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d'y aler. Je ne puis croire que le nombre desdits ennemis soit si grand qu'on le fait, ny qu'ils soient capables d'une entreprise considérable dans sette province; je crois peu qu'ils. soient résolus à passer avec toutte leur armée pour aler joindre les prinses, mais s'ils l'entreprennent, tout se que le peu de troupes que nous avons me permet de faire, s'est de les persécutter dans leur entrée en France et dans leur marche ; mais leur perte doit venir des troupes de M. de Turenne qui viendront au-devant d'eux. Croies, quand je serois le dernier de tous les hommes, que mon zèle et ma fidélité pour le servise du roy me feront exécutter tout ce qui se doit attendre des plus grans généros. Je vous demande la continuation de vos bonnes grases; j'essairay de méritter vostre estime, et seray toutte ma vie,
« Monsieur,
« Vostre très-humble serviteur,
« LE DUC d'ElBEUF.
« Ce 4 juillet, à Ham l. »
les archevêques de Cambray avaient un magnifique château. Cette ville fait aujourd'hui partie du département du Nord.
1 Lettre inédite en entier de la main du duc d'Elbeuf, tirée des Archiva du Ministère de la guerre, vol. cxxxiv.
Conformément aux avis fournis par le duc d'Elbeuf, l'armée espagnole, après avoir franchi la frontière, s'avançait sur Paris. Le duc, en attendant l'arrivée du maréchal de Turenne, s'était efforcé de retarder la marche de l'ennemi en le harcelant avec sept ou huit cents chevaux qu'il était parvenu à réunir dans son gouvernement de Picardie. Néanmoins les Espagnols s'étaient avancés jusqu'à Chauni, où le duc d'Elbeuf s'était posté. Quelle que fut son excellente résolution de se comporter à l'exemple des plus grands généraux, il ne sut ou ne put pas se retirer à temps ; il fut enveloppé , assiégé et forcé de capituler, après deux jours de résistance , avec ces conditions que ses cavaliers sortiraient à pied et que leurs chevaux seraient abandonnés aux assiégeants.
Après la prise de Chauni, place dans laquelle les Espagnols ne jugèrent point à propos de laisser garnison, ceux-ci s'avancèrent vers Fismes. Le maréchal de La Ferté reprit possession de Chauni avec quelque cavalerie, puis, revenant par Sois sons, en renforça la garnison. Près de Fismes, le duc de Lorraine , avec ses Lorrains , fut rejoint par l'armée espagnole.
Cette jonction allait placer le maréchal de Tu^renne en face de forces très-supérieures aux siennes, et, dans une position d'autant plus pé^
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rilleuse , qu'il était à craindre que l'armée des princes ne s'éloignât de Paris pour venir le prendre entre deux feux. Heureusement le grand capitaine avait été guidé dans son conseil hasardeux "par des prévisions qui se réalisèrent, nous le verrons ; mais, comme ces prévisions étaient encore à l'état d'espoir, il ne laissait pas d'avoir de vives appréhensions, et surveillait la marche des ennemis par les informations les plus scrupuleuses. Il s'inquiétait des conséquences d'un ordre de la cour au maréchal de La Ferté de séparer ses troupes des siennes , alors que la concentration des forces ennemies exigeait la concentration des forces royales, et prenait sur lui la responsabilité d'en suspendre l'effet. Il se plaignait de la pénurie d'argent qui mettait la désertion dans ses troupes mal payées. Enfin des rivalités entre les régiments, le régiment de la Marine prétendant au premier rang que les autres lui contestaient, ne laissaient pas de lui susciter quelques embarras secondaires, et le forcèrent, pour éviter de heurter en face ces prétentions, à prolonger auprès de sa personne le service du régiment de Picardie et à reléguer le régiment de la Marine dans un cantonnement à part sans prendre rang.
L'illustre maréchal va nous initier, par les quatre lettres suivantes adressées à Le Tellier, aux faits majeurs de ses combinaisons stratégiques,
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comme aux moindres détails; ceux-ci même prennent de l'intérêt, tracés par une telle plume. (les lettres nous révèlent encore à quel point les Espagnols eux-mêmes faisaient peu de fond sur l'alliance du duc de Lorraine, puisqu'ils se rapprochaient de lui bien moins pour grossir leurs forces que pour lui ôter la liberté de ne pas agir de concert avec eux. Ces documents inédits complètent sur cette période historique les Mémoires du maréchal, que sa modestie a souvent rendus trop succincts.
« Monsieur,
« Je viens de recepvoir les deux lettres qu'il vous a pieu me faire l'honneur de m'escrire par un valet de pied du Roy; et comme les partis que l'on a envoyés après les ennemis, ne ren- • voyent point dire de leurs nouvelles, il faut apparemment qu'ils s'esloignent; les gens du pays disent qu'ils s'en vont à Crecy l. C'est assurément pour se mettre auprès de M. de Lorraine jusqu'à ce qu'ils soyent assurés de lui. M. le mareschal de la Ferté, comme je vous ay mandé, est party cette nuict avec sept ou huict cens chevaux et s'en va
1 Crécy-au-Mont, département de l'Aisne, qu'il ne faut pas confondre avec le village de Oéc.v, en Artois, célèbre par sa funeste bataille.
