‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 33 sur 49 · LE GÉNÉRAL TROCHU GOUVERNEUR DE PARIS · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL TROCHU GOUVERNEUR DE PARIS

Au fond^ il ne se dissimulait pas les périls d'un retour de TEmpereur à Paris. Il pouvait y périr, mais s'il allait vers le Nord, il sauverait peut-être sa vie, il ne sauverait ni sa couronne, ni son honneur. Il fallait donc avoir assez de cœur pour affronter la colère des Parisiens, et compter, pour se remettre en état de régner, sur la chance fort douteuse, mais après tout possible, d*une victoire : « Qu'il fasse cela, disait-il, ou qu'il abdique! » Les autres membres de la famille impériale, l'impératrice surtout, et avec elle les miniiBtres, le Conseil privé, les ultra-bonapartistes, voyant comme le prince Napoléon les périls du retour, les voyant mieux peut-être, tenant l'Empereur pour perdu s'il revenait,

insistaient fortement pour le plan du comte de Palikao, et pensaient que, tant que l'Empereur serait vivant, il resterait un espoir pour la dynastie. Quant au principal intéressé, qui n'avait plus la force de vouloir, il est probable qu'il ne se faisait aucune illusion ni sur les chances d'un succès dans le Nord, ni sur l'avenir qui l'attendait après un nouvel échec. Il se sentait de plus en plus accablé par la maladie, et un instinct puissant le poussait, malgré son courage, qu'on ne peut pas nier, à chercher le repos. Il ne prononça pas une parole pendant toute la conférence. Quand son cousin eut fini de parler, il se tourna vers le général Trochu : c Vous avez entendu Napoléon, lui dit-il tranquillement. Est-ce que vous accepteriez cette mission ? »

Le général Trochu accepta, et partit pour Paris le même jour vers les onze heures du matin. Il regardait fermement comme adoptés, dans la conférence qui venait d'avoir lieu, les trois points que voici : 1® la ren-

trée de la garde mobile à Paris ; 2^ le retour Ile rEmpereur; 3* la reconstitution sous Paris de Tarmée da maréchal de Mac-Mahon et de toutes les forces disponibles.

Après de longues hésitations, Tarmée du maréchal de Mao-lMahon abandonne Paris, et se dirige lentement vers le Nord-Est.

Les souvenirs du maréchal de Mac-Uahon ne concordent pas avec ceux du général Trochu. Il ne pense pas que la résolution de ramener l'armée à Paris ait été arrêtée dans la conférence de Cbâlons d'une manière définitive. En tous cas, il s'adressa par dépêche au maréchal Bazaine, sous les ordres duquel il venait d'être mis, et lui demanda « comment il pourrait venir à son aide sans découvrir Paris. » Le problème, évidemment, était insoluble. M. de Hac-Mahon, en ce moment, se sentait fort indécis. Abandonner le maréchal Bazaine, qui pouvait d'un moment à l'autre arriver sur la Meujse, lui causait un véritable déchirement, et d'un autre côté il lui semblait urgent de couvrir Paris et de conserver à la France la seule armée qu'elle eût encore

disponible. Il se porta sur Reims le 2i, pour ne pas rester à Châlons, dans une plaine immense où la dé* fense contre des forces supérieures était impossible, et y prit position derrière le canal de la Hame à TAisne* pour marcher ensuite, selon les circonstances, soit sur Paris, soit vers le Nord-Est. Apres une longue délibération avec lui-même, l'hésitation des premiers joun avait disparu, et sa résolution était prise de se diriger le 23 sur Paris, s'il ne recevait pas d'instructions coxh traires du maréchal Bazaine. Aucune objection n*était à craindre du côté de l'Empereur, qu'il prît ou non sa démission au sérieux, car il inclinait dans le même sens que le maréchal ; ainsi tout concourait jusque-là avec les vues du général Trochu. L'impératrice, au contraire, le conseil des ministres, le conseil privé ne rêvaient que la jonction avec Bazaine. En arrivant à Reims, TEmpereur et le maréchal y trouvèrent M. Rouher, qui venait de Paris, et qui d'abord insista fortement, en invoquant l'autorité du conseil .et de la régente, pour la marche vers le Nord ; mais le maréchal lui répondit qu'il ne voulait pas risquer de se trouver au milieu des armées prussiennes ; que d'après les renseignements qui lui étaient parvenus la veille au soir, il devait supposer le maréchal Bazaine entouré à Metz par une armée de 200,000 hommes ; qu'en avant de Metz, dans la direction de Verdun, se trouvait l'armée du prince de Saxe, estimée à 80,000 hommes ; enfin, que le prince royal de Prusse arrivait près de Vitry-le-François à la tête de 180,000 hommes; qu'en se portant vers l'Est avec une armée composée en grande partie de régiments de marche, il pourrait éprouver un échec qui ôterait à la

