LE COMITÉ DE DÉFENSE
nettement posée ce jour-là entre la prérogative du gouvernement et le droit que la Chambre pouvait tirer ^e l'imminence du péril, entre la dynastie et la patrie. Les paroles par lesquelles le comte de Palikao repoussait définitivement l'adjonction au comité de défense de membres de l'Assemblée élus par leurs collègues furent suivies d'une discussion orageuse, pendant laquelle on entendit M. Jules Favre s'écrier, sans rencontrer de contradicteurs, « que nos malheurs étaient dus à une direction fatale, dont personne n'oserait prendre la défense, et qui pouvait, sans exagération, se traduire par l'un ou l'autre de ces mots : ineptie ou trahison. » Et comme le ministre du commerce, M. Clément Duvernois, avait, dans sa réponse, invoqué la Constitution, M. Thiers prononça avec une tristesse solennelle les paroles suivantes *
<( M. le ministre du commerce invoque les institutions.
y) Je fais un sacrifice au pays et à la Chambre en ne portant pas la discussion sur ce sujet ; mais je supplie qu'on ne fasse pas figurer ici un intérêt de ce genre. Nous savons tous aujourd'hui pourquoi la France combat : elle combat pour son indépendance ; el1(; combat pour sa grandeur, pour sa gloire, pour l'inviolabilité de son sol. Tous, nous le savons, à gauche, au centre, à droite ; c'est éclatant comme la lumière, et tous nos cœurs battent à l'unisson quand vous parlez de ces grands, de ces sublimes intérêts de la patrie.
» 3Iais, de grâce, ne nous parlez pas des institutions ; vous ne nous refroidirez pas, vous ne diminuerez pas notre zèle pour la défense du pays ; mais, sans nous
^i> soiTxms pr QrATAE septembre
rdmiir. van bods frippera ai eoDor en nous ntippe^ taflt os imMaiTM» qaL, dass ai oonrictîOD à moi, ma k canae prmcîpile, phis qoe les hommes eoxdes màBuBon de li Fnoioe. >
SedaB«
Dans les derniers jours d*août nous étions sans nouvelles de nos armées. Nous ne savions pas, pour dire' le mot strictement exact, si nous étions vivants ou morts. Nous commencions l'apprentissage de ce supplice de l'incertitude dont nous avons cruellement souffert pendant les cinq mois du siège. Les combats de Gravelotte, Rezonville, Mars-la-Tour, Doncourt et YionviUe eurent lieu vers le milieu du mois : nous savions que l'armée de Metz se battait ; nous pensions même qu'elle était plus fortement engagée ; mais était-ce une victoire ou une défaite? « On ne peut plus vivre ainsi, disait H. Keller; on ne peut plus délibérer. Déclarons-nous en permanence, et attendons ce que les événements feront de nous, d f^e ministre de la guerre répondit
^H iLj ivû pas «n de fcinfMr maa «ikmfn t des fngagPfiiÉHUs portkii; qal ciQwaît q[iK reuemi afiit
éte fiLi^ttraîaé: ^'3 ■'xrak dasi les mains que quelques npçotts de la fendanm^îe. n te ud pea plus fTpfirîLîf qodqoB joivs aprei: il annonça qne dans li joaraée da 1â. trois eorptf de Tannée pmssienoe avaient été Rjetés par le manicfaal Baaalne dans les carrières de fafimnnt II aToaaît poartant qœ les ennemis oonsî* déraient celte même jcomèe da 18 comme une Tictoiie pour em« De pareîb lenset^nements n'étaient pas faits pour diiisîper rofascorîlé qui nous entourait, qoi nous étouffait.
