NÉGOCIATIONS AVEC LA PRUSSE
rAllemagne et de la Belgique. « Je n'ai jamais pensé qu'il fût possible d'accepter des offres de cette nature. Je croyais bien qu'il était utile, dans l'intérêt de la paix^ de laisser aux diplomates français les illusions qui leur sont particulières aussi longtemps que cela serait possiblCy sans faire même de promesses verbales... Par ces moti&y je me taisais sur les demandes qui m'avaient été faites, et je négociais dilatoirement, sans jamais faire de promesses. Lorsque les négociations avec le roi des Pays- Bas pour l'acquisition du Luxembourg eurent échoué, la France me renouvela ses propositions précédentes concernant la Belgique.^ L'Empereur, on le voit, se trompait lourdement en croyant à la sincérité de M. de Bismark ; mais il avait raison de croire qu'il serait plus facile au ministre allemand de nous laisser prendre la Belgique que de blesser l'amour-propre national en nous permettant de nous étendre du côté des Provinces rhénanes. Il disait dans une note dictée à M. Conti, et que l'on a retrouvée : « Un acte qui consisterait à régler le sort ultérieur de la Belgique de concert avec la Prusse, en prouvant à Berlin que l'Empereur cherche définitivement ailleurs que sur le Rliin l'extension nécessaire à la France depuis les événements dont l'Allemagne vient d'être le théâtre, nous vaudra du moins une certitude relative que le gouvernement prussien ne mettra pas d'obstacle à notre agrandissement dans le Nord. r>
L'Empereur avait tourné ses vues vers l'annexion de la Belgique, quand on lui avait fait comprendre la répulsion excitée dans toute la Prusse par la seule idée d'une rectification de frontières sur le Rhin. Bal tu encore dans ses nouvelles espérances, et sentant de plus en
plus la nécessité de satisfaire Topinion publique par un agrandissement de territoire, il engagea des négociations avec la Hollande pour en obtenir, à prix d'argent, la cession du grand-duché de Luxembourg. Ces pourparlers, presque aussitôt connus en Europe, causèrent une grande fermentation dans plusieurs États, et particulièrement en Prusse. Le public français ne connut que par la presse étrangère l'existence de cette nouvelle négociation. n en pouvait sortir la guerre. Nous étions en 1867 ; tout le monde, en France, voulait la paix, d'abord pour la paix elle-même, et ensuite, parce qu'on avait le sentiment qu'après cette folle et 4Ksastreuse expédition du Mexique, et en présence des agrandissements nouveaux de la Prusse, la paix n'était pas seulement pour nous un avantage, mais une nécessité. En Prusse, où on connaissait peut-être mieux que noud notre véritable situation, on avait tenu à notre égard un langage difiBcile à supporter. La Prusse levait le masque, puisqu'il ne s'agissait plus de territoires allemands^ et qu'elle ne pouvait plus prendre pour prétexte les susceptibilités d'amour-propre national. Elle mettait à nu la vanité de la politique impériale qui avait donné les mains à ses accroissements, et qui, le lendemain de ses victoires, lui demandait à elle-même les moyens de se défendre contre elle. Les préoccupations furent si grandes que trois demandes d'interpellation venant des parties les plus opposées de la Chambre furent déposées à la séance du 8 avril 1867. A cette même séance, le ministre des affaires étrangères vint lire à la tribune un court exposé qui consistait surtout à dire que la question avait été soulevée par la Hollande et non par
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la France^ quelle (Hail encore pendante, mais que, dans tous les cas, on ne traiterait de cette acquisition de territoire que sous trois conditions: le consentement libre du grand-duc de Luxembourg; Texamen loyal des intérêts des grandes puissances; le vœu des populations manifesté par le suffrage universel. Cela tenait en vingt lignes. C'était bien, comme le fit remarquer M. Pelletan, parler pour ne rien dire. M. Thiers et M. Berryer maintinrent énergiquement la nécessité des interpellations. M. Berrj^er demandait la communication des pièces. « Il ne s*agit que de conversations, répondait le ministre. On ne peut pas communiquer de pièces, parce qu'il n'y en a pas. 9 La fin fut que les bureaux, toujours dociles, refusèrent les trois interpellations, vX que la France dut s'en tenir à ce qu'elle apprenait par les débats des parlements étrangers. Elle sut bientôt par cette voie que nous n aurions pas la guerre, parce que nous n'aurions pas le Luxembourg. Cette espérance, comme toutes les autres, s'en allait en fumée, et Napoléon III dut être enfin convaincu qu'il n'obtiendrait rien on échange de ce qu'il avait fait pour la Prusse.
Il reste prouvé jusqu'à l'évidence qu'après Sadowa, le gouvernement impérial n'était préoccupé que d'obtenir des accroissements de territoire en compensation d ceux qu'il avait procurés à la Prusse, et qu'avant Sadowa c'était en vue de ces mêmes accroissements qu'il accordait à la Prusse, qui osait à peine croire h tant de bonne fortune, le bénéfice de notre indifférence. Cette politique est bien celle que M. Thiers avait flétrie en 1866, et qu'il flagella de nouveau dans la séance du 14 mars 1867 : « Je la connais, cette politique, et je l'avais flétrie d'a-
vance l'année dernière, en VOUS la montrant comme prête à accepter un salaire pour le sacriflce des plus grands intérêts de la France dans l'avenir. Quoi ! au déshonneur de la France, au dommage de ses plus grands intérêts, on aurait accepté quelques lambeaux de territoire pour laisser faire l'unité allemande tout entière ! »
Mais cette politique, si honteuse en elle-même, devait le devenir doublement par Tavortement de toutes nos prétentions. M. Benedetti avait averti le gouvernement, avant la victoire de la Prusse à Sadowa : « Nous avons contribué, avec les événements, à apaiser les appréhensions que la France inspire partout en Allemagne; mais elles subsistent, et elles se réveilleraient unanimes et violentes au moindre indice qui laisserait soupçonner notre intention de nous étendre vers le Rhin. » Il dit un peu plus loin, dans la même lettre : oc Le prince royal, si profondément pénétré des dangers de la politique dont il est le témoin, déclarait, il n'y a pas longtemps, à l'ambassadeur d'Angleterre, avec une vivacité dont mon collègue a été surpris, qu'il préférerait la guerre à l'annexion des duchés acquise au prix du comté de Glatz. » Le comté de Glatz est un petit territoire de la Silésie, près de la frontière de Bohême. M. de Clermont-Tonnerre avait bien pénétré l'inanité de nos espérances et la politique tortueuse de M. de Bismark, car il écrivait de Berlin, le 30 juin J866 : a Le but actuel de M. de Bismark parait être de prolonger notre inaction par un mirage d'acquisitions territoriales, en rassurant en même temps l'Allemagne contre la réalité de ce danger, • Ainsi, nous avons eu toute la honte, sans aucun bénéfice.