‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 19 sur 49 · SADOWA · texte numérisé non relu

SADOWA

après notre récent service» et pour un intérêt français si évident et si pressant, nous refuser de garder la neutralité. Nous ne le lui demandâmes pas. a Nous laissons ritalie mal tresse d'intervenir à ses r&ques et périls, » disait H. Rouher, dans la séance du 3 mai. — « Ajoutez au moins un mot, lui répondait H. Thiers; dites à l'Italie que, si l'Autriche est victorieuse et veut lui faire payer les conséquences de son intervention, la France ne prendra pas les armes pour l'en empêcher. » Mais ce secours si léger, si négatif, qui n'était pas une menace pour l'Italie, qui n'était que l'expression bien atténuée d*un désir, le gouvernement ne voulut pas le donner à l'Autriche. La faute était si énorme, que le Corps législatif parut hésiter. H. Kouher enleva le vote en déclarant qu'il venait de recevoir pendant la séance même, « une notification officielle émanée de l'Italie, la notification qu'elle prenait l'engagement de ne pas attaquer l'Autriche... (Très-bien I très-bien!) Cela prouve. Messieurs, ajoutait-il d'un ton dogmatique, qu'il ne faut pas se hâter imprudemment de discuter des questions aussi brûlantes et d'y engager le gouvernement. » 11 avait sans doute reçu cette notification, puisqu'il le disait. Si elle était formelle, le gouvernement impérial fut le jouet de l'Italie comme il était déjà celui de la Prusse. Je crois plutôt que l'Italie n'envoya que des déclarations vagues, et qu'elle comprit, comme tout le monde, que l'Empereur laisserait faire; qu'il se disait indifiTérent; et qu'il l'était. Il se leurra, jusqu'au bout, de ses espérances d'agrandissement de territoire. Il ne vit pas que la Prusse avait battu le Danemark, et battait maintenant l'Autriche pour se rendre capable

de battre la France. Il était seul en Europe à ne pas le voir. Le roi de Prusse s'en cachait à peine. La veille de son entrée en campagne» il disait à un diplomate allemand^ chef de mission et militaire : « Si nous avons maintenant la guerre entre nous, nous nous réconcilierons plus tard en faisant une autre guerre- en commun. »

La bataille de Sadowa eut lieu le 3 juillet 1866, et à partir de ce jour, la Prusse fut la maîtresse de TAllemagne. Elle le devait, en grande partie, aux fautes de notre politique. On répéta de tous côtés, à Paris et en Europe : « Le véritable vaincu, c'est la France. »

Cependant la paix générale n'était pas sérieusement menacée. M. de Bismark avait franchi deux étapes. Il voulait certainement aller plus loin, diriger contre nous cette force que nous l'avions aidé à créer, de nos mains complaisantes ; mais il ajournait ses projets ; il voulait d'abord consolider et organiser son nouveau pouvoir, compléter ses moyens d'action. Même en 1870, il ne croyait pas le moment venu d'agir; nous en verrons la preuve. L'empereur Napoléon, de son côté, ne songeait pas dans le début à reconquérir les Provinces rhénanes par * la force des armes. 11 croyait les obtenir parla voie des négociations; et M. de Bismark, qui voulait gagner du temps, se gardait bien de lui opposer un refus formel.

L'Empire négocie avee la Prusse victorieuse pour obtenir de sa loyauté des agrandissements de territoire.

n est évident que l'Empereur ne laissa faire la grandeur de la Prusse que parce qu'il espérait être payé de ses complaisances. Après Sadowa, la Prusse voulait que ses agrandissements de territoire fussent reconnus officiellement par la France; elle demandait même que cette reconnaissance fût immédiate. L'Empereur comptait bien l'accorder, mais il comptait se la faire payer et se faire en même temps payer Sadowa. À la date du 3 août 1866, M. Drouyn de Lhuys, notre ministre des affaires étrangères, écrit ces propres paroles à M. de Goltz, ambassadeur de Prusse à Paris : a Toutes les fois que, dans mes conversations avec vous, j'ai abordé la question des changements territoriaux qui pourraient avoir lieu au profit de la Prusse, je vous ai exprimé la confiance que le cabinet de Berlin reconnaîtrait l'équité et la convenance d'accorder à l'Empire français des compensations de nature à augmenter, dans une certaine proportion, sa force défensive. » Il n'y a pas à se

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méprendre sur cette déclaration : c'est comme s'il disait : <[ Prenez votre part et laissez-moi prendre la mienne. » Il dit vm peu plus loin, dans la même dépêche : « L'Empereur, en interposant ses bons offices pour le rétablissement de la paix, n'hésita pas à admettre que la Prusse, à la suite de ses succès, pouvait prétendre à une extension de territoire comportant de trois à quatre millions d'habitants. Il ne pouvait d'ailleurs méconnaître que ces agrandissements modifieraient gravement sur notre frontière l'équilibre des forces. » Il est certain qu'après avoir laissé la bride sur le cou à l'Italie, l'Empereur était hors d'état de marchander à la Prusse les fruits d'une victoire à laquelle il avait coopéré ; mais puisqu'il voulait tirer profit de sa complaisance, ne commettait-il pas une nouvelle faute, en commençant par concéder à la Prusse tout ce qu'elle demandait, au lieu de négocier d'abord et de n'accéder aux instances de la Prusse qu'après avoir obtenu d'elle les compensations qu'il se croyait en droit d'attendre? Ce fut l'Empereur lui-même qui prescrivit cette étrange ligne de conduite ; et il le fit en dépit des remontrances de H. Drouyn de Lhuys, qui sentait bien qu'une fois désarmés par nos concessions imprudentes, nous n'avions plus rien à espérer.

Quinze jours après Sadowa, H. de Bismark savait déjà par un télégramme de M. de Goltz, « que l'Empereur appuierait les annexions dans le nord de l'Allemagne jusqu'au chiffre de quatre millions d'habitants. »

Quelle était la nature des compensations réclamées par les Tuileries? On désirait tantôt les Provinces rhénanes, tantôt la Belgique. Il ne paraît pas qu'on ait eu, dans le principe, des idées bien arrêtées. Une note

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