De Tannée de Mac-XahoD, nous saTÎoos seolemeut qu'elle s'éloignait de nous ; mais nous n'avions pas de détails sur sa marche, et à mesure que les jours s'écoulaient, Tanxiété croissait» parce qu'on savait la nécessité de gagner quelques jours sur l'ennemi. Le comte de Palikao. qui avait conçu le plan de la jonction des deux armées, qui, par conséquent, ne tenait pas un compte suffisant de la mauvaise oi^nisation de Tannée de ChâloDs, de la fatigue des uns, du manque d'habitude des autres, de la démoralisation de tous, et qui croyait au succès si Topération était menée avec rapidité, avait vu avec un profond désespoir que Tarmée avait perdu trois jours à Reims, qu'elle en était partie avec des approvisionnements insuffisants (deux corps d'armée manquèrent de vivres dès le second jour), qu'elle s'avançait ensuite en faisant des journées de 20 kilomètres, quand on aurait obtenu d'elle, avec un peu de vigueur, des journées de 33 kilomètres (Tarmée du prince royal faisait jusqu'à 10 lieues par jour), qu* elle ne sui-
vait même pas la voie la plus courte» qu'on accablait le soldat par des volte-face^ des retours en arrière, des crochets, des marches de nuit qui, outre l'inconvénient principal du retard, lui ôtaient tout entrain et toute confiance dans ses chefs. De Reims à Dun-sur-la-Meuse, point indiqué par le ministre pour effectuer le passage de la rivière et tourner l'armée du roi, il n'y a que 100 kilomètres. M. de Wimpffen raconte que le ministre se rendit chez l'impératrice régente pour lui signifier que, si l'ordre donné au maréchal de se porter sur Metz n'était pas exécuté immédiatement, il afficherait dans toute la France que l'Empereur était la cause des désastres qu'il prévoyait devoir résulter forcément des retards apportés à la réunion des deux armées. Le maréchal de Mac-Mahon, par un sentiment qu'il faut honorer, a voulu tout prendre sur lui.
En causant avec M. de Wimpffen, au moment où celui-ci allait partir pour remplacer M. de Failly à la tête du S"^ corps, le comte de Palikao lui parla de TEmpereur, comme en parlait à Reims le prince Napoléon, a Le plus grand embarras, lui dit-il^ est aujourd'hui causé par l'Empereur, dont la position est des plus fausses. 11 a quitté l'armée de Bazaine pour rejoindre celle de Mac-Mahon ; mais à quel titre s'y trouve-t-il ? Ne pouvant pas revenir à Paris, où l'impératrice exerce la régence et ne veut pas qu'il rentre, peut-il, comme il s'y est engagé, se borner à rester l'hôte incommode du maréchal de Mac-Mahon, sans faire sentir son influence, ne fût-ce que dans les conseils? Ce rôle impossible à un souverain et qu'il s'est donné, il ne peut le conserver; cela est positif. i> Sans doute ; mais la conclusion? Le
comte de Palikao ne pouvait pas dire, même à od ami, ce que la France et l'Europe entière disaient tout haut : fpi'il ne restait à Napoléon III d'autre parti que d'abdiquer puisqu'il ne pouvait plus être ni général ni aoofifrrain.
Le ministre de la giURe fit partir le général Yinoj avec le 13* corps pour appii^yer le moirvement aor It Meuse et inquiéter les derrières de Tannée dnprîBeengfal en évitant toutefois de s'engager trop à fond. D ne msait d'écrire au maréchal pour le supplier de se hiter, pour lui démontrer la nécessité d'une marche rapide, et, dans le fait, quelque parti que l'on prenne entre le plas du général Trochu et celui du comte de Palikao, il est clair que rien ne pouvait être plus funeste que d'annihiler, par nos hésitations et nos lenteurs, l'avance que nous avions sur l'ennemi. Le comte de Palikao se décida à remplacer le général de Failly par le général de Wimpffen, dont la vigueur lui était connue. On était à la fin du mois, et les dépêches oflScielles devenaient de plus en plus rares. Celles de l'Empereur ne disaient rien. « Je suis resté à cheval assez longtemps. — J'approuve la distribution des fonds que tu me proposes. Tu remettras le reste à Charles Thélin. » Ou bien il écrivait au maire d'Ëtain, petite ville de la Meuse: « Avez-vous des nouvelles de l'armée? )> Le 37, à 8 heures 30 minutes du soir, le maréchal de Mac-Hahon adressa au ministre le télégramme suivant: « Les 1" et 2* armées, plus de 200,000 hommes, bloquent Metz, principalement sur la rive gauche; une force évaluée à 80,000 hommes serait établie sur la rive droite de la Meuse pour gêner ma marche sur Metz. Des renseignements annoncent que l'armée du prince royal de Prusse se dirige aujourd'hui
