‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 7 sur 49 · LA RÉSISTANCE LÉGALE · texte numérisé non relu

LA RÉSISTANCE LÉGALE

et s'abstient d'entrer dans la salle. On rend un décret qui charge l'armée de Paris de veiller à la défense de J'Âssemblée nationale et enjoint au général Magnan^ sous peine de forfaiture, de mettre les troupes à la disposition de l'Assemblée. Quelques instants après, on décide que le général Oudînot, duc de Reggio, prendra le commandement de l'armée et de la garde nationale au nom de l'Assemblée, investie, par le décret de déchéance, de la plénitude des pouvoirs publics. Le général Oudinot, avec l'assentiment de ses collègues, prend pour major-général de l'armée M. Tamisier et pour major-général de la garde nationale M. Mathieu de la Redorte.

A ce moment, on voit entrer dans la salle un souslieutenant de chasseurs de Vincennes, suivi de quelques soldats et de quelques sous-oHiciers, qui ont l'air de le surveiller et de lui dicter ses réponses. Le général Oudinot essaie vainement de faire reconnaître son autorité. « Mon général, dit le sous-lieutenant, vous connaissez notre position ; j'ai reçu des ordres. »

On lui donne lecture du décret qui nomme le général Oudinot commandant en chef. Il l'écoute respectueusement, et ne répond que ces mots : « Je dois obéir aux ordres que j'ai reçus. » II ajoute qu'il va demander les instructions de l'officier supérieur qui lui a donné sa consigne.

Au moment où il sortait, deux commissaires de police se présentent, et somnjent les représentants du pays de se disperser, au nom de M. de Maupas. Le président leur fait donner lecture du décret de déchéance. Il prononce ensuite ces paroles :

5i SOUVENIRS DU QUATRE SEPTEMBRE

« C'est en vertu de ce décret, dont nous pouvons vous remettre une copie, que FAsscmblée s'est réunie ici, et qu'elle vous somme, par ma bouche, d'obéir à ses réquisitions. Je vous répète que, légalement, il n'existe qu'une seule autorité en France en ce moment , c'est celle qui est ici réunie. C'est au nom de l'Assemblée qui en est la gardienne , que nous vous requérons d'obéir. Si la force armée, si le pouvoir usurpateur, agit vis-à-vis de l'Assemblée avec la force, nous devons déclarer que nous, nous sommes dans notre droit. Il est fait appel au pays. Le pays répondra.

9 M. DE Ravinel. — Demandez leurs noms aux commissaires.

• M. LE PRÉSIDENT. — Nous qui VOUS parlons, nous sommes MM. Vitet, Benoist d'Azy, vice-présidents, Chapot, Grimault et Moulin, secétaires.

9 Un des commissaires. — Monsieur le président, voici l'ordre qu'on nous a donné, et sans plus attendre, nous vous sommons, que ce soit à tort ou à raison, de vous disperser. » {Violents murmures.)

La fin de cette triste histoire fut que l'officier commandant, chef de bataillon ou capitaine, à la suite de ces pourparlers qui avaient duré près de deux heures, comprit enfin que ce n'était pas trop d'un officier de son rang pour mettre fin au régime parlementaire et achever la ruine d'une Constitution. Il entre et donne lecture d'une dépèche qu'il vient de recevoir du général Magnan, investi depuis le matin du commandement des troupes : « Ordre de laisser sortir de la mairie du dixième arrondissement tous les représentants qui s'y trouvent

Page 1