‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 4)Chapitre 18 sur 29 · III · texte numérisé non relu

III

48^ APPENDJCE.

mal gardés , les charge , tue quelque trente hommes sur la place et prend trente-deux prisonniers : un capitaine, un lieutenant et une cornette. Le sieur de FoUeville ayant conféré ce mesuje jour avec le sieur comte de Bellay, mareschal de camp, et le vicomte de Riberac, de ce qui se pouvoit entreprendre, pour la conservation des serviteurs du roy et du bien du païs, il résolut de marcher vers les quartiers des ennemis, soit pour restablir la réputation des troupes du roy tenant la campagne, ou pour entreprendre quelque chose. L'enlèvement du quartier de Flin les avoit tellement estonnés qu'ils s'estoient tous retirés dans Périgueux. Depuis ce temps, ils y ont toujours esté renfermés, jusques là, que les habitants de Périgueux s'en ennuioient. Ils résolurent de se joindre à Baltazar et vinrent prendre leurs quartiers dans le Parrage qui est un païs plain de bois, inaccessible à la cavallerie. Le 13® de ce mois , se voyant plus forts en nombre, ils divisent leurs quartiers. Le sieur de FoUeville, en ayant advis, se résout de chercher les moyens d'en enlever quelqu'un , et il prie le vicomte de Riberac de luy donner seuUement cinquante mousquettaires pour asseurer son passage au gay de la rivière de Tlsle.

Divers advis luy arrivent que les ennemis faisoient dessein de le venir attaquer; que Baltazar devoit passer à Périgueux pour le prendre d'un costé, et l'infanterie avec les gendarmes et chevaux légers d'ordonnance des princes qui estoient près Chalais, de l'autre, et quantité de faux rapports font monter à cheval toute la cavallerie. Dans l'incertitude de tant de bruicts, il se confirme dans sa première résolution d'aller chercher les ennemis, tenant pour maxime

quMl vaut mieux donner l'alarme que de la recevoir; il laisse deux cens maistres pour la garde de son quartier, et marche sans bagages avec les régimens de Rouannez, de Folleville et Villeneuve, de Rochefgrt et les compagnies tranches, prend en passant les cinquante mousquetaires du viconte de Riberac , et va repaistre à S^-Astier pour passer la rivière; reçoit nouvelles conformes aux premières, que les troupes des ennemis estoient en plusieurs quartiers, que Baltazar avoit le sien à Livrac, ceux de ses troupes derrière , vers la Dordogne , que Fabry et le comte .de Ghasteauneuf estoient logés à Montclar, bourg apartenant à M. d'Estissac, esloigné d'une petite lieue de Livrac. Il partit à onze heures du soir, passe la rivière de risle, et s'estant fortifié de deux compagnies de cavallerie du régiment de Sauvebeuf, laisse les mousquetaires pour la seuretté de son retour et marche à Grignols. Il reçoit encore advis que les ennemis n'avoient point deslogé. Il estoit jour, quand il eut passé la rivière de Vert , et il y avoit encor trois lieues jusques à Montclar qu'il ne pouvoit faire qu'en six heures de marche , le païs estant couvert et ne s'ouvrant en aucun lieu. Il estoit difficile aux ennemis d'estre avertis et ses mesures estoient si bien prises que , après qu'ils eurent faict la descouverte , n'ayant rien aperceu à une lieue, ils creurent pouvoir retirer leur garde, faire repaistre une heure et marcher. Le sieur de Folleville apprend d'un homme de condition que Baltazar estoit à cheval, que les brigades de Montclar estoient en estât démarcher, leurs bagages chargés. Il donne ordre de saisir un passage à un moulin par des mousquetaires. Le sieur de Laborie, gentilhomme

de ce païs, et capitaine Fort zélé au service du roy, et dont la générosité ne peut estre assez louée, veut absolument y estre en personne, quoy qu'on s'y oppose, ne jugeant pas cet employ digne d'un homme de sa considération. Il y court cependant. Le sieur de Folleville fait donner les coureurs commandés par le sieur de la Richardière , capitaine dans Sauvebeuf, les fait soustenir par le régiment de Rouannez, fait donner le sien sur la droite pour couper les ennemis et laisse en corps les régimens de Sauvebœuf, de Villeneuve et de Rochefort, pour, en cas de besoin, s'opposer à ce qui pourroit arriver. D'abord les ennemis firent assez bonne mine : soixante maistres à cheval dans la place du bourg sembloyent en vouloir disputter l'entrée; mais ce ne fut qu'à coups de mousqueton; sitost qu'ils furent joints, ils furent rompus; le sieur Des Roches se sauva avec quelques-uns de ses compagnons; l'espaisseur d'un bois empescha qu'il ne feust coupé. Le comte de Ghasteauneuf crut estre obligé de payer de sa personne; il tira son coup de mousqueton et ses deux pistolets. Il fut porté par terre de deux coups de pistolets et de mousqueton , et demeura devant la porte du chasteau. Le reste voyant leur chef par terre, fut en desroute, nos cavalliers vont au pillage, le bagage estant tout chargé, et de deux-cens cavalliers dontestoit composée nostre avantgarde, il n'en demeura pas cinquante qui feussent en estât de combattre, ayant chacun un cheval, ou un prisonnier. Il s'est trouvé bien quarante hommes tués sur la place d'abord; les paysans en ont assommé davantage, beaucoup en trouvent près de deux cents. Les prisonniers prennent presque tous party. Nous

avons encore le sieur de Courveva , capitaine dans Mata , le sieur de Louis , lieutenant, et le sieur Chapitre, cornette, de la Vergne et le Cadet, cavalliers volontaires, prisonniers, et plus de cents cavalliers, ce qui nous t'ait voir qu'il ne sera pas aisé de remettre ces troupes en estât.