sur les Ardennes avec 80,000 hommes; elle serait déjà à Ardeuil. Je suis au Chesne avec un peu plus de 100,000 hommes. Depuis le 9, je n'ai aucune nouvelle de Bazaine; si je me porte à sa rencontre^ je serai attaqué de front par une partie des l'® et 2* armées» qui, à la faveur des bois, peuvent dérober une force supérieure à la mienne, en même temps attaqué par Tarmée du prince royal de Prusse, me coupant toute ligne de retraite. Je me rapproche demain de Hézières, d'où je continuerai ma retraite, selon les événements, vers l'ouest. » Le ministre lui répondit le même jour à onze heures : a Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est dans Paris et vous serez attaqué vous-même par toutes les forces de l'ennemi. C!ontre le dehors Paris se gardera. Il me parait urgent que vous puissiez parvenir rapidement jusqu'à Bazaine. Ce n'est pas le prince royal qui est à Châlons... L'anxiété avec laquelle on vous suit est extrême. » Le lendemain, il lui adresse de nouvelles instances : « Au nom du conseil des ministres et du conseil privé, je vous demande de porter secours à Bazaine en profitant des trente heures d*avance que vous avez sur le prince royal de Prusse. Je fais porter corps Vinoy sur Reims. » Le maréchal, en recevant cette dépêche, renonça à son mouvement sur Mézières, et reprit sa marche vers Hontmédy, avec une perte de 34 heures. Le 31, une dépêche de lui arriva au ministère avant le jour; elle ne contenait que ces mots : a Hac-Hahon fait savoir au ministre de la guerre qu'il est forcé de se porter sur Sedan. » Ce mouvement était incompréhensible. Le ministre répondit aussitôt pour se plaindre de l'obscurité où on le lais-
sait, a 31 août 1870, 9 h. 40 m. du matin. Je suis surpris du peu de renseignements que M. le maréchal de Hao-Mahon donne au ministre de la guerre. II est cependant de la plus haute importance que je sache œ qui se passe à l*armée afin de coordonner certains moovements de troupes avec ce que peuvent faire MH. les commandants de corps d'armée. Votre dépêche de œ matin ne m'explique pas la cause de votre marche ea arrière, qui va causer la plus vive émotion. Vous aves donc éprouvé un revers? »
Oui, il avait éprouvé un revers. Le S^ corps, après avoir combattu à Boult-aux-Bois, dans la journée du 39, avec avantage, était arrivé le soir à Bcaumont. Il était descendu dans la vallée et y avait passé la nuit. Aucune précaution n*avàit été prise contre Tennemi qu'on venait de repousser, et contre l'armée 'qui ne pouvUt être loin, puisqu'elle luttait de vitesse avec nous pour nous empêcher de passer la Meuse. Le 30, à quatre heures du matin, inquiet de ce qui se passait du côté des généraux Douay et de Failly, le maréchal quitta Raucourt pour aller s'entendre avec eux. Il rejoignit le général de Failly à Beaumont vers les cinq heures. Il lui expliqua que, dans l'extrémité où nous étions, il ne s'agissait plus de combattre; mais de passer la Meuse le plus tôt possible. Le général se trouvait dans une bonne position; son arrière-garde allait le rejoindre; il était à deux lieues de Mouzon, avait la Meuse sur la droite, le corps Douay sur la gauche, et en avant de lui des hauteurs dont il était maître.
Le maréchal repartit à cinq heures, pour rejoindre le général Douay qui, par suite de Tencombremeut des
routes, était plus en arrière. Il pensait que le général de Failly quitterait Beaumont sur les sept ou huit heures. Malheureusement; le général se croyait en pleine sécurité. Il avait fait la veille des charges de cavalerie dans Tespoir d'avoir des renseignements; mais les prisonniers, en très-petit nombre, ou n'avaient rien dit, ou n'avaient donné que des détails incohérents et contra* dictoires. L'ennemi, intéressé à cacher sa marche, laissait passer tous les paysans qui se dirigeaient vers ses lignes, mais n'en laissait i^rtir aucun, sous quelque prétexte que ce fût, pour venir à nous. M. de Failly ne savait pas s'il avait devant lui une division ou plusieurs corps d'armée. En tout cas, il se croyait sûr de ne pas être attaqué. Sur les observations de plusieurs chefs de corps dont les hommes étaient rendus de fatigue, il crut pouvoir, au lieu de continuer sa marche, accorder quelques heures pour se reposer et faire la soupe. On annonça qu'il serait fait une distribution de pain à une ' heure. Le général et ses officiers se mirent à déjeuner paisiblement. Les soldats ayant tiré la veille démontaient leurs armes et les nettoyaient. Les rangs étaient ouverts par compagnie, on commandait le service ; les officiers inspectaient leurs hommes comme en temps de paix, quand tout à coup un obus, parti on ne sait d*où, arrive en plein camp.
