‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 5 sur 49 · LA LOI DES QUESTEURS · texte numérisé non relu

LA LOI DES QUESTEURS

Tandis que les coospirateurs redoutaient d'armer TÂssemblée pour la résistance et parlaient de complots parlementaires auxquels ils ne croyaient pas, Textréme gauche, habituée depuis vingt ans à lutter contre les hommes qui composaient la majorité, persistait à croire à ces complots chimériques, et refusait d'armer la droite pour l'agression. Ordre fut donné à M. de Thorigny par le cabinet, non pas de rectifier ou de 'désavouer ses paroles, mais de les nier. Il s'exécuta, en vertu de la doctrine de l'obéissance passive. « Je déclare, dit-il, dans une lettre écrite à la commission, le 11 novembre, que, dans ma conviction, le décret du 11 mai 1848 ne peut être considéré comme étant encore en vigueur, et je n'ai pas dit un mot qui puisse établir le contraire, d

Le gouvernement combattit donc la proposition à fond, quand elle vint à discussion en séance publique. Il croyait être battu, malgré tout. Il était prêt à répondre par un coup d*Ëtat immédiat. Les troupes étaient consignées, les officiers à leur poste. Le général Magnan et le préfet de police assistaient à la séance dans une des tribunes. Le ministre de la guerre, Saint-Arnaud, ayant déclaré que c'était par son ordre qu'on avait enlevé des casernes les affiches du décret du 11 mai 1848, un grand tumulte s'éleva dans l'Assemblée. Enlever ces afficheS; c'était, en quelque sorte, abolir par un coup d'autorité le décret du 11 mai et l'article 32 de la Con- Mitution. Le ministre de la guerre se leva de son banc au milieu du bruit et sortit de la salle après avoir adressé un regard significatif au général Magnan et à H. de Maupas. Ck)mme il arrivait près de la porte de la «aile, il répondit en riant à un de ses collègues qui

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s'étonnait de le voir partir avant le vote : a On fait trop de bruit dans cette maison ; je vais chercher la garde! n — « Et il y allait comme il le disait, » ajoute M. Granier de Cassagnac, à qui j'emprunte ce récit. Mais la Chambre lui en épargna la peine pour ce jour-là. Malgré les avertissements de Charras, la gauche se laissa éblouir par l'éloquence de Michel (de Bourges), qui invoqua la <c sentinelle invisible, » c'est-à-dire le peuple, et qui, malheureusement, persuada la sentinelle en même temps que lès députés. La plus grande partie de la gauche vota avec le gouvernement, et la proposition fut repoussée. Ce résultat inespéré rompit tous les préparatifs de résistance. «Cela vaut peut-être mieux,» dit le président prêt à monter à cheval. La partie fut remise, mais à un bref délai.

Le président de la République transforme l'armée de Paris en gardeprétorienne.

Si les fonctionnaires avaient été choisis avec un soin extrême dans toute la France, à Paris, on les avait triés sur le volet. L'armée surtout était bien composée et bien commandée. On avait fait, en quelque sorte, des généraux tout exprès pour n'avoir autour de soi que des créatures. L'Afrique en avait donné les moyens. La guerre de Kabylie fut entreprise uniquement pour mettre en r^nom le général de Saint-Arnaud. M. Véron raconte dans ses Mémoires qu'on le pria de faire célébrer par le Constitutionnei les exploits qui allaient illustrer le nouireau général et les brillantes qualités qui allaient justifier son élévation. Pour celui-là, du moins, l'enthousiasme ne manquait pas de prétexte. En politique, il était sans scrupule; en guerre, il était sans peur. A

côté de lui était le général Magnan ; au-dessous, des officiers comme M. Espinasse, M. Fleury et quelques autres, prêts à suivre le président partout où il lui plairait d'aller. M. Changarnier avait dit à la tribune le 3 juin : <c On n'entraînerait contre l'Assemblée ni un bataillon, ni une compagnie, ni une escouade, et Ton trouverait devant soi les chefs que nos soldats sont accoutumés à suivre sur le chemin du devoir et de l'honneur. Mandataires de la France, délibérez en paix!» Les chefs que nos soldats étaient accoutumés à suivre sur le chemin du devoir et de l'honneur se trouvaient encore là en décembre ; et c'étaient M. Changarnier lui-même, qui passait pour un de nos généraux les plus solides, et, depuis la mort du maréchal Bugeaud, pour notre premier tacticien ; Lamoricière, le plus intrépide, le plus entraînant de nos soldats; Bedeau, qui avait le cœur d'un héros et l'âme d'un sage. Mais M. Changarnier ne prévoyait pas qu'on les ferait disparaître pendant la nuit par trahison. U croyait sans doute avoir encore autour de lui l'armée qu'il avait connue en Afrique. L'importance donnée depuis peu aux colonels, au grand détriment de la hiérarchie, les cris irréguliers deSatory, les ordr(»s directs adressés par le président à des officiers subalternes, à l'insu dt; leur général, les promotions rapides, les avana*menls prodigieux, imparfaitement expliqués, les changements opérés dans l'armée de Paris, depuis qu'il en avait perdu le commandement, ne l'avaient pas suffisamment éclairé. Il avait peut-être trop la qualité dont il s'était vanté dans une lettre au gouvernement provisoire, et qu'il appelait: « l'habitude de vaincre. » S'il avait lu attentivement le procès de Boulogne, il connaissait la déposition du colonel

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