vers Noyon et la ïïère. ,1e viens d'envoyer dix on douze cavalliers à Lagny avee des lettres à M. de MonbasetàM. de la Jaunaye1 ; mais apparemment on peut estre plustost adverty de la marche des ennemys par Pontoise, que par aucun* endroit, et on le peut sçavoir cinq ou six heures après que le canon sera party de Paris. Il est d'une extrême conséquence de tascher à sauver Lagny2 ; et, de la cour, il seroit nécessaire de chercher les moyens, pour fortifier d'infanterie et de cavalerie M. de Monbas et de donner aussy une bonne subsistance à ceux de Lagny, afin qu'ils puissent y attirer des soldats. Cela est bien incommode de n'avoir que cette seule place sur la Marne, .le croy que l'on voit bien à la cour que l'on ne se maintient que par la division des ennemis; de sorte qu'il faut songer à avoir de l'argent pour raccommoder les trouppes, et en faire des nouvelles, ou bien à s'accommoder avec quelqu'un. En escrivant celle-cy, je viens de recepvoir un billet de la cour par lequel il paroist comme les ennemis vont à Lagny ; je m'en vais prendre tout ce que je pourrai de la Cavalerie qui est au
1 Appartenant à une famille alliée aux maisons de la Rochefoucauld et de Chabot. Voy. l'Histoire généalogique du P. Anselme.
8 Très-ancienne petite ville dans la Brie, sur la rive gauche de la Marne.
DU REGNE DE LOUIS XIV. 3ll
fourrage et y marcherai, .le suis de tout mon cœur,
« Monsieur,
« Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,
« Turenke.
« Au camp de Beaulieu, le 24 juillet 1652 *. »
« Ayant marché jusqu'au près de Lagny, j'ay appris que l'armée de Messieurs les Princes n'avoit bougée de Paris. J'ay envoyé dans Lagny deux charrettes de munitions de guerre et d'outils. Ils sont cinq ou six cens hommes de pied dans la place, et M. de Biron2 qui loge auprès pour s'y mettre en cas de besoin, ou y donner la main. M. Monbas a l'œuil à Corbeil3. Je ne vois pas ceux
1 Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, volume cxxxiv.
* François de Gontaut, marquis de Biron, baron de Saint - Blancard, mestre de camp du régiment, de Périgord, marié à Elisabeth de Cossé, fille de François de Cossé, duc de Brissac. Voy. ['Histoire généalogique du P. Anselme.
3 Corbeil, situé sur la Seine au confluent de l'Essonne, était alors une ville forte.
de Paris en estât de rien faire, s'ils ne se renforcent par des levées ou par le secours.
« M. le maréchal de la Ferté est rendu à ce soir. M. de La Boulaye1 doit avoir trente ou quarante chevaux dans Chauny 2. Il l'a quitté et s'est retiré dans Coucy3 avec cette cavalerie. M. de la Ferté a passé audict Chauny et delà a faict le tour à Soissons. Il m'a dit que les ennemis marchent si serrés qu'il a jugé qu'il ne peust rien entreprendre sur eux. Ils sont présentement vers Pont-à-Verre et peuvent avoir passé la rivière d'Aisne aujourd'huy. Us sont à deux ou trois heures de Monsieur de Lorraine.
« M. le maréchal de la Ferté va marcher suivant son ordre pour passer la Marne. Je ne comprens pas bien pourquoy se séparer, les ennemis estant tous ensemble. Je croyois que l'on demeureroit ensemble jusqu'à ce que l'on vit ce que feroient les ennemis , et aussy en quoy on pourroit les incommoder s'ils se séparoient. Il m'a tesmoigné qu'il attendroit un jour pour voir s'il
1 Le marquis de la Boulaye, l'un des chefs les plus ardents de la Fronde, s'était plus distingué dans les émotions populaires que dans les armées. Voy. sur lui la note tom. Ier, p. 209.
2 Petite ville sur la rive droite de. l'Oise, aujourd'hui cheflieu de canton du département de l'Aisne.
3 Coucy-le-Château, seigneurie des célèbres sires de Coucy. Les ruines de la tour construite en 1502 par Enguerrand de
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n'auroit point de contr'ordre. Il faudra me retirer sur l'Oise, ou peut-estre par delà, si cela est.
« Nous passons demain la forest pour loger près de Crèpi-en-Valois ', n'y ayant plus de fourrage, et parce que nous avons empesché qu'on n'allast en quérir, ni delà l'Aisne, ni delà de l'Oise. On se gouvernera pour Messieurs les lieutenans-généraux ainsy que M. le Cardinal me mande que le Roy l'ordonne.
« Dans la misère où est cette armée, l'infanterie n'ayant point de nouvelles de ses assignations, et n'y ayant que peu de régiments de cavallerie. qui ayent touché quelque chose , il est bien à craindre qu'il ne se débande beaucoup de soldats pour aller à Paris, si on ne donne de l'argent et principallement n'y ayant point presque d'officiers pour les retenir, s'en allant quantité par nécessité, la pluspart des troupes de cette armée ayant passé la campagne passée, l'hyver, et cet esté qui est bien advancé, sans argent. Il s'y est outre cela passé beaucoup d'actions qui affoiblissent les corps, de sorte que s'il n'y est pourveu par des rendues et par quelque argent aux offi-
Coucy subsistent encore. Cette petite ville est aujourd'hui cheflieu de canton du département de l'Aisne. 1 Cette ville fait aujourd'hui partie du département de l'Oise.
ciers, l'armée deviendra à rien. Je vous supplie de me croire ,
« Monsieur,
« Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,
« Turenne.
« Au camp, le 27 juillet 1652 *. »
« Monsieur,
« Je vous diray comme Monsieur le maréchