‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 27 sur 49 · ARMEMENT DE LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

ARMEMENT DE LA GARDE NATIONALE

ment du 4 Septembre, nous aurions agi certainement dans le but de le prévenir; nous aurions cherché à l'éviter. Toutefois, il est une chose absolument vraie, c'est que nous ne nous sommes jamais consultés sur cette éventualité. Je dirai plus, c*est qu'il y avait dans le sein du conseil un parti parlementaire très-fort, à la tète duquel était le comte de Palikao. » Du reste, on se préoccupait fort peu, à la fin du mois d'août, de l'éventualité d'un coup d'ËLat, parce qu'on était absorbé par la besogne fiévreuse du moment, et qu'on sentait que l'empereur n'avait plus assez de force pour tenter, ni assez d'autorité pour réussir. »

La première question qui se présentait était l'armement des gardes nationales. L'urgence avait été votée le 9. La gauche demandait à discuter au fond dans la journée du 10. Le gouvernement et la majorité voulaient remettre au lendemain. Ce qui obligeait la gauche à se presser, c*était d'abord la marche de l'ennemi, et ensuite l'agitation extrême causée par des refus, qu'on regardait, avec raison, comme une marque de défiance à l'égard de la garde nationale. Un député de la majorité s'écriait : « Vous voulez l'armement de Paris, et nous voulons, nous, l'armement de la France! Allez, nous sauverons le pays malgré vous et sans vous! » C'était une injure bien gratuite, en présence du projet de loi déposé la veille par M. Jules Favre. Nous étions surtout préoccupés de Paris parce que nous étions députés de Paris, parce que Paris tout entier se levait chaque jour pour demander des armes et menaçait d'en prendre, si on ne lui en donnait pas, et parce qu'enfin nous savions qu'il allait être investi : ces trois raisons

ne semblent pas sans quelque valeur. Hais, dès la première observation, nous avions modifié notre texte et demandé des armes pour toute la France. Je suis même surpris que noas n'eussions pas pensé, de nousHnèmes, dès le premier moment, à généraliser notre projet L'armement de toutes les gardes nationales de France, et la création des compagnies de francs-tireurs, qui préoccupaient particulièrement notre collègue, M. de Jouvencel, rentraient dans nos vues. S'il faut tout dire, nous croyions à la guerre de montagiies et de broussailles ; nous pensions que l'ennemi ne pourrait faire un pas sur notre sol sans trouver les paysans embusqués derrière les haies, les rues des villes et des moindres villages hérissées de barricades. Nous aurions voulu que, depuis Strasbourg jusqu'à Brest, et depuis Lille jusqu à Toulon, quiconque était capable d'utiliser un fusil en eût un. On en demandait de tous les côtés. Le âO juillet, le général Ducrot, qui commandait alors à Strasbourg, et qui voyait toutes les places dégarnies, écrivait au ministre de la guerre : « Il serait facile de trouver des ressources dans la garde nationale mobile et dans la garde nationale sédentaire, mais je ne me crois pas autorisé à rien faire, puisque Votre Excellence ne m'adonne aucun pouvoir. » Le général en chef de l'armée de Lyon télégraphiait le 9 août : t Puis-je faire délivrer d'urgence des fusils à la garde nationale sédentaire et aux compagnies de volontaires? Tous les préfets m'en demandent. » Le directeur du dépôt d'artillerie à la Fère écrivait de son côté : « Plusieurs préfets s'adressent à moi pour avoir des fusils à livrer à la garde nationale sédentaire; que faut-il faire? » Quel-

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