‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 35 sur 49 · LES VILLES LIVRÉES · texte numérisé non relu

LES VILLES LIVRÉES

semblée lorsque, dans la séance du 14, M. Gambetta lut à la tribune ce fragment du journal VEspérance de Nancy :

« Hier vendredi, 12 août 1870, à trois heures de l'après-midi, date douloureuse pour nous et pour nos descendants, quatre soldats prussiens ont pris possession de la ville de Nancy, ancienne capitale de la Lorraine, chef-lieu du département de la Meurthe. Ajoutons bien vile pour noire honneur que Nancy, ville ouverte, n'avait plus depuis la veille un seul soldat. Une demi-heure nprès, un détachement de vingt-six Prussiens traversa la ville et alla prendre possession de la gare, dont le chef fut déclaré prisonnier sur parole... y)

La douleur arracha ces mots à M. Gambetta :

Nous sommes gardés par des incapables ! » Le journal, dont il tenait à la main un lambeau déchiré, était daté du 13. Le ministère avait attendu le 14 pour annoncer l'occupation de Nancy.

Dix jours plus tard, M. Gambetta donna lecture d'un article du Progrès de la Marne.

« Quatre heures et demie. — Cinq cavaliers prussiens, le pistolet au poing, entrent à Châlons par la porte Saint-Jean et prennent possession de la ville. Parmi les cinq cavaliers, revêtus de la capote grise et coiffés d'un casque, se trouve un officier; un des soldats fume gravement sa pipe, sans se soucier autrement des curieux réunis sur le passage du détachement...

» Quelques heures avant l'entrée des Prussiens, plusieurs habitants avaient prévenu la division Brahaut, campée au quartier de cavalerie, de l'approche de l'en-

nemi. Le général, pour toute réponse, a levé immédiitement le camp.

» Un incident s'est produit au moment où les Prussiens quittaient Thôtel de ville. La foule réunie sur la place était fort nombreuse et faisait entendre des cris de colère et d'indignation contre ceux qui la livraient i la merci de l'ennemi. Cette attitude a déplu à un soldat prussien, car, sans attendre le commandement de l'officier, il a mis la foule en joue et l'a menacée de son arme.

» En présence du malheur qui nous frappe, on nous permettra de nous renfermer dans notre douleur. Noos nous tairons donc jusqu'au jour où l'heure de la justice sonnera. »

C'est ainsi que Paris apprenait que le flot montait autour de lui.

Quelques jours après, des explications arrivaient à la Chambre, de Nancy et de Châlons. M. le baron Buquet, membre de la majorité, de la majorité la plus fidèle, donna lecture d'une lettre qu'il faut reproduire, et dont tous les termes sont à peser.

a M. LE BARON Buquet. — La lettre que je tiens à la main, et dont je vais donner lecture, est signée par tous les membres du conseil minicipal de Nancy :

« Monsieur le député, est-il vrai qu'on ait accusé de » lâcheté les habitants de Nancy et du département de )) la Meurthe?

» Vous savez dans quel abandon notre contrée a été » laissée. ..

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