C'était l'armée entière du prince de Prusse qui cernait le 5® corps, sans que personne, généraux ou soldats, eût soupçonné sa présence. Il fallut courir aux faisceaux, fermer les sacs, atteler en hâte les batteries pour les porter en arrière et les mettre en position. Beaucoup de soldats étaient çn manches de chemises;
3H 54>m31ft5 BT QT ATAE SEPTEMBRE .
de leurs fads Bfiiiip eourauK
de lOQSoOlés et kns firnipapug.
desûffdoHMe ci mw parle; le sol esl jondii et Uess» et de nurts^ arant que les compagnies soies! parvemies i se rrfoniker. Une fois de pins, nous étiosi Tictîmes de rûcprénnaDee de nos fénénnoL, de la dispersâoo de nos coqis d'annêep do manque d*imité dans le commandemenL L'année française fit, à Beaumont» oomiiK' partoot, des prodiges de braTOore ; son hëroisBiB n'aboutît qak diminuer rimmensilé da désastre. A h tombée de la noiL anira Tordie de se replier sur Sedan.Les dél^ da 5* ooq» n*y pénétièrent qne le 31, à dnq beores da matin.
Pendant cette journée do 31, loates les routes conduisant à Sedan furent encombrées de fuyards épuisés de faim et de fatigue. Les bagages, fom^gons et carrioles, dont quelques-un? allaient à vide, interceptaient partout le passage. La confusion était augmentée par les équipages de la maison de l'Empereur, qui passaient eo longues files, obligeant toutes les voitures à s'arrêter comme à la promenade du bois de Boulogne. L'artillerie et la cavalerie ne pouvant avancer se jetèrent hors de la route pour trouver une voie libre ou couper à travers champs, et des escadrons entiers franchirent sans s'en douter la frontière de Belgique. Dans la ville même, l'encombrement qui s'accroissait de minute en minute sans aucune direction, réduisait les fourgons
à l'immobilité, et entravait tous les services de Tintendance. Les soldats couraient partout, cherchant à rallier leurs régiments; un grand nombre frappaient à toutes les portes pour avoir du pain. Des officiers de tous grades étaient en quête des hôtels et des restaurants. De nombreuses corvées allaient incessamment du camp à la ville et retournaient au camp portant des rations qu'on leur faisait attendre plusieurs heures. Trop souvent elles retournaient à vide, ou avec des rations qui n'avaient pas le poids réglementaire, parce que les approvisionnements n'avaient pas été prévus pour une si grande concentration. Le désordre, l'absence d'organisation et de commandement étaient au comble. Le général de Wimpffen, qui arrivait à l'armée dans ces terribles circonstances, ne parvint qu'à grand' peine jusqu'à la maison occupée par l'Empereur. En le voyant entrer. Napoléon vint lui prendre les mains, les larmes aux yeux, et lui dit :
« — Mais, général, expliquez-moi donc pourquoi nous sommes toujours battus, et ce qui a pu amener la désastreuse affaire de Beaumont?
— àSire, je présume que les corps d'armée en présence de l'ennemi étaient trop loin pour se donner un mutuel appui, que les ordres ont été mal donnés et mal exécutés.
— Hélas! nous sommes bien malheureux! »
n n'y avait à Sedan ni vivres ni munitions en quantité suffisante. Le maréchal n'avait jamais eu la penséi' de livrer bataille sur le terrain où il se trouvait. II passa une partie de la journée du 31 à examiner les
8àD SOUVENIRS DU QUATRE SEPTEMBRE.
routes qui aboutissent à Sedan, pour déterminer odk par laquelle il effectuerait sa retraite.
Ces routes sont au nombre de trois : l'une à Tooest, sur Héiières: l'autre, à l'est, sur Carignan; la trnsième, au nord, sur la Belgique. Comme l'ennemi pouvait nous couper la retraite sur Mézières en traversant la Meuse à Donchery, le maréchal envoya des hommei pour faire couper le pont. Il se retira sans avoir pris un parti définitif, voulant se décider d'après les mouvements que renncmi opérerait pendant la nuit.
