L'EMPEREUR RENONCE AU COMMANDEMENT
jours que M. le maréchal Bazaine a été investi du commandement en chef, ce qui n'implique aucun commandement en dehors du sien.
D M. GuYOT-MoNTPAYROux et plusieurs membres du côté gau4!he. — Aucun commandement supérieur?
y> M. LE MINISTRE. — Âucuu Commandement ni audessus, ni à côté du sien.
» A gauche. — De tous les corps d'armée ?
i> M. LE MINISTRE. — De tous les corps d'armée.
)) M. Barthélémy Saint-Hu^aire. — Cela rassurera le pays. »
Le comte de Pahkao, qui connaissait en effet les alarmes du pays, et qui lui-même, en officier capable et en homme intelligent, déplorait l'infatuation de l'Empereur, ne manquait pas une occasion de déclarer à la tribune que celui-ci n'était plus le général en chef. Il le répéta dans la séance du 16, en annonçant que Tarmée de Chàlons, commandée par le maréchal Mac-Mahon, allait partir sous peu pour donner la main à l'armée qui était sous Metz, et se mettre « tout naturellement > sous les ordres du maréchal Bazaine, « le véritable, le seul général en chef de l'armée du Rhin. »
Les malheurs étaient trop soudains et trop affreux, le danger de la patrie était trop évident, la patience publique avait été mise à une trop rude épreuve pour que le sentiment général ne fit pas explosion jusque dans la Chambre. On disait partout et on répéta tous les jours à la tribune que l'Empereur nous avait jetés follement dans cette guerre, qu'il n'avait fait aucun préparatii, que notre armée manquait de tout par sa faute, qu'il
était sans alliances en Europe, qu'il avait liTré les corps d'armée à ses aides de camp et à ses favoris, qu'il avait assumé sur lui-même, avec une témérité coupable, la charge du commandement, qu'il avait commencé les opérations presque au hasard, qu'il était cause de l'écrasement de Douay à Wissembourg, de la déroute de Hac-Mahon à Frœschwiller et de Frossard à Spickeren et à Forbach ; que, depuis nos désastres, il n'avait sa ni se démettre à temps du commandement, ni chobir un capitaine, ni prendre une résolution intelligente, ni se tenir un jour aux résolutions prises. Maintenant il donnait sa démission ofiScielle. Il la donnait contraint et forcé, après quatre jours de refus. Mais il était à l'armée, et il était Empereur! La Chambre avait refusé la création d'un comité de gouvernement ; elle laissait le pouvoir politique aux mains d'une femme, d'une étrangère ; elle laissait l'Empereur destitué du comman dément au milieu de l'armée, où il ne pouvait être qu'un embarras ou un danger. Elle livrait la France aux incapables. Que d'efforts n'avait pas faits le gouvernement, au moment du plus extrême péril, pour éviter l'armement de la garde nationale I Même après la loi votée, on en était de tous côtés à demander inutilement des armes. La France périssait pour une dynastie de hasard!
Le général Trochu accepte le gouvernemeot de Paris à trois conditions : 1* la rentrée de la garde mobile à Paris ; 2* le retour de l'Empereur; 3** la reconstitution sous Paris de Tarmée du maréchal de Mac-Mahon.
Voici ce que disait à rEmpereuTy dans une conférence qui eut lieu à Ch&lons, le 17 août, un homme qui sait penser et parler, mais que la fatalité de sa naissance condamne à n'avoir jamais ni le premier rang au pouvoir, ni une situation clairement définie dans l'opposition :
a Pour cette guerre, vous avez abdiqué, à Paris, le gouvernement; à Metz, vous venez d'abdiquer le commandement. Â moins de passer en Belgique, il faut que vous repreniez Tun ou Tautre. Pour le commandement,
c'est impossible. Pour le gouvernement, c'est difficile et périlleux, car il faut rentrer à Paris. Mais, que diable ! si nous devons tomber, au moins tombons comme des hommes! »
L'Empereur avait bien songé, plusieurs jours auparavant, à rentrer à Paris. D'abord il avait voulu y renvoyer son fils, sur l'avis de ses ministres, qui, dès le commencement du mois d'août, tremblaient pour la dynastie. L'impératrice comprit qu'il était trop tard, que le retour du petit prince ne serait pas sans péril. Quant à l'Empereur, il y avait une raison toute matérielle pour qu'il ne continuât pas à tenir campagne. Nous avons une consultation du docteur Germain Sée, professeur à la Faculté de médecine de Paris, en date du 3 juillet 1870, qui prouve à quel point il lui était difficile de rester longtemps à cheval et de supporter de longues fatigues corporelles.
L'illustre maître, comme l'événement l'a prouvé, avait jugé la situation du malade avec une lucidité absolue. On s'en préoccupait naturellement, dans le cercle des intimes. M. Piétri, non pas le préfet de police, mais le chef du secrétariat, qui avait suivi l'Empereur à Metz, n'écoutant que son dévouement, avait demandé à Napoléon s'il se sentait assez de forces physiques pour supporter les fatigues d'une campagne active, passer les journées à cheval, et les nuits au bivouac. « II' est convenu avec moi qu'il ne le pouvait pas, dit M. Piétri dans une dépêche confidentielle à l'impératrice (8 août). Je lui ai dit alors qu'il valait mieux aller à Paris réorganiser une autre armée et soutenir l'élan national, avec le maréchal Le Bœuf comme ministre de la guerre.