‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 30 sur 49 · L'EMPEREUR RENONCE AD COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR RENONCE AD COMMANDEMENT

D M. Jules Favre. — Il dous a jetés dans la ruine et. dans la misère !

» M. LE COMTE DE Kératry. — M. le ministrc de la guerre a déclaré que nous étions prêts, absolument prêts I »

Quelques instants après, iL de Kératry prononça les paroles suivantes : « Je considère comme un devoir pour moi, membre de la commission chargée du rapport relatif à la guerre, de venir faire ici une déclaration qui ne sera démentie par aucun de mes collègues.

x> M. le ministre de la guerre, appelé dans le sein de notre commission, a affirmé sur l'honneur que nous étions absolument prêts. S'il nous eût laissé voir quelques hésitations dans son esprit, nous serions venus soumettre la situation à la Cliambre, en l'éclairant sur la réalité des faits. »

 la séance du lendemain, H. de Kératry propose qu'une commission d'enquête parlementaire soit instituée d'urgence, et qu'elle appelle à sa barre le maréchal Le Bœuf. La proposition est combattue par M. Thiers, comme inopportune ; mais il se garde bien d'innocenter le maréchal. « Il ne faudrait pas, s'écrie-t-il, que de la conduite que nous tenons ici et de l'attitude que nous prenons, on pût conclure que nous sommes indulgents pour l'immense aveuglement qui nous a donné la guerre! Oui la préparation a été insuffisante , et la direction profondément incapable! » Ces derniers mots répondaient moins à ce qu'on disait qu'à ce qu'on pensait. Ce n'était pas le maréchal qui avait la direction, c'était l'empereur. On demandait aujourd'hui que le maréchal fût écarté du conunandement : de-

main, si on n'obtenait pas satisfaction, on demanderait J'éloignement de TEmpereur. Car c'était sur toutlui qui, par son incapacité militaire, était le danger.

Qui, dans la France entière, aurait osé le nier ? qui J'aurait pu? L'impératrice, qui voyait le péril de l'Empereur; le conjm*ait de se séparer de son major général. Elle lui écrit le 9 : « La situation deviendrait plus grave que vous ne croyez si Palikao n'était pas ministre de la guerre. Le maréchal Le Bœuf est rendu responsable des ordures et contre-ordres donnés, qui sont connus à Paris. On vient de me dire qu'on demandait à la Chambre son remplacement. » Elle dit dans une autre dépêche du même jour : <c Palikao accepte et part immédiatement pour Metz. Il faudrait que la démission du maréchal fût donnée avant son arrivée. » L'Empereur se montre intraitable. Il consentirait bien à remplacer le maréchal Le Bœuf comme ministre, mais il entend le garder auprès de lui comme major général. Il a une confiance aveugle dans ses lumières, dans sa fidélité, peut-être dans sa discrétion. Il craint de faire à un autre confident l'aveu de son incapacité. Il répond coup sur coup aux dépêches précédentes. « Je ne comprends rien à Tenvoi de Palikao à Metz, il ne peut i*ien changer à la situation. Je pensais que c'était la •démission du ministre de la guerre qu'on demandait ; J'autrc est impossible. » L'impératrice lui répond avec une vivacité qui tounie à la [colère : « Vous ne vous rendez pas compte de la situation. Il n'y a que Bazaine qui inspire confiance : la présence du maréchal Le Bœuf i'ébranle aussi bien là-bas qu'ici. Les difficultés sont immenses. Dans quarante-huit heures, je serai trahie

L'EMPEREUR RENONCE AU COMMANDEMENT Tlh

par la peur des uns et par Finertie des autres. » Elle écrivait en même temps au maréchal : « Au nom de votre ancien dévouement, donnez votre démission de major général; je vous en supplie. Je sais combien cette détermination va vous coûter; mais, dans les circonstances actuelles, nous sommes tous obligés aux sacrifices. Croyez qu'il n'en est pas de plus dur que la démarche que je fais auprès de vous. > Le maréchal Le Bœuf n'hésita pas, et l'impératrice l'en remercia avec effusion. Hais l'Empereur, lui, hésitait toujours. Il télégraphiait, le 9 : ((Quant au maréchal Le Bœuf, il m'a déjà donné sa démission; mais je ne puis l'accepter tant que je n'aurai pas quelqu'un qui ait ma confiance pour le remplacer. » Le lendemain, il développait ses raisons dans un long télégramme. « Il m'est plus impossible de me passer de major général que du ministre de la guerre. Il n'y a aucun rapport entre ces fonctions et celles du maréchal , Bazaine. Un seul exemple : si je supprime, sans le remplacer avantageusement, le major général, l'armée pourrait manquer de vivres, le corps de cavalerie de fourrages, et tous les services souffriraient, n faut ne rien connaître aux choses de la guerre pour penser qu'à la veille d'un combat, je puisse supprimer le rouage le plus important de l'activité. 9 II fallut céder cependant, malgré cette argumentation puissante. Quoique l'impératrice lui eût télégraphié, le 9, un peu hasardeusement : ce Votre prestige est intact », il comprit que, s'il n'obéissait pas à l'ordre que lui donnaient la Chambre, l'opinion, l'armée, de renvoyer le maréchal Le Bœuf, il pourrait bien recevoir l'injonction de disparaître lui-même.

Déjà les voix les plus autorisées ayaieot parlé à plusieurs reprises, du haut de la tribune» de l'incapacité absolue du commandement. L'annonce de la retraite du maréchal vint trop tard. Lorsque, dans la séance da J2, le ministre de la guerre donna lecture de cette dépêche laconique : a J'ai accepté la démission du maréchal Le Bœuf de major général. Napoléon; » il n'y eut pas un signe d'approbation, pas une remarque; on passa dédaigneusement à une autre affaire. C'est que ce n'était pas la grosse démission, l'abdication absolue du commandement. H fallut que le ministre de la guerre vint le lendemain donner à la Chambre des explications précises, qui, tout en .découvrant les hésitations de l'Empereur et le peu de fixité de ses résolutions, attestaient au moins qu'il avait définitivement renoncé à la plus dangereuse de toutes ses chimères.

(( M. LE MINISTRE DE LA GUERRE. — McSSicUrS, plusicUTS

d'entre vous ont paru émus d'une insertion qui a paru ce matin au Journal officiel.

Des termes de cette insertion, il a paru résulter pour plusieurs d'entre vous que M. le maréchal Le Bœuf était encore à la tête de l'armée, et que M. le maréchal Bazaine n'avait pas encore pris le commandement général.

» C'est là une erreur qui vient de ce qu'on n'a pasfait suffisamment attention aux dates.

» Le décret de nomination du maréchal Bazaine comme commandant de plusieurs corps d'armée est daté du 9, tandis que la démission de M. le maréchal Le Bœuf n'est que du 12.

» Eh bien, Messieurs, c'est dans cet intervalle de trois

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