Le 1^' septembre, les Prussiens ouvrirent le feu par une vive fusillade à quatre heures et demie. Presque aussitôt, M. de Hac-Mahon était à cheval et s'efforçait de Si» rendre un compte exact de la position de l'en* nemi, alin do marcher immédiatement avec toutes ses fonvs, si)it sur Mézières, soit sur Carignan. Sa résolution était prise de commencer cette opération à six liourt's, Ior$(]u*à six heures moins un quart, au moinrnt où il allait dessiner son mouvement, il fut atteint par un iVIut d'obus qui tua son cheval. Il crut d*a- Imnl u*avoir quune contusion; mais quand on Teut déga^^é do son cheval, il s*évanouit. Comprenant alors qu*il 1)0 |K)uvait plus rester sur le champ de bataille, il fut 'oblif^é de remettre le commandement en chef à l'un do S4\s lieutenants. Son choix se porta sur le général Durrot, qui n'était que le troisième par rang d*aneiennett^ mais qui connaissait depuis plus longtemps (|ue les autres cliefs de corps l'ennemi que nous avions devant nous.
M. Ducrot ne put être averti qu'à six heures et
SEDAN 3ïi
imie. 11 prit aussitôt ses dispositions pour marcher sar Méxières.
Malheureusement, par une de ces fatalitt^s qui se sont accumulées sur nous pendant toute cette campagne, l'ordre donné la veille par le maréchal de faire sauter le pont de Donchery n'avait pas été exécuté. Les Wurtembergeois, les 5* et 11° corps, la 4' division de cavalerie, avaient traversé la Meuse sur ce pont, dans la soirée du 31 et pendant la nuit, de sorte que la retraite sur Méïières nous était coupée. Le général de ■Wimpfïen, qui était le plus ancien général de l'armée, et qui, de plus, avait en poche un ordre formel du ministre de la guiTre, avait rdsolu d'abord de ne pas réclamer le commandement; mais quand il comprit que le général Ducrot faisait prononcer un mouvement de retraite sur le centre et sur la gauche afin de porter toute l'armée vers Mézières, il crut de son deioir de fiiire connaître la volonté du ministre de la guerre et de prendre la direction de l'armée. A partir de ce moment, c'est-à-dire depuis neuf heures du matin, notre objectif fut la retraite sur Carignan. Mais on avait perdu plus d'une heure et jeté de l'indécision dans les
n aurait été possible au commencement de la journée d'opérer une retraite par Bouillon, de se jeter en Belgique et de sauver ainsi une partie de l'armée; mais alors les troupes se seraient constituées prisonnières sans avoir combattu. Ni le maréchal, ni le général Ducrot, ni le général de WimpfFen n'y pensèrent seulement. Conservant peu d'illusions sur le résultat de la bataille «'ils étaient forcés de la soutenir, ils ne voulurent faire
retraite qu'en passant sur l'ennemi ; le rapport prussien le constate à leur honneur; la France leur en tiendra compte.
Le plan du général de Wimpffen fut de chercher d'abord à gagner une bataille défensive, de tenter ensuite une surprise; par un retour offensif et général sur les corps bavarois; les plus maltraités de l'armée allemande, et de les forcer à nous laisser reprendre la route de Carignan, que les mouvements opérés contre nous avaient dégarnie de troupes ennemies. Il voulait tenir jusqu'à la nuit, non-seulement pour l'honneur de nos armes, mais parce qu'il croyait qu'il lui serait plus facile alors de s'ouvrir un passage sanglant jusqu'à Carignan et Montmédy.
Ni la veille; pour les dispositions à prendre dès la première heure, ni au début de la journée, avant la blessure du maréchal, ni pendant le temps très-court où M. Ducrot exerça le commandement général, ni depuis, l'Empereur n'intervint, d'une façon quelconque, dans la direction des opérations. Depuis quinze jours, il avait officiellement renoncé au commandement. Il crut devoir le rappeler expressément; le 31 août, par une communication aux troupes. Il sortit cependant de bonne heure, avec ses officiers. Vers six heures, il rencontra le maréchal, qu'on emportait blessé du champ de bataille, et échangea quelques paroles avec lui. Environ quatre heures après, au moment de gravir la berge pour se rendre auprès du général Lebrun, le général de Wimpffen se trouva tout à coup en présence de l'Empereur. Il était à pied et paraissait découragé ot abattu. Le général essaya de le remonter en disant qu'on pouvait encore se
défendre pendant plusieurs heures, et, le soir, percer la ligne du côté de Metz. L'Empereur ne fit qu'étendre la main pour lui montrer au loin les masses profondes de l'ennemi, et reprit tristement la route de Sedan. Il était dix heures du matin. Il se mita déjeuner avec sa maison et ne sortit plus pendant le reste de la bataille, qui ne se termina qu*à six heures du soir.
Le général de WimpfTen se porta successivement sur les divers points de l'action, et put constater partout que nous étions en présence de forces si écrasantes et que rartillcrie ennemie faisait de tels ravages qu'il faUait renoncer à Tespoir de tenir jusqu'à la nuit ; le cercle de feu se rétrécissait de minute en minute. Il résolut de bousculer les deux corps bavarois, exténués par la belle résistance du l^ corps, et de s'ouvrir sur-le-champ un passage vers Carignan. Il expédia des ordres en conséquence au général Douay, au général Ducrot et au général de division de Lespart, du 8^ corps. Puis il écrivit à l'Empereur en ces termes :
a Sire,
B Je me décide à forcer la ligne qui se trouve devant le général Lebrun et le général Ducrot, plutôt que d'être prisonnier dans la place de Sedan.
» Que Votre Majesté vienne se; mettre au milieu de ses troupes : elles tiendront à honneur de lui ouvrir un passage.
» 1 heure 1/4, 4" septembre.
» De Wimpffbn. x>
3i4 SOUVENIRS DU QUATRE SEPTEMBRE
Il ne lui vint pas à Tidée que l'Empereur refuserait de répondre à Tappel d'un général préférant les chances d'une lutte suprême à une capitulation. L'honneur ne permettait pas d'hésiter. L'intérêt de l'Empereur était manifeste : le succès pouvait le remettre sur le trône ; la mort, en rendant son nom légendaire, donnerait à sa dynastie, qui ne pouvait être sauvée par nul autre moyen, de nouvelles chances de durée. Il ne pouvait, sans trahir ses devoirs envers lui-même, envers l'armée, envers la France, se refuser à l'appel d'un général arrivé la veille, chargé à l'improviste du commandement, dont les plans n'étaient pas connus, dont l'autorité n'était pas assise, mais qui, ayant l'Empereur à côté de lui, entraînerait certainement l'armée, et, suivant toutes les probabilités, se fraierait un passage glorieux à travers l'ennemi.
A deux heures, le général Douay fit savoir au général de Wimpffen qu'il ne pouvait plus tenir. Le commandant en chef, comprenant que le moment suprême était venu, se rapprocha de Sedan pour recevoir l'Empereur. Une heure se passa, une heure pendant laquelle, à l'insu du général en chef, qui l'attendait pour le mener au feu, l'Empereur appelait à lui les chefs de corps et délibérait avec eux sur l'urgence d'une capitulation. Le général en chef, ignorant ce qui se passait à Sedan, ne croyant qu'à un retard, obligé à de nouveaux efiTorCs pour prolonger l'attente, se jeta avec la magnifique division de marine, que commandait le général Vassoigne, sur la hauteur qui domine la Honcelle, Bazeilles et Balan . Ce fut, à travers les bois et les jardins, un combat héroïque, où l'armée fit des prodiges. M. de Wimpffen attendait le reste du 12« corps et la division Goze,
du o% qui ne vinrent pas, parce que déjà des bruils de capitulation circulaient et paralysaient l'élan de Tannée. Un peu avant quatre heures, il se porta de nouveau vers la porte de Sedan, qu'il trouva toute grande ouverte; il y était presque seul. Là il fut enfin rejoint par un officier de l'Empereur^ qui, au lieu de lui annoncer l'arrivée du souverain, qu'il attendait avec une impatience fébrile, le prévint que le drapeau blanc flottait sur les remparts, et lui remit une lettre qui contenait l'ordre d'aller parlementer avec l'ennemi.