France ses dernières ihessources. li^ aurait pu ajouter que ce qu'il avait de véritables soldats sous ses ordres venait de Wissembourg, de Forbach et de Frœschwiller, que les cadres et les effectifs étaient incomplets, les hommes démoralisés, le matériel détruit. M. Rouher se rendit à ces raisons, qui étaient, en effet, péremptoires, et qui, dans Tétat d'effarement d'esprit où se trouvaient le gouvernement et les généraux, parurent de peu d'importance le lendemain. Il rédigea lui-même la proclamation que le maréchal devait adresser à la population de Paris. Ce projet de proclamation, écrit de la main de M. Rouher, a été retrouvé parmi les papiers des Tuileries, et publié.

Quand on croit que le voyage de M. Rouher avait été délibéré en conseil, et avait pour but principal de décider l'Empereur à ne pas revenir à Paris, on peut être étonné de voir cet homme d'État arriver à Châlons avec une opinion, et retourner à Paris pour en exécuter une autre. Mais telle n'est pas la réalité des faits.

M. Rouher n'avait pas été envoyé à Châlons. Il s'était déterminé de son propre mouvement, et presque soudainement, à y aller, pour donner ses avis à l'Empereur, comme il y était autorisé par une liaison ancienne et très-intime. Je crois qu'à ce moment, sa préoccupation principale était de reconstituer l'autorité, entreprise bien nécessaire, mais bien diflicile. Le prince Napoléon disait tout haut : oc L'Empereur n'est plus commandant; il n'est plus empereur; il faut qu'il essaie de le redevenir, ou qu'il abdique, qu'il passe en Belgique. » Ce qu'il disait tout haut, tous les amis de l'Empire le pensaient tout bas. J'en trouve la preuve

dans ce passage de l'enquête parlementaire. Ceit M. Saint-Marc Girardin qui parie : « La première cris» du ministère de Palikao fut la Bomination da général Trochu comme gouverneur de Paris. Cette Domination fut faite par l'Empereur, à Tinsu du ministère et de h régente. L'Empereur ayant, à Metz, résigné le cx>mmandément de l'armée entre les mains du maréchal Bazaine, et, à Châlons, entre les mains du maréchal Mac-MaboD, semblait déjà s'être acheminé vers une abdication. M. Chevreau dit dans sa déposition : a L'Empereur, pour des raisons que lui seul avait à apprécier, avait voulu ne plus être le premier à Tarmée; mais il ne pouvait être le second nulle part. »

' Si FEmpereur n'existait plus, on ne voit pas ce qu'était et ce que pouvait l'impératrice. M. de PaUkao, qui avait passé vingt-sept ans de sa vie en Algérie, six ans à Lyon, quelque temps en Chine, pouvait être un bon général, mais il n'était certainement pas un homme politique. Je répète donc que M. Rouhcr voulait surtout reconstituer l'autorité, qu'il jugeait nécessaire pour cela de revenir au plus vite à l'unité, et à l'unité par l'Empereur. Dans ces dispositions, il n'eut pas de peine à se laisser gagner à l'idée de le ramener à Paris; car la partie, fort difficile à jouer, ne pouvait être jouée que là. Quand d'ailleurs le maréchal Mac-Mahon lui eut fait toucher au doigt les périls de la marche vers le Nord, il se rendit complètement et mit lui-même la main à rœuvre en écrivant les proclamations. Je dis sur-le-champ qu'il aurait échoué dans cette tentative, que la position était définitivement perdue, que l'Empereur n'avait plus ni force physique, ni volonté. Le seul parti à prendre^

pour organiser un pouvoir public, était de renoncer à ce qui n'était plus qu'une fiction, et de créer, dans la Chambre élective, une commission de gouvernement. Nous en fîmes la proposition, que le Corps législatif eut le tort, le très-grand tort de ne pas accueillir. Ceïte démarche de noire part prouve que nous voyions clair dans la situation, et que nous ne voulions pas du pouvoir pour nous-mêmes. Mais je reconnais que M. Rouhcr, en ramenant l'Empereur à Paris, et surtout en supprimant la régence, tentait la seule chance de salut qui restait alors à la dvnastie.

