LA CAPITULATION
« Au quartier général à Sedan, le 2 septembre 1870.
» Aujourd'hui, 2 septembre^ à six heures du matin, sur la convocation du général en chef, un conseil de guerre auquel ont été appelés les généraux commandant les corps d'armée, les généraux commandant les divisions et les généraux commandant en chef Tartillerie et le génie de l'armée, a été réuni.
» Le général commandant a exposé ce qui suit:
» D'après les ordres de l'Empereur et comme conséquence de l'armistice intervenu entre les deux armées^ j'ai dû me rendre auprès de M. le comte de Moltke, chargé des pleins pouvoirs du roi de Prusse, dans le but d'obtenir les meilleures conditions possibles pour l'armée refoulée dans Sedan après une bataille malheureuse. Dès les premiers mots de notre entretien, je reconnus que M. le comte de Moltke avait malheureusement une connaissance parfaite de 'notre situation, et quMl savait très-bien que l'armée manquait absolument de vi\Tes et de munitions. M. de Moltke m'a appris que, dans la journée d'hier, nous avions combattu une armée de deux cent vingt mille hommes qui nous entourait de toutes parts. — Général, m'a-t-il dit, nous sommes disposés à faire à votre arnjée, qui s'est si vaillamment battue aujourd'hui, les conditions les plus honorables; toutefois, il faut que ces conditions soient compatibles avec les exigences de la politique de notre gouvernement. Nous demandons que l'armée française capitule. Elle sera prisonnière de guerre; les officiers conserveront leurs épées et leurs propriétés personnelles; les armes
de la troupe seront déposées dans an magasin de la ville pour nous être livrées. —
i> Le général a demandé aux officiers généraux qui faisaient partie du conseil de guerre si, dans leur pensée, la lutte était encore possible; la grande majorité a répondu par la négative. Deux généraux seuls ont exprimé l'opinion que Ton devait, ou se défendre dans la place, ou chercher à sortir de vive force. On leur a fait observer que la défense de la place était impossible, parce que les vivres et les munitions manquaient absolument; que l'entassement des hommes et des voitures dans les rues rendait toute circulation impossible; que dans ces conditions, le feu de l'artillerie ennemie, déjà en position sur toutes les hauteurs environnantes, produirait un affreux carnage sans aucun résultat utile; que le débouché était impossible puisque l'ennemi occupait déjà les barrières de la place, et que ses canons étaient braqués sur les avenues étroites qui y conduisent. Ces deux oflSciers généraux se sont rendus à l'avis de la majorité. En conséquence, le conseil a déclaré au général en chef,
qu'en présence de l'impuissance matérielle de prolonger
la lutte, nous étions forcés d'accepter les conditions qui nous étaient imposées, tout sursis pouvant nous exposer à subir des conditions plus douloureuses encore.
» De Wimpffen. — A. Ducrot.
Général Lebrun. — F. Douay.
Général Fargeot. — Ch. Dejean. »
Voici les termes de la capitulation :