ARMEMENT DE LA GARDE NATIONALE
ques préfets, comprenant et partageant les inquiétudes du gouvernement, voyaient avec peine les distributions d'armes, s'y opposaient de tout leur pouvoir. Le préfet de Lyon rend compte d'une manifestation qui avait eu lieu le 7 : a Le mot d'ordre était : organisation de la garde nationale; il vient du parti radical. j> Celui de Marseille, le département des Bouches-du-Rhône étant en état de siége^ hésite à organiser une garde nationale; le ministre le laisse libre, ce qui veut dire qu'il doit se déterminer d'après la connaissance^ qu'il a de l'esprit public. Le préfet de la Drôme dit expressément, le 8 août, dans une dépêche : a L'armement de toute la garde nationale pourra être un gros danger. »
Déjà le mois précédent (17 juillet), à cette question du préfet de Strasbourg : « N'est-il pas opportun d'orgamiser et d'armer à Strasbourg et dans les principaux centres une garde nationale solide? » le ministre de l'intérieur avait répondu : « Il n'y a pas lieu en ce moment d'organiser et d'armer une garde nationale à Strasbourg et dans les principaux centres, »
Il est clair qu'on hésitait entre le désir d'armer la population contre l'ennemi, et la crainte de l'armer contre la dynastie. M. Raspail disait la chose crûment : « Ils ont plus peur de la garde nationale que des Prussiens. »
Le nouveau cabinet eut besoin de délibérer avant de se résigner à l'armement, et ses principaux membres ont déclaré depuis, dans leurs dépositions, qu'ils avaient fait leur possible pour ajourner cette mesure. « Nous voulions retarder le vole de la loi. —
aas SOUVENIRS du quatre septembre
Nous espérions empêcher rarmement. — Nous avons cédé de guerre lasse, quand la résistance est devenue impossible. » La résistance était impossible, en efEet, car les réclamations, dans Paris, devenaient absolument menaçantes.
La loi fut votée dans la séance du 11.
L'Empereur, sous la pression de l'opinioii, renonce au commandement de l'armée. *
Une affaire bien autrement difficile était le renversement du maréchal Le Bœuf. Personne ne se dissimulait qu'en touchant au major-général, on visait l'Empereur. Sans cette circonstance, on aurait eu beau jeu contre le maréchal, qui avait tant affirmé que nous étions prêts, car il était avéré désormais que nous ne l'étions pas. Le gouvernement le savait enfin comme nous, et n'était pas moins irrité. Les bonapartistes, qui voyaient la dynastie perdue et la France aux bords de l'abtme, étaient outrés de colère, et, dans l'exaspération de leurs remords, rejetaient tout sur ceux qui n'avaient rien préparé et qui , comptant beaucoup sur la valeur française et plus encore sur le hasard, s'étaient déclarés prêts.
M. Saint-Marc Girardin remarque* dans son raf^iort, que les ministres du 10 août sont ceux qui ont le plus vivement dénoncé Tinsoffisance des préparatifs faits par les ministres qui venaient de décTarer la guerre. « Aa Corps législatif, M. Jérôme David , pas encore miaistre, mais tout près de Fètre, avait déclaré hautement qm nous avions commencé la guerre sans être prêts. Cette imprévoyance se manifestait partout. Forcés, pour ainsi dire, de faire, en entrant au ministère, Tinventaire de la situation, les ministres du 10 août commentaient ce manque de ressources et de préparatifs, et l'ont tous signalé dans leurs dépositions, comme étant la cause principale des désastres inévitables qui ont, en vingt jours, sous leurs yeux, plutôt que par leurs raains, précipité la chute de l'Empire.
» — Dès mon entrée au ministère, dit M. Brame dans sa déposition, ma première pensée fut de me rendre un compte exact de l'état où se trouvaient les fortifications de Paris. J'allai visiter le lendemain les remparts et les différents forts qui Tentouraient. Les forts contenaient tout simplement un portier-consigne; dans les forts et sur les fortifications, pas une pièce de canon n'était en place; ni munitions ni gargousses, ni vivres^ ni défenseurs; partout, c'était le siîence, le désert; et l'ennemi était à huit journées de Paris !
» Nous rendîmes compte à nos collègues de cette situation, et nous comprimes seulement alors le degré de notre responsabilité. Il fallait parer à tout.
» — Lorsque je suis venu aux affaires, dit M. Clément Duveniois dans sa déposition, rien n'était prêt. Le ministre qui me précédait avait donné des ordres à