Voilà donc M. Trochu et M. Rouher, partis pour Paris à quatre jours de distance, convaincus l'un et l'autre que l'Empereur allait les suivre, le second apportant le projet de proclamation et le décret qui chargeait M. Mac-Mahon du commandement de l'armée de Paris. Le maréchal donne ses instructions le S2 ; on doit s'ébranler le 23 de bon matin pour se rapprocher de la capitale. C'est une entreprise dans laquelle, selon le prince Napoléon, l'Empereur peut périr, mais la France peut être sauvée. Une dépêche de Bazaine arrivée le 22, à quatre heures de l'après-midi, renverse tous ces projets. En apprenant que l'armée de Metz prend la direction du Nord pour se rabattre ensuite par Montmédy sur la route de Sainte-Menehould et Châlons, M. de Mac-Mahon change de plan tout à coup, et commence avec l'Empereur ce fatal voyage, qui pouvait être fait en trois jours, qui en dura huit, et qui se termina, sous les murs de Sedan, par la plus immense et la plus lamentable défaite.

fai peine à comprendre cette résolution et l'obstina-

tion du ministre de la guerre à la conseiller. M. de Palikao semble dire que son but, en portant l'armée vers le Nord, était de créer une armée puissante par la jonction de Bazaine et de- Hac-Mahon, de débloquer sur-le-champ Bazaine, et de se servir immédiatement des deux armées, devenues libres, et réunies sous un commandement unique, pour couvrir et, au besoin, pour débloquer Paris. Ce plan suppose une marche rapide et une victoire. La victoire était difficile à espérer ; la marche fut d'une lenteur déplorable. Il eût été bien plus sûr d'adopter le plan que l'Empereur préférait, que le prince Napoléon avait conseillé, dont M. Thiers et H. Trochu démontraient la nécessité, auquel M. Rouher s'était rallié, que M. de Mac-Hahon, avant la dépêche du maréchal Bazaine, regardait comme le soûl praticable.

Dans sa lettre à sir John Burgoyne écrite le 29 octobre, l'Empereur exprime encore cette même opinion et condamne durement le parti qui a été pris. « Revenu à Chûlons, dit-il, j'ai voulu conduire la dernière armée qui nous restait à Paris, mais là encore des complications politiques nous ont forcés à faire la marche la plus imprudente et la moins stratégique, qui a fini par le désastre de Sedan. »

Pendant que le maréchal Mac-Mahon, emmenant l'Empereur à sa suite, partait pour le Nord, et renonçait, contre sa propre opinion, à revenir vers Paris, le général Trochu, tout rempli de noirs pressentiments, mais animé d'un indomptable courage^ arrivait à Paris, résolu d*exécuter en homme de cœur toutes ses promesses. L'impératrice Taccueillit par ces paroles :

« L'Empereur ne reviendra pas à Paris. Ses ennemis seuls ont pu lui conseiller ce retour. Il n'entrerait pas vivant aux Tuileries. »

La résolution de Timpératrice était prise depuis longtemps, et elle était irrévocable. Quand l'Empereur, se servant de l'entremise de M. Piétri, avait en quelque sorte sollicité la permission de revenir, elle lui avait très-expressément déclaré que jamais elle ne lui en donnerait le conseil. Elle ne lui en avait pas caché le motif, quelque dur qu'il fût de le lui rappeler : « Vous ne devez pas y songer après deux revers. » La considération du danger que pouvait courir l'Empereur primait toutes les autres aux yeux de l'épouse et de la mère : on le conçoit.

