aussi le duc d'Augustenboui^, au nom de qui elle avait conmicncé la lutte. Elle ne reconnaît plus ses droits à ce moment, ses droits, qui ont été le prétexte unique de la guerre, et qu'elle vient, tout présentement, de défendre au sein de la conférence. Elle déclare que les syndics de la couronne de Prusse sont saisis de la question pendante entre le roi de Danemark et le prince; qu'ils vont examiner et peser avec le plus grand soin les droits de chacun, et provisoirement, elle reste en possession.

Cette déclaration inattendue mit fin au concert qui s'était établi entre la Prusse et l'Autriche, l'Autriche

AFFAIRE DES DUCHÉS lis

tenant pour le duc d'Augustenbourg, conformément aux déclarations communes, la Prusse s'en référant aux syndics de la couronne avec l'intention, enfin évidente, de s'approprier les duchés. On était sur le point d'en venir aux hostilités, lorsque intervint la convention de Gastein (14 août 1865), qui ne pouvait être qu'un répit avant la guerre. Par cette convention, l'Autriche garde provisoirement le Holstein, où elle ne peut accéder qu'en traversant toute l'épaisseur de la Prusse ; la Prusse garde le Sleswig, dont elle est séparée par le Holstein. Le Holstein, pour l'Autriche, est un dépôt. Le Sleswig, pour la Prusse, est une conquête. Elle l'a entendu ainsi dès l'origine, sans l'avouer : elle le déclare à présent, en s'appuyant sur le jugement des syndics de la couronne, qui ont prononcé la nullité des droits du duc d'Augustenbourg. En vertu de cette sentence, que la Prusse veut imposer à tout le monde, le traité de 1852 était excellent, et les duchés sont la propriété légitime du roi de Danemark. Mais au lieu de dire : a Je lui ai fait la guerre injustement, je lui restitue son bien, et j'y ajoute même des dommages-intérêts pour l'indemniser des pertes de toute nature que je lui ai occasionnées », elle soutient qu'ayant conquis les duchés sur" le véritable propriétaire, et traité depuis la guerre avec le vaincu, elle est régulièrement substituée à ses droits. En conséquence, elle punit avec la dernière rigueur toute manifestation en faveur du duc d'Augustenbourg et de l'indépendance des duchés. Elle trouve dans cette politique, outre l'avantage de s'étendre, celui de faire une guerre où elle espère fermement l'emporter, grâce à l'appui de l'Italie, qui s'engage à entrer dans la

Yénétie dès que les hostilités seront commencées, et à diviser ainsi l'armée autrichienne. Si la Prusse, grâce à la coopération de Tltalie, met en déroute son ennemi séculaire, elle n'a plus de rivale en Allemagne, et devient, par son action désormais sans contre-poids sur la Confédération germanique, la puissance prépondérante de l'Europe. La France, par une conséquence nécessaire de ce prodigieux accroissement de la Prusse, descend du premier rang au second. Cependant le gouvernement impérial, abandonnant l'Autriche après avoir abandonné le Danemark, se déclare indifférent à ce qui va se passer. La Prusse ne lui en demandait pas davantage. Voici les paroles prononcées par Tempereur Napoléon III dans le discours de la couronne :

t A l'égard de l'Allemagne, mon intention est de continuer à observer une politique de neutralité qui, sans nous empêcher parfois de nous affliger ou de nous réjouir, nous laisse cependant étrangers à des questions où nos intérêts ne sont pas directement engagés. »

Telle était la situation en mai 1866, au moment où la discussion sur les affaires générales s'engage au sein du Corps législatif, à propos d'un appel de 100,000 hommes. C'est la veille dé Sadowa.

L'Empire laisse égorger rAutriche.

M. Rouher, ministre d'État, ouvrit la discussion en insistant de nouveau sur les déclarations de TEmpereur. a Nos efforts en faveur du maintien de la paix n'ont eu pour limites que la ferme volonté de ne faire contracter à la France aucune obligation (Très-bien! très-bien!) et de maintenir sa liberté d'action vis-à-vis des puissances engagées. Dans ces questions , qui n'affectent , après tout, ni l'honneur, ni la dignité, ni les intérêts directs de notre pays, n'était-il pas du devoir du gouvernement de l'Empereur, après avoir proclamé hautement ses tendances pacifiques, de respecter et de pratiquer les règles d'une neutralité loyale et sincère, et par conséquent, de demeurer, eu face d'événements compliqués, libre de ses déterminations? »

« — C'est tout ce qu'on nous demande en Allemagne,

tl8 SOUVENIRS DU QUATRE SEPTEMBRE

répondit H. Thiers. Ce qu'on nous demande en AUemagne, non pas du côté des petits États, mais du côté que j'appellerai le côté dangereux, le côté ambitieux, •c'est tout simplement l'indifiërence de la France. Or, Messieurs, ajoutait-il, c'est cette indifférence que je <^rains. »

On savait en Prusse (une lettre de M. Benedetti, notre ambassadeur à Berlin, en date du 8 juin 1866, en fait foi) qu'il suffisait d'une simple manifestation de nos sympathies pour entraver les progrès de M. de Bismark et mettre l'Autriche en situation d'infliger à la Prusse la plus cruelle des humiliations.

Gela paraissait si évident qu'à Berlin on n'avait pas osé compter sur notre indifférence, et qu'on en était ^ussi surpris que charmé.

« Notre attitude aux conférences de Londres et notre réserve durant la guerre contre le Danemark, dit H. Benedetti dans la lettre dont je parle et qu'il adressait de Berlin à H. Drouyn de Lbuys, ont considérablement atténué l'acrimonie des préventions dont la France était l'objet en Prusse. Nos adversaires les plus exaltés ont été contraints d'avouer que nous avions montré pour l'Allemagne, en nous abstenant de profiter de ses embarras ou de lui créer de faciles difficultés, des sentiments qu'on était loin de nous supposer. »

En réalité, personne n'était dupe de ces sentiments. M. de Bismark attribuait notre abstention, dans un moment où nous pouvions l'arrêter court sans tirer l'épée, soit à l'inintelligence de nos hommes politiques, soit au désir d'obtenir pour nous-mêmes des agrandissements de territoire en compensation de ceux que nous

Page 1