Baltasar, surpris des nouvelles que les fuyards luy rapportoient de cette défaite, envoyé les mieux montés pour nous arrester en escarmouchant; cependant qu'il rallie tous ses quartiers de marche en diligence entre Grignols et S-Astier pour se saisir des passages et nous attaquer au défilé sur la retraite; le régiment de Rochefort et de Villeneuve qui se trouva estre à l'arrière-garde se virent à la teste pour la contremarche. Ils furent commandés de marcher au grand trot jusques à Grignols. Cependant notre arrière-garde marchoit toujours. Le sieur de Mitry, commandant le régiment de Rouannez , la faisoit et en respondit au sieur de Folleville qui se fortifie de trois officiers par régiment. Il y laisse encore M. le comte de Rochefort avec son régiment et s'en alla avec les compagnies' franches fortiffier le corps qui devoit prendre le poste entre S^-AstieretGrignols. Les ennemis faisoient grand bruit pour nous arrester; mais l'avant-garde s'estant mise en bataille dans la lande à une lieue deçà Grignols, et n'ayant rien veu, on ne doubta plus qu'ils ne marchassent par une autre route ; le sieur de Folleville double sa marche, envoie faire sortir des mousquetaires de Grignols qui le receurent avec des cris d'aclamation de cet advantage. Comme il n'y avoit point de temps à perdre, il passe outre et se met en bataille à la veue de S^-Astier; son avant-garde approche;

il passe la rivière sans que les ennemis parussent, fait repaistre sa cavallerie après avoir posé les gardes de rinfànterie au gay. Les ennemis arivèrent une demie heure après, et voyant tous nos chevaux à la prairie creurent qu'une si grande traitte ou la bonne chère avoient assoupy nos cavàlliers. Ils viennent à la vaultrait pour se jeter à Teau. Ils turent receus d'un salut de mousquetades qui ne laissa pas retourner tous ceux qui estoient venus. Ils font mine de tenter le passage en plusieurs endroits ; mais en effet leur dessein ne fut que de dire qu'ils nous avoient suivis jusqiieslà. Cette bravoure ne fit rien changer du dessein du sieur de FoUeville. A soleil couchant que ses troupes eurent eu loisir de repaistre, il remarcha en son quartier de la Tour Blanche où il est arivé le samedy au point du jour. Nous y avons perdu le chevallier de S'-Glair, cornette, un lieutenant, pris prisonniers, et cinq cavàlliers, tous du régiment de FoUeville, qui . poussant les ennemis vers Bergerac, se sont trouvés coupés dans les bois, et deux du régiment de Rouannez tués en la retraite. Les ennemis y ont perdu le comte de Chasteauneuf, vingt officiers, sur la place, et quelque soixante cavàlliers ; les paysans en ont tué davantage dans leur desroute. Il y a bien encor cinquante prisonniers : le capitaine Lescarlatte et ses enfans , un lieutenant de Matta , deux volontaires. Cette action a rasseuré les esprits les plus ébranslés de ce pays , confirmé les biens intentionnés et estonné les plus enclins à la révolte , ce qui pourroit bien y causer un changement , dont le sieur de la Pointe a esté envoie à la Cour pour en porter les nouvelles. Ce seroit desrober l'honneur, de celer les noms des gen- -

APPENDICK. 4^7

tilshommes volontaires de ce pays, que la générositté et le zèle au service du roy a Fait venir en cette occasion : M. le vicomte de Riberac y a servy et de sa personne et de son crédit, il donna avec les coureurs et y fut blessé d'un coup de pistolet à la main; Messieurs de la Rigalle, de Fontenille, de Foursac, de Laurière , de la Couture , des Rives , de Mirabel , de Laborie, de la Gobertie, deGrisignac, de Croignard, de Laporte et d'Argence , lequel a toujours assisté le sieur de FoUeville de ses conseils et y a très-utilement servy. M. le comte de Rochefort , mestre de camp de cavallerie, de Mitry, commandant le régiment de Rouannez , ont grande part en cette action ; tous les officiers de Rouannez et particulièrement le sieur de Méru, lieutenant, les sieurs de Lacroix, Daty, et de Reaumont, de Genouille, commandant les escadrons de FoUeville , de Rochefort et de Villeneuve , le sieur de la Touche, commandant les compagnies franches, comme le sieur de Maisonville, faisant la charge de major de cette brigade, y ont fait tout ce qu'il se peut espérer de gens d'honneur et y ont beaucoup acquis.

Sy la générositté du sieur de FoUeville a paru en cette entreprise, sa vigilance à pourvoir à tout, sa diligence à l'exécuter et sa prudence à prévoir et donner ordre à sa retraite , ne doibvent pas moins estre considérées. Les ennemis nomment ce dessein une esfronterie de leur enlever tous leurs bagages et trois-cents chevaux au milieu de leurs quartiers et de faire dix lieues de retraite avec quatre-cents chevaux dont deux cents estoient chargés de butin , devant leurs troupes bien plus fortes.

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