LA LUTTE DANS PARIS
Louis B!anc et Albert; ouvrier, ni Blanqui, ni Barbes^ mais peut-être vous et moi. »
Dans ces mêmes journées de Juin dont je parlais tout à riieure, quand la bataille fut Tmie, je pénétrai dans le faubourg Saint-Antoine, avec mon ami David, d'Angers, pour visiter les ambulances. On me conduisit dans un ouvroir de la rue Saint-Maur-Popincourt, où les salles, les couloirs et jusqu'aux escaliers regorgeaient de blessés et de mourants. C'étaient tous des insurgés. L'un d'eux, qui était évidemment à son dernier râle, avait près de lui sa femme et trois enfants dont les sanglots fendaient le cœur. « Parlez-lui, consolez-le, » me dit la sœur de Qiarité. J'essayai, mais que pouvais-je dire? Il tourna les yeux vers moi. J'avais mon écharpe de représentant: « Vous aurez beau faire, me dit-il dans un suprême eifort, nous aurons Louis-Napoléon. » 11 mourut quelques minutes après. Un des assassins du général Bréa déclara aussi; devant le conseil de guerre, qu'il voulait Louis- Napoléon. Je n'accuse pas Louis Bonaparte d'avoir suscité ou encouragé l'insurrection de Juin. Je constate des faits qui expliquent la conduite des ouvriers en Décembre. L'Assemblée, à la suite de cette lutte sauvage, où Paris et la civilisation avaient failli périr, donna le premier exemple des transportations sans jugement. Les vaincus de Juin ne l'avaient pas oublié.
La loi du 31 mai; faite contre eux, acheva de les exaspérer. Cette colère contre la Chambre fut habilement entretenue en vue du coup d'État, habilement exploitée dans la proclamation du !2 décembre, a L'Assemblée est dissoute. i> C'était la vengeance! « La loi du 31 mai est abrogée. Le peuple est souverain. » Ces paroles acqué-
hS SOUVENIRS DU QUATRE SEPTEMBRE
raient une nouvelle force , venant de l'auteur de Y Extinction du paupérisme. Même les plus ardents républicains de TAssemblée n'avaient-ils pas répété avec obstination que le danger ne venait pas de Bonaparte, qu'il fallait surtout se défier de la droite? La République s'était comme suicidée de ses propres mains, d'abord en se combattant, ensuite en se divisant. Quand Bonaparte, en invoquant son nom, acheva de la détruire, la bourgeoisie seule sentit l'horreur du coup qui nous frappait. Elle essaya de lutter sans le peuple contre l'armée: tentative héroïque dont elle-même ne se dissimulait pas l'inanité. Ce mot d'un ouvrier au représentant Baudin résume bien ce moment de l'histoire : « Croyez-vous que nous allons nous faire tuer pour vos vingt-cinq francs? — Citoyen, répondit-il, vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs. » Sa mort remua les masses, sans les soulever.
Il n'y eut, les deux premiers jours, qu'un petit nombre de barricades, faites par des gens qui n'étaient pas du métier, derrière lesquelles on tira quelques coups de fusil. On porta dans les rues, autour de la Bourse et des Halles, un cadavre en criant : « Vengeance ! » Peu de personnes suivirent. C'était tragique et ridicule. Dans un moment d'efifervescence populaire, ce n'aurait été que tragique. La foule, sur les allées du boulevard, foule de bourgeois, était immense, indignée, frémissante. On voyait au milieu d'elle des députés échappés aux arrestations, Michel, de Bourges, Victor Hugo, Schœlcher, et d'anciens constituants, Jules Bastide, Ch. Beslay, haranguant vainement ceux qui les entouraient, cherchant des combattants dans les premières «