‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 23 sur 49 · LA COUR DÉSIRE UNE GUERRE · texte numérisé non relu

LA COUR DÉSIRE UNE GUERRE

d*argent avaient déjà fait succéder une véritable et universelle indignation, qui dut nécessairement s'accrottre quand les courriers commencèrent à ne plus nous apporter que les nouvelles de dos embarras militaires, financiers et politiques. Quels récits de gloire et de prospérité n'avail-on pas faits à la tribune ! Avec quel dédain n'avait-on pas reçu les plaintes et les critiques de l'opposition ! Cet Empire créé au delà des mers apparaissait, au milieu do notre monde prosaïque, comme une légende des siècles passés. Il fallut pourtant concéder que tout était perdu, qu'il n'y avait plus de prétexte pour l'illusion, qu'on avait sacrifié ce sang et cet or aux visions d'un esprit troublé. II nous en coûtait 360 millions, en crédits extraordinaires, plus d'un milliard sur les budgets ordinaires de la guerre et de la marine, et Télite de notre année ; car, par une fatalité inouïe, nous faisions décimer nos régiments en pure perte, à l'autre bout du monde, pendant que la Prusse quadruplait ses forces. Croit-on qu'elle eût osé Sadowa si elle n'avait connu l'épuisement de notre effectif et de notre matériel? Nous étions, par notre folie, hors d'état de mettre cent mille hommes sur notre frontière du Nord-Est. La mort de l'empereur Maximilien, qui fut connue en France un an après Sadowa, termina tragiquement cet épisode de l'histoire du second Emp're. On commençait à répéter dans l'entourage du souveverain ce mot des causes perdues ou compromises : « Il y a quelque chose à faire. » Une note de police du 30 septembre 1867, qui fut placée sous les yeux de l'Empereur; constate que l'Empire est atteint « dans son prestige extérieur, dans la prospérité matérielle du pays

qu'il avait ramenée, dans les garanties mêmes qu'il donnait à Tordre social et aux intérêts conservateurs. « On cherchait de tous côtés, et l'Empereur lui-même cherchait le moyen de consolider la dynastie, de reconquérir quelque popularité. Parmi ses conseillers les plus intimes, les uns voulaient revenir aux exécutions et aux sévérités de 18S3. 11 y répugnait, car il était plutôt porté aux idées d'apaisement, quand son intérêt ne le contraignait pas à se montrer implacable. Il suivit l'opinion de ceux de ses amis qui rêvaient l'Empire libéral, et fit, le 19 janvier 1867, quelques concessions dans ce sens. C'était trop peu pour ramener à lui les amis de la liberté, et c'était assez pour leur donner de nouvelles forces. Après trois années agitées, où l'opinion publique se sépara de lui de plus en plus, il prit enfin un parti qu'on pouvait regarder comme décisif, en appelant le ministère OUivier. On devait croire qu'il allait s'efforcer de faire oublier son origine, et donner désormais satisfaction aux aspirations libérales du pays; mais ce nouveau ministère, toujours préoccupé, comme l'Empereur lui-même, de réparer Sadowa, au lieu de chercher cette réparation dans l'établissement complet l't sincère du régime libéral, la demanda au plébiscite, que M. Emile OUivier appelait le Sadowa français : « Puisque vous nous parlez du Sadowa prussien, je vous dirai que nous avons fait le Sadowa français, le plébis cite. » C'était raviver toutes les colères.

L'Empereur, dans ses difficultés, en appelait à la nation ; il lui demandait une consécration nouvelle et l'absolution de son passé. Le résultat matériel ne pouvait être douteux. La nation lui donna un nombre

Page 1