L'EMPEREUR RENONCE AU COMMANDEMENT
ce sujet, la veille seulement, et par conséquent il n'avait pas eu le temps de les faire exécuter. —
» Les détails que M. Jérôme David donne dans sa déposition sur cette insuffisance des pi*éparatifs de défense et surtout sur les retards que la routine administrative apportait à l'exécution des ordres les plus importants, CCS détails témoignent tristement de la disproportion qui existait entre l'imminence de l'attaque et les lenteurs insouciantes de la défense.
» Nous avions lieu de croire en commençant l'enquête sur l'insuffisance et sur l'inexactitude des préparatifs de la guerre, que les censeurs les plus sévères de cet à peu près universel et désastreux se rencontreraient surtout parmi les membres de l'opposition de gauche. Les dépositions de l'opposition de droite, celle qui au 10 août arrivait au pouvoir, ont été plus sévères encore que celles de gauchC; et elles devaient l'être, parce que les membres de cette opposition avaient été plus trompés. L'opposition de gauche ne voyait s'accomplir que ses craintes, celle de droite voyait s'évanouir ses espérances et ses prétentions. Aussi ses désappointements étaient amers et amèrement exprimés.
» — Quand je voulus poser deux ou trois questions à M. le maréchal Le Bœuf, dit M. Dréolle, dans sa curieuse et importante déposition, lui demander ce qu'il allait faire de ces soldats autorisés par lui-même à se marier, et s'il comptait sur des hommes qui étaient dans leurs foyers depuis longtemps, le maréchal Le Bœuf me répondit: a Nous sommes pr&isl —Nous sommes prêts! » Mes collègues le répétaient... —
» Et plus loin :
y> — Je dois insister ici sur une question que nous posâmes, dans la commission, aux trois ministres (MM. Ollivier, le maréchal Le Bœuf et le duc de Gramont) : « Hais enfin , nous sommes prêts ?» Et alors nous entendîmes les trois ministres, et particulièrement MM. Emile Ollivier et le maréchal Le Bœuf, dire que nous étions prêts pour soutenir la lutte, que nous n'avions rien à craindre, que nous avions huit ou dix jours d'avance sur l'ennemi; enfin, qu'au point de vue militaire, nous étions absolument prêts.
» Lorsque, trois semaines plus tard, je me suis retrouvé dans cette pièce où les ministres nous avaient afBrmé que nous étions prêts, et quand, le général Montauban nous a exposé l'état de nos forces et de nos ai-senaux, c'est alors que j'ai dit: « Nous avons été trompés! »
Ce sentiment d'amère rancune qui éclata en 1871 devant la commission d'enquête n'était pas moms vif, on le comprend, dans les semaines qui séparent le désastre de Frœschwiller de la catastrophe de Sedan; et quand on voit, dans un pareil moment, le maréchal Le Bœuf rester à la tête de l'armée, et l'Empereur l'y maintenir, on ne peut s'empêcher de penser qu'en vôrité la France est bien patiente!
Voici ce qu'on lit dans le compte rendu ofBciel de la séance du 9 août :
« M. LE BARON Jérôme David. (H fut ministre le lendemain.) — La Prusse était prête, et nous ne l'étions pas. (Exclamations bruyantes à gauche.)
» Voix DIVERSES (à gauche.) — Le ministre avait dit que nous Tétions ! — 11 nous a donc trompés ! — Il a trahi la France !