‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 25 sur 49 · SÉANCE DU 9 AOUT HS · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 9 AOUT HS

d'ailleurs M. Latour du Moulin entendait, demeurer fidèle; mais la Chambre, imposant à l'Empereur un premier ministre, sortait très-évidemment de la Constitulion, et mettait pour le moins TEmpereur en tutelle. Ce projet de résolution fut ensuite modifié et atténué par son auteur; néanmoins la majorité recula devant une décision si grave. Dévouée et docile pendant dix-huit ans, elle ne pouvait se retourner en un moment contre celui qu'elle avait si longtemps et si aveuglément servi.

H. Clément Duvernois se chargea de lui ménager la transition. Il proposa un ordre du jour qui sauvait, au moins pour le quart d'heure, la prérogative de la régente, et ne visait que le ministère Ollivier. En voici les termes, très-durs sous leur apparence insignifiante : c La Chambre, décidée à soutenir un cabinet capable d'organiser la Défense nationale, passe à l'ordre du jour. > Le vote eut lieu par assis et levé. Il fut défavorable au ministère, qui se trouva ainsi déclaré incapable et condamné à se retirer. On fit connaître en effet, quelques instants après, que le cabinet avait donné sa démission à l'impératrice et qu'elle l'avait acceptée.

Dans la même séance, M. Jules Favre avait fait, au nom de la gauche, deux propositions : l'une, pour armer immédiatement la garde nationale de Paris, fut d'abord accueillie par de violents murmures ; l'animosité contre Paris se réveillait, parce qu'on se sentait près d'une révolution ; M. Jules Favre changea les termes de son projet de loi, et proposa d'armer immédiatement toutes les gardes nationales de France ; il obtint plus de faveur avec cette nouvelle rédaction, et l'urgence fut votée.

L'autre proposition déposée par M. Jules Favre était signée par 33 de ses collègues.

Voici en quels termes il la développa à la tribune, au milieu des interruptions les plus passionnées :

a II est indispensable, dit M. Jules Favre, que les forces militaires soient concentrées entre les mains d'un seul homme, qui ne soit pas TEmpereur. II faut que l'Empereur abandonne le quartier général. L'Empereur ne doit pas commander en chef * il a été malheureux, il doit revenir.

» Ce n'est pas tout : il faut, si la Chambre veut sauver le pays, qu'elle prenne en main le j)Ouvoir.

» Quand l'impéritie de ceux qui le gouvernent Ta conduit à cet état qu'il ne peut envisager qu'avec rage et colère et que rien ne pouvait lui faire présager, il faut qu'il se confie à ses représentants, et c'est pour cela que je dépose sur le bureau la résolution suivante :

« — Considérant que, malgré l'héroïsme de notre armée, le sol de la patrie est envahi; que le salut de la France, le devoir de la défendre jusqu'à la dernière extrémité commandent au Corps législatif de prendre la direction des affaires,

» La Chambre arrête qu'un comité exécutif de quinze membres, choisis dans son sein, sera investi des pleins pouvoirs du gouvernement pour repousser Tinvasion étrangère. —

» Elle ne le serait pas convenablement par les hommes qui sont sur ces bancs (l'orateur désigne les bancs des

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