‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 37 sur 49 · LE COMITÉ DE DÉFENSE · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DE DÉFENSE

d'État! Un seul mot compromettrait la défense! Plus d'une fois un ministre se levant pour parler, la majorité lui crie : « Ne répondez pas! ne répondez pas! » La gauche, pour tout concilier, propose le comité secret; mais les ministres ne peuvent rien dire en comité secret, car ils pensent, avec assez de raison, qu'il est absurde de faire des confidences à trois cents personnes. C'est de cette situation, insoutenable au milieu de telles angoisses, que naquit la proposition d'introduire des députés dans le comité de défense. Ces députés garderont le secret qui leur sera confié ; mais la Chambre et la nation qu'elle représente, ou qu'elle est, censée représenter, ne seront plus exclues de la direction des affaires. Le pays ne sera plus abandonné aveuglément à ceux qui le perdent.

La proposition fut déposée par M. le comte de Kérary, dans la séance du 22 août, en ces termes :

« Neuf députés élus par le Corps législatif seront adjoints au comité de défense de Paris. »

L'urgence fut votée sans opposition, et les députés se levaient pour se retirer dans leurs bureaux, quand le ministre de la guerre déclara, au nom du cabmet, qu'il repoussait la proposition :

a Quelque confiance que nous ayons dans les membres de la Chambre, nous avons la responsabiUté, nous la voulons tout entière. »

C'était poser la question de cabinet ; et dans quelles circonstances! pour quel objet! L'Assemblée qui, un instant auparavant, aurait voté la proposition, ne

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voulut pas de révolution de cabinet en ce moment; l'édifice branlant de la monarchie impériale aurait été renversé dans la crise : un soufiQe sufllsait. La commission nommée dans les bureaux, qui, au fond, était favorable à la proposition, essaya de la faire accepter par le cabinet en limitant le nombre des députés à trois au lieu de neuf. Les ministres se montrèrent intraitables, et M. Thiers, qui avait accepté les fonctions de rapporteur, déclara, dans la séance du 24, qu'on n'avait pu réussir à s'entendre avec le gouvernement, et que la commission, persistant à ne vouloir proposer aucune résolution qui pût, en ce moment, amener une perturbation ministérielle, concluait au rejet.

Le ministre de la guerre crut prendre une mesure de conciliation en promettant d'accepter l'adjonction au comité de défense de trois députés désignés par le conseil des ministres. On ne pouvait dire plus clairement que le gouvernement n'était plus sûr de sa majorité. Quelques semaines auparavant, il aurait dicté les choix. La Chambre eut encore la faiblesse de se contenter des concessions du ministre.

On sait que M. Thiers apprit le lendemain, par le Journal officiel, qu'il était membre du comité de défense; qu'il n'accepta pas cette désignation et donna, dans la séance du 27, les motifs de son refus; que la Chambre, par une acclamation unanime, lui ordonna d'accepter. Il entra donc au comité comme délégué de ses collègues, en dépit du rejet de la proposition de M. de Kératry. Cet incident, expliqué par la grande position de M. Thiers et la confiance qu'il inspirait, ne change rien au caractère de la résolution prise dans la séance du 24. La question fut

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