Cette nouvelle fut pour lui un coup de foudre ; mais, ne reconnaissant pas à l'Empereur, qui n'était pas com-^ mandant d'armée, le droit de faire arborer le drapeau parlementaire, il répondit à son messager :
« Je ne prendrai pas connaissance de la lettre, je refuse de négocier. »
11 prit la lettre ; et sans l'ouvrir, la tenant à la main, il entra en ville, appelant les soldats au combat, leur disant : « Suivez-moi si vous ne voulez pas ôtre réduits à mettre bas les armes, à vous rendre prisonniers. »
Les soldats débandés encombraient les rues. Ils combattaient depuis dix longues heures. Ils regardaient le général d'un air égaré, sans lui répondre. Les officiers baissaient la tête, en montrant le drapeau blanc sur la citadelle. Un ordre du jour écrit par le général Ducrot, sous la dictée de l'Empereur, prescrivait de cesser partout le feu. M. de Wimpffen réussit cependant à entraîner avec lui deux mille hommes, ramassés de toutes parts, sans cohésion entre eux, et à la tête de cette poignée de soldats intrépides, il reprit le faubourg de Baian. L'ennemi, très-supérieur en nombre, était harassé, se dé-
ai6 SOUVENIRS DU QUATRE SEPTEMBRE
fendait mollement Suivi d'un corps d*armée, ayant FEmpereur à o6té de lui, le général aurait passé sur le corps des divisions bavaroises. II le* voyait avec évidence; mais presque seul, sur le point d'être cerné, avec ce qui restait de ses intrépides compagnons, il fut contraint de tourner bride. Il rentra dans Sedan, le dernier avec le général Lebrun.
n était resté douze heures au feu, sans prendre de nourriture, comme la plupart des troupes. L'Empereur, qui avait renoncé à prendre le commandement pour combattre, Tavait repris pour capituler. H avait demandé un armistice vers deux heures, pendant que le général en chef, avec quelques milliers de braves, cherchait la mort.
Telle fut la journée de Sedan.
On a dit que nous étions 83,000 contre 220,000 Allemands. En tenant compte des non-valeurs, des soldats qui s'étaient jetés sur le territoire belge, des isolés qui avaient tenté de reprendre la roule de Paris, et des pertes de la journée de Beaumont, on peut affirmer que nous n'avions pas 70,000 hommes à mettre en ligne.
La CapitnlatioDt
Le 1^' septembre, à deux heures, sans consulter le général en chef, l'Empereur avait demandé un armistice au roi de Prusse.
n avait fait arborer le drapeau blanc, et commandé, quoique n'étant plus général, de cesser le feu.
Après la bataille, il donna Tordre au général de WimpfFen de voir l'ennemi, pour arrêter des conditions de la capitulation.
Le général qui, à une heure de l'après-midi, avait appelé l'Empereur à venir se mettre au milieu des soldats pour forcer les lignes ennemies et se frayer un passage vers Carignan, qui, de deux heures jusqu'à trois, avait attendu l'Empereur à la porte de Sedan pour tenter avec lui ce coup de désespoir, qui, à quatre heures
en recevant une première lettre de l'Empereor» au lieu de l'ouvrir, s'était jeté avec une poignée d'hommes sur le faubourg de Balan et avait fait reculer Tennemi, ne voulait pas consentir à mettre au fourreau son épée pour aller porter dans les antichambres du roi de Prusse une demande de capitulation. Il refusa ; il donna sa démission. Il fallut, pour le contraindre, une lettre nouvelle et pressante de l'Empereur, et plus encore le sentiment profond d'un devoir à remplir, d'un service à rendre à cette armée si malheureuse, et qui avait fait si vaillamment son devoir. 11 consentit à retirer sa démission, et se rendit au quartier général prussien.
Il a raconté, dans son ouvrage intitulé Sedan^ les détails de sa conférence avec MM. de Bismark et de Holtke. Je me borne à y renvoyer. J'en veux seulement citer ce passage.
« Le comte de Bismark venant ensuite à parler de la paix, dit M. de AVimpffen, me déclara que la Prusse avait l'intention bien arrêtée, d'exiger, non-seulement une indemnité de guerre de quatre milliards, mais encore la cession de TAlsace et de la Lorraine allemande. — Seule garantie pour nous, ajouta-t-il, car la France nous menace sans cesse, et il faut que nous ayons, comme protection solide, une bonne lipnae stratégique avancée. »
Le lendemain, à six heures, un conseil de guerre était réuni.
En voici le procès-verbal.
Je le donne sans commentaire, ainsi que le texte de la capitulation conclue avec l'ennemi.