‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 42 sur 49 · LA FIN DU CORPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

LA FIN DU CORPS LÉGISLATIF

faite, et faite contre elle aussi bien que contre TEmpire ; je craignais qu'il no fût trop tard. Au surplus, plusieurs de mes collègues étaient absents, je ne pouvais rien faire sans eux. » 11 fut convenu qu'à huit heures nous enverrions, de notre côté, une députation au Corps législatif pour lui porter noire réponse définitive.

On a dit que M. Glais-Bizoin avait mis les scellés sur la salle du Sénat et la salle du Corps législatif. Je crois qu'il n'alla point au Sénat, car il n'en parle pas dans le livre qu'il a publié sous ce titre : Cinq mois de dictature. Personne au monde ne pensait au Sénat. Il avait tenu séance à midi et demie. M. de Chabrier avait protesté avec indignation contre la proposition de déchéance faite par M. Jules Favre, et terminé en criant à tue-téte : aViveTEmpereur! vive l'impératrice! vive le prince impérial ! » Tous les sénateurs avaient fait chorus. On avait ensuite discuté la question de savoir si on resterait en permanence, ou si on se réunirait à huit heures du soir. On finit par décider qu'on tiendrait séance le lendemain à l'ordinaire. Ce fut le dernier vote du Sénat. M. Baroche avait prouvé qu'il appréciait parfaitement la situation, en disant à ses collègues : « Si nous espérions que les forces populaires qui ont envahi le Corps législatif se dirigeraient sur nous, je voudrais que chacun restât sur son fauteuil pour attendre les envahisseurs. Hais malheureusement nous n'avons pas ccît espoir. La révolution éclatera dans tout Paris et elle ne viendra pas nous chercher dans cette enceinte. » Dès la veille, M. Rouher, considérant la révolution comme inévitable, avait demandé un bataillon d'infanterie pour protéger le Sénat; le géniVrai Soumain lui avait donné quelques douaniers. Je le

répète, M. Glais-Bizoin n'alla pas au Sénat; mais il est vrai qu'il mit les scellés sur la porte de la salle du Corps législatif, ou du moins qu'il en fit le simulacre. Il s'y rendait pour s'assurer que les députés de la majorité ne songeaient pas, comme le bruit en avait couru i l'Hôtel de Ville, à constituer, de leur cOté, un gouvernement pour l'opposer au nôtre. Il trouva la salle remplie de citoyens qui ne voulaient pas se retirer, parce qu'ils étaient persuadés qu'on tiendrait encore une séance. Ils buvaient, mangeaient, péroraient, et, ce qui était plus grave, ils fumaient. Les huissiers craignaient un incendie. H. Glais-Bizoin se fraya, non sans peine, un chemin jusqu'à la tribune, et annonça à cette foule stupéfaite qu'elle pouvait rester où elle était, mais qu'il allait mettre les scellés sur les portes. Ce fut pour tout le monde le signal du départ, car personne ne se souciait de passer la nuit au palais. M. Glais-Bizoin laissa passer la foule devant lui, et ferma ensuite les portes avec son cachet. Quand les députés se réunirent le soir pour recevoir la réponse qui leur fut portée par H. Jules Favre et par moi, ils tinrent séance dans la salle à manger du président. C'est là que nous les trouvftmos à huit heures du soir.

La séance était présidée par M. Thiers. On nous introduisit; nous prîmes place vis-à-vis de lui, et M. Jules Favre fit en ces termes la communication que nous étions chargés d'apporter:

(( Nous venons vous remercier de la démarche que vos délégués ont faite auprès de nous. Nous en avons été vivement touchés. Nous avons compris qu'elle était

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