Le conseil des ministres et le conseil privé étaient unanimement d'accord avec elle. Cette détermination leur était inspirée par deux causes. D'abord, celle qui était toute-puissante sur l'impératrice : le danger personnel qu'un retour à Paris faisait courir à l'Empereur; ensuite, une appréciation inexacte des chances de l'expédition vers le Nord. Le général de Palikao leur avait fait partager la confiance que lui inspirait cette expédition. Le maréchal Mac-Mahon, imparfaitement renseigné sur la situation de Bazaine et sur la marche des Allemands, changea plusieurs fois d'opinion. Le ministre avait dû, dans l'origine, compter sur son concours, puisqu'il en avait reçu, à la date du 19 août, le télégramme suivant : « Veuillez dire au conseil des ministres qu'il peut compter sur moi et que je ferai tout pour défendre Bazaine. » Mais, dès le 21 , le maréchal avait été amené par la réflexion à prendre la

résolution contraire. 11 en développa les motifs, avec beaucoup de fermeté et de précision, dans la conférence avec M. Rouher. Quant à TËmpereur, abattu, troublé par la maladie et par le malheur, presque passif, il désirait revenir sans imposer sa volonté, se soumettant d'avance à ce qui serait résolu. M. Rouber affirme dans sa déposition, que, si H. de Mac-Mahon changea une troisième fois d*avis, c'est uniquement par suite des dép^hes du maréchal Bazaine. Le maréchal lui-même le déclare. M. de Wimpffen pense pourtant que le maréchal voulait encore, le 21 août, marcher au secours de l'armée de Metz, comme il l'avait télégraphié au ministre le 19; que l'Empereur, au contraire, désirait retourner à Paris, et que cette opposition d'idées entre le général en chef titulaire et le souverain qui avait abdiqué le commandement fut la cause des irrésolutions du maréchal et de la lenteur de sa marche vers le Nord-Est.

M. le duc de Magenta, pour couvrir celui qui avait été son souverain, aurait poussé le désintéressement et la générosité jusqu'à cacher le motif de ses retards, et à en prendre sur lui la responsabilité. Si cela est, la présence de Napoléon III dans l'armée fut mille fois funeste, puisque c'est ce retard qui a consommé et approfondi notre ruine. M. Rouher, comme je viens de le dire, avait cédé, changé d'avis bout pour bout. A Paris, on ne céda pas, on ne douta pas. Le comte de Palikao, dont l'opinion n'avait pas varié un instant et qui l'avait toujours exprimée avec fermeté, écrivit sur-le-champ à TEmpereur : « Le sentiment unanime du conseil, en présence des nouvelles du maréchal Bazaine, est plus énergique que jamais. Les résolutions

prises hier (dans la conférence avec M. Rouher) devraient être abandonnées. Ni décret, ni lettre, ni proclamation, ne devraient être publiés. » Il ajoute que, si Bazaiue n'est pas secouru, il ne peut plus répondre de Paris ; et cette pensée, qui, selon moi, était fort peu contorme à la réalité, est reproduite dans plusieurs télégrammes. Il dit à M. Trochu en le voyant, aussi fermement que rimpératrice : « L'Empereur ne viendra pas. » Au reste, il avait bien à ce moment le droit de parler ainsi, puisque le maréchal de Mac-Mahon venait de lui annoncer qu'il s'avançait vers Montmédy.

Le général Trochu ne pouvait conserver aucun doute. Il se trouvait gouverneur d'une place qui ne serait pas secourue et en présence d'un gouvernement dont les vues étaient directement opposées aux siennes. Plus il avait en ce moment la faveur populaire, plus il était naturel que la cour lui fût hostile. Le comte de Pahkao, sans le prendre pour un ennemi (et il ne l'était certainement pas) , le considérait comme un obstacle. Il le tint à l'écart le plus qu'il put, le négligea jusqu'à l'injure. Il voulut le remplacer par le général de WimpfiFen, brave et intelligent officier, qui avait surtout, aux yeux du ministre de la guerre, le mérite de penser, comme lui, qu'il fallait' jeter toute l'armée sur le Nord-Est. M. de WimpfTen ne voulut pas supplanter le général Trochu, qu'il connaissait et qu'il estimait. Il fut investi du commandement du corps d'armée confié jusque-là au général de Failly, dont toutes les voix demandaient la révocation. Il emportait, en outre, des lettres de service pour remplacer le maréchal de Mac-Mahon en cas de malheur.

Je n'ai pas à raconter les détails de cette longne marche de Reims à Sedan, dont la lenteur inexpliquée fut la caose de notre dernier et irrémédiable désastre. Les généraux sont très-divîsés entre eux dans Tappréeiation des diverses résolutions qui furent prises, soit pour préférer la marche vers le Nord-Est, soit pendant cette marche même, soit dans le funeste engagement de Beaumont, soit enfin pendant la journée du 1^ septembre. On n'a pas besoin d'être du métier pour rendre justice à k bravoure de nos soldats et de nos généraux, à leur dévouement poussé jusqu*à l'héroïsme* Mais, par malheur, les hommes les moins compétents aperçoivent» du piemier coup d'oeil, les hésitaticms, les irrésolutions, les plans improvisés, mal conçus, abandonnés brusquement; la part faite au hasard, à la politique, aux intérêts dynastiques. L'absence d'une volonté éclate partout. Jamais, dans l'histoire, on n'avait fu des troupeaux humains ainsi abandonnés.

C'est ce sentiment qui dominait tous les autres depuis le !22 août. On se disait que l'Empire et l'Empereur avaient cessé d'être. D restait bien quelques fidèles, en très^tit nombre, dans le Sénat et dans le Corps légis-^ latif; il n'y en avait plus dans la nation. Les fidèles mêmes étaient sans espoir. Ils parlaient ô!ajout*ner la politique; c'était leur dernier refuge. Les ministres n'osaient plus prononcer le nom de l'Empereur. On en était à ce point que lord Lyons écrivait à son gouvernement : (' Je ne sais pas si l'annonce d'une victoire sauverait la dynastie. »

Le gouvernement n'exécute pas la loi sur Tarmcment de la garde nationale. Il s'oppose à l'abrogation des lois qui défendent la fabrication et la vente des armes de guerre.

La dynastie essayait pourtant d(î si^ défendre, et malheureusement, pendant cette dernière quinzaine, on se heurtait à cliaque pas devant ses préoccupations, qui contrariaient souvent les nécessités de la défense. Dans le choix de ses préfets , elle avait surtout songé au dévouement. Elle les avait pris pour les candidatures officielles et pour le plébiscite. Préfets à poigne contre les républicains et les libéraux, ils étaient sans énergie contre les Prussiens : non pas tous. Dieu merci; quand il n'y en aurait que trois ou quatre qui désertèrent la défense ou facilitèrent l'établissement des administrations prussiennes dans les villes envahies, ce serait encore une assez grande honte. L'Empereur lui-même s'en était

plaint dans une dépêche envoyée de Metz. La régente envoya des conseillers d'État en mission extraordinaire dans les départements pour aider et surveiller les préfets. Ces commissaires furent mal choisis. Ils rappelaient par leurs noms et par leurs allures le régime de 18S2, qu'il aurait tant fallu faire oublier! La Chambre, après de trop longs débats, avait voté, le 11 août, l'armement et l'organisation de toutes les gardes nationales; mais la loi, par la négligence ou le parti pris des préfets, demeurait une lettre morte. Du 20 août jusqu'au 4 septembre, il ne se passe pas une séance sans que plusieurs députés viennent se plaindre que les officiers de la garde nationale de leurs départements ne sont pas nommés, que les armes, les uniformes ne sont pas distribués. Le général Le Breton, qui certes n'est pas un ennemi systématique, réclame avec amertume dans la séance du 29 août. « Au moment où l'on annonce la marche de l'ennemi sur Paris, les départements qui environnent la capitale s'étonnent et s'inquiètent de rester complètement désarmés. ;> L'armement dans Paris ne marchait pas plus vite, malgré les déclarations réitérées des ministres. On nous disait qu'on donnait tout ce qu'on avait. M. de Palikao est plus sincère dans sa déposition de^'ant la commission d'enquête; il dit en propres termes : « J'ai résisté tant que j'ai pu. » Le ministre de la guern» monta un jour à la tribune pour annoncer qu'il venait de découvrir 100,000 fusils, mis en réserve par un de ses prédécesseurs. Huit jours après cette trouvaille, il restait encore une grande partie des citoyens à i)Ourvoir. C'était le cri des foules, sur les boulevards et autour de la Chambre : « Des armes ! » Ce refus ou cette impuis-

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