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lui laisserions prendre. Il profitait de notre faute, se promettant bien, quand la Prusse, grâce à notre aveuglement, serait devenue plus forte que nous, de tourner cette force contre la France, au lieu de nous permettre, comme nous l'espérions, de nous fortifier à notre tour.
Assurément, les avertissements ne manquèrent ni au gouvernement ni au (]orps législatif.
a Un jour peut-être, disait H. Jules Favre, la Prusse sera appelée, non pas seulement dans les conseils, mais sur les champs de bataille, à devenir notre rivale.. II peut arriver qu'un jour elle ait sous la main 800,000 hommes à nous opposer. (M. de Geiger : Ce ne sera pas de sitôt!) Souffrir sans s'y opposer son téméraire agrandissement, ce serait une faute énorme que la France ne doit pas commettre. »
H. Thicrs, à cette époque, sans prévoir encore toutes les folies qui allaient suivre cette première faute, lisait l'avenir comme dans un livre ouvert. Voici les paroles prononcées par lui dans la séance du 3 mai :
« Si la guerre est heureuse à la Prusse, elle s'emparera de quelques-uns des Ëtats allemands du Nord, et ceux dont elle ne s'emparera pas, elle les placera dans une diète qui sera sous son influence. (Voix nobibreuses: C'est cela!) Elle aura donc une partie des Allemands sous son autorité directe et l'autre sous son autorité in» directe ; et puis, on admettra l'Autriche comme protégée dans ce nouvel ordre de choses.
» Et alors, permettez-moi de vous le dire, on verra refaire un grand empire germanique, cet empire de Charles-Quint, qui résidait autrefois à Vienne, qui résiderait maintenant à Berlm, qui serait bien près de
notre frontière, qui la presserait, qui la serrerait, et, pour compléter l'analogie, cet empire de Charles-^uint, au lieu de s'appuyer, comme dans le \y^ et le xvi*^ siècle, sur l'Espagne, s'appuierait sur l'Italie. » (Mouvement.)
Vous ne pouvez approuver cette politique, disait H. Thiers. « Lors même qu'elle vous apporterait un accroissement de territoire quelconque, cette politiqu n'en deviendrait que plus honteuse, car elle aurait consenti à recevoir un salaire pour la grandeur de la France indignement compromise dans un prochain avenir. » (Très-bien! — Bravos et applaudissements sur un grand nombre de bancs.)
Le Corps législatif applaudissait M. Thiers parce qu'il avait du bon sens, et il votait avec les ministres parce qu'il avait le tempérament servile. Le gouvernement, fort de cet appui, qui lui était donné à contrecœur, mais sans réserve, persista dans sa politique de neutralité absolue. Il ne donna pas à l'Autriche 9 cette simple manifestation de ses sympathies » qui, suivant M. Benedetti, aurait suiG pour changer la face des choses.
U n'essaya même pas de peser sur l'Italie.
Nous avions bien des droits sur cette nation, que nous venions de créer ; et, de son côté, elle pouvait, ou rendre la victoire de la Prusse facile, en occupant la moitié de l'armée autrichienne à défendre la Vénétie, ou en gardant la neutralité, permettre à l'Autriche de lutter avec toutes ses forces contre son redoutable ennemi. Ainsi, de toutes façons, elle devait exercer une influence décisive sur les résultats de la guerre. Elle n'aurait pu.