NÉGOCIATIONS AVEC LA PRUSSE
de H. Rouher, adressée le 6 août 1866 à M. (]onti» et qui devait être mise sous les yeux de l'Empereur, atteste cette incertitude. M. Rouher y rappelle d'abord que M. de Goltz insiste pour la reconnaissance officielle, immédiate, des annexions de la Prusse dans le nord de TAllemagne : a Je lui fis observer que cette question était solidaire de celle de la rectification de nos frontières, et que probablement on lui manifesterait la volonté de les traiter simultanément. » En effet, M. Benedetti, notre ambassadeur à Berlin , avait déjà répondu en ce sens à M. de Bismark. H. Rouher explique, dans la suite de sa note, qu'il est temps de formuler une demande précise. S'il parle en son propre nom, il peut demander plus pour avoir moins ; s'il parle comme ministre, il doit demander sur-le-champ la compensation que l'Empereur veut obtenir : « Faut-il ne demander que les frontières de 1814? Faut-il avoir une prétention initiale plus vaste? Exprimant une opinion purement personnelle, je peux, sans inconvénient, afficher de grandes exigences. Étant l'écho de la pensée impériale, je dois avoir un langage rigoureux et correct. »
L'opinion personnelle de H. Rouher est qu'il suffirait de reprendre les frontières de 1814. Hais il ajoute : « Cette rectification obtenue ne vaudrait pas quittance pour l'avenir. » Ainsi M. Rouher trouvait sage de s'y prendre à deux fois; de s'assurer d'abord l'essentiel, c'estr-à-dire les frontières de 1814, et de s'acheminer ensuite, avec prudence et persévérance, à d'autres agrandissements. Il constate que ce n'est pas l'avis de l'impératrice. « Elle voudrait demander beaucoup ou ne demander rien pour ne pas compromett nos pré-
tentions définitives. » Du côté de rÂUemagne, on était très-opposé à un abandon, quel qu'il fût, d*une portion du territoire allemand; mais, que ce fût de bonne foi ou non, on se montrait beaucoup moins hostile à des agrandissements d'une autre nature.
L'Empereur lui-même songeait, pour aplanir les difficultés, à conclure avec la Prusse un traité qui nous assurerait la Belgique.
Cette idée venait-elle de lui, ou la Prusse nous l'avait-elle suggérée? Il y a eu à ce sujet des versions contradictoires. M. de Bismark a produit un projet d'annexion écrit de la main de M. Benedetti. Celui-ci a répondu que ce projet avait été en effet écrit par lui, mais corrigé et annoté sur le bureau de M. de Bismark, et dans une conversation où il n'avait pris la plume que pour fixer les idées communes avec plus de précision. Il affirme expressément, dans une dépèche datée de Nickolsbourg le 26 juillet 1866, que c'est la Prusse, par l'organe de M. de Bismark, qui a mis la première en avant l'idée d'annexer la Belgique à la France. Si cela est exact, j'ose dire que la Pi*usse n'a jamais eu sérieusement la pensée de donner les mains à une pareille solution, et que les ouvertures qu'elle a pu faire à ce sujet, et que nous acceptions si avidement, n'étaient destinées qu'à nous amuser, à nous faire, comme on dit, mâcher à vide. M. de Bismark a luimême caractérisé le sens de sa politique à notre égard pendant ces négociations. Il dit, dans une circulaire du . mois de juillet 1870, que, depuis la réorganisation de l'Allemagne, la France n'avait pas cessé de tenter le gouvernement prussien par des offres, aux dépens de