LU RÉSISTANCE LÉGALE
et qui n opposeront aucune résistance. Quant à ceuyi qui ne voudront pas obtempérer à cette injonction, ils seront arrêtés immédiatement et conduits à Mazas avec tous les égards possibles. » On. avait eu moins d'égards pour le général Bedeau^ qui fut traîné de degré en degré sur son escalier, pour le général de Lamoricièrc, qui fut menacé du bâillon, pour le général Le Flô, avec lequel les agents engagèrent une lutte corps à corps, pour M. Baze, qui fut emporté presque nu jusqu'au poste de la rue de Bourgogne.
« La réunion avait hâte d'en finir, dit M. Taxile Delord dans son excellente Histoire du second Empire. De toutes parts, le mcMue cri se fait entendre : a Tous à Mazas! » Avoir hâte d*en finir, c*est un sentiment fran« çais qui n'est pas toujours un bon sentiment. J'aime mieux Baze et Le Flô se faisant traîner, Chanfiramier se jetant sur son pistolet. Les condamnés, sous la Terreur, avaient hâte d'en finir, couraient ù la morl ; ce n'est là qu'un courage stérile, la dernière espèce de courage. Il faut revendiquer le droit jusqu'au bout, et le défendre encore quand il n'y a plus d'espérance. Les satisfaits de la matinée du 2 Décembre, qui, le soir, firent monter la Bourse, n'approuvaient pas tous le coup d'Ëtat ; beaucoup, au fond, le blâmaient; ils avaient hâte d'en finir, d'échanger l'incertitude contre la certitude d'un mal. Les irrités, les résistants, surtout les députés, gardiens du droit, n'auraient pas dû sentir la défaillance. Plus ils prolongeaient leur séjour dans cette salle, où leur attitude, pendant trois heures, fut parfaite, plus ils donnaient de chances à la patrie. H. Oudinot expliqua au commandant la situation, et il conclut en lui deman-
daut, comme il avait fait au sergent et aux autres officiei*s, s'il allait obéir.
« M. OuDiNOT. — Vous m'avez entendu, commandant du 6* bataillon : je vous ai donné l'ordre de faire évacuer la mairie. Allez-vous obéir?
« L'oFFiaER. — Non, et voici pourquoi : j'ai reçu de mes chefs des ordres et je les exécute.
a De toutes parts. — A Mazas ! à Mazas ! »
Les députés curent donc hâte d'en finir, d'aller à Mazas. Les vaillants déclarèrent qu'ils ne céderaient qu'à la force. Des agents les prirent par le bras ; M. Vitct fut tenu au collet. Ils sortirent ainsi et furent conduits a pied jusqu'à la caserne de cavalerie du quai d'Orsay. ^ trois heures et demie, les portes se refermèrent sur deux cent dix-huit députés. Le soir on en amena vingt autres. On les partagea ensuite entre Mazas et le Mont-Valérien. Ils y furent rejoints par plusieurs de leurs collègues, arrêtés dans des réunions de représentants ou à domicile. M. Valette, en se présentant à la caserne du quai d'Orsay pour y partager la captivité de ses collègues, avait dit : <( Il y a deux raisons pour m'arrêter : je suis député et rofesseur de droit. »
Les citoyens comballent pour la Constitution et la loi contre TarméB et les représentants de l'autorité. — La lutte dans Paris.
Je n*ai pas à raconter ce qui se passa dans cette journée et dans les journées qui suivirent : ni la mort de Baudin, tué sur une barricade, ni l'héroïsme de Schœlcher (le mot n'est pas trop fort), marchant sans armes au-devant des soldats, bU I^ pointe de leurs baïonnettes sur la poitrine, les conjurant de cesser une lutte fratricide, de se ranger du côté de la loi et du droit ; ni Teffarement des ouvriers, partagés entre leur dévouement pour des républicains éprouvés qui les appelaient à combattre, et la crainte de servir des projets de restauration monarchique et de nuire à la République sociale en attaquant Louis-Napoléon. A cette date, il n*y avait dans les ateliers qu'un noyau très-restreint de républicains non socialistes, vieux débris des luttes de la Restauration, restés fidèles à toutes les idées qui animaient le
parti à celte époque. La Société du 10 décembre avait rempli les ateliers de ses émissaires, et elle avait fait assez de dupes pour se croire en droit d'affirmer que tout ouvrier républicain était socialiste, et tout socialiste napoléonien. Il serait plus exact de dire qu'entre la Chambre, qui avait mulilé le suffrage universel, et le président, qui promettait de le rétablir, les ouvriers ne voyaient pas clairement où était l'intérêt de la République. L'incertitude les rendit inactifs. Comment auraient-ils oublié que, pendant plusieurs semaines^ des hommes en blouse avaient traversé Paris chaque soir en chantant: ^
Nous l'aurons, nous l'aurons, Louis-Napoléon!
qu'il avait publié un livre sur Y Extinction du paupéris' me, dont le titre était d'ailleurs ce qu'ils comprenaient le mieux ; qu'à l'époque de l'élection de Paris, les délégués du Luxembourg avaient voté pour Louis-Napoléon; qu'il avait été alors l'élu des ouvriers socialistes; qu'au moment où la Chambre délibérait sur cette élection et hésitait à la valider, ils s'étaient rassemblés en foule aux euvirohs du Palais législatif, qu'ils avaient été sur le point d'engager une bataille ; que pendant les journées de Juin, c'était encore son nom qu'ils prononçaient sur les barricades? Un socialiste très-illustre; M. Enfantin, définissait ainsi l'Empire dans une lettre écrite en novembre 1860 : (( Guéroult ne me paraît pas comprendre assez l'Empereur. Il ne voit pas qu'il s'agit de l'extinction du paupérisme et de l'introduction du socialisme par l'armée, par l'État, par en haut, sans Crémieux,