LE GÉNÉRAL TQOCHU GOUVERNEUR DE PARIS
et laisser le commandement en chef de Tarmée au maréchal Bazaine, qui en a la confiance, et auquel on attribue le pouvoir de tout réparer. S'il y avait encore un insuccès, l'Empereur n'en aurait pas la responsabilité entière. C'est aussi l'avis des [vrais amis de l'Empereur. »
Mais le malheureux homme s'était mis dans une de ces situations inextricables où le salut semble impossible de quelque côté qu'on se tourne. Il est vraisemblable que M. Piétri avait écrit sous sa dictée. L'impératrice lui répondit directement : a Je reçois une dépêche de Piétri. Avez-vous réfléchi à toutes les conséquences qu'amènerait votre rentrée à Paris sous le coup de deux revers? Pour moi, je n'ose prendre la responsabilité d'un conseil. — Si vous vous y décidfez, il faudrait au moins que la mesure fut présentée au pays comme provisoire : l'Empereur revenant à Paris réorganiser la deuxième armée, et confiant provisoirement le commandement en chef de l'armée du Rhin à Bazaine. »
Il resta. — Il montrait beaucoup de calme au dehors. Sa situation ne se trahissait que par une sorte d'aflaissement intellectuel qui frappait tous ceux qui l'approchaient. On eût dit que la volonté était absente. Ses dépêches mêmes en font foi. Lorsqu'après avoir abdiqué le commandement dans les mains du maréchal Bazaine *et accepté la démission du maréchal Le Bœuf, il se trouva à Châlons, comme un hôte importun, dans l'armée du duc de Magenta, la question qui divisait le plus les esprits était précisément colle de savoir ce que l'on ferait de cette armée, si on l'enverrait vers le Nord-Est
pour donner la main à Farmée de Metz, oa si on h ramènerait sous Paris. Cette dernière solution était la plus populaire. H. Thiers, dont l'autorité croissait chaque jour avec les dangers du pays, la considérait comme indispensable. Il y eut le 17, à Ghâlons, une conférence sur ce sujet, à laquelle assistèrent le muréchai de Mac-Mahon, le général Trochu et le gânéral Schmitz, qui fut chef de Tétat-major général du gouverneur de Paris pendant le siège.
Le prince Jérôme-Napoléon y soutint avec beaucoup de force qu'il fallait revenir à Paris avec l'armée. Il croyait qu'il n'y avait pas d'autre alternative que de prendre ce parti ou d'abdiquer. « Voilà, dit-il à l'Empereur, le général Trochu, dont vous connaissez les mes de concentration et de reconstitution des forces militaires sous Paris, défendu à outrance et servant de point d'appui à de nouvelles opérations. Il était, de notoriété, opposé à cette guerre et aux précédentes. Seul entre tous les généraux, il a naguère montré à quel point on s'illusionnait sur le mérite des institutions militaires, dont il a demandé la refonte, et de l'armée, dont il a demandé la réorganisation. Cela Fa compromis. Â présent il a une autorité et une popularité particulières. Qu'il les mette à votre disposition comme un brave homme qu'il est et que vous avez mal jugé. Nommez-le gouverneur de Paris, chargé de la défense de la place; qu'il vous y précède de quelques heures et vous annonce à la population dans une proclamation qu'il saura faire. Vous verrez que tout ira bien. »
Le prince parlait ainsi pour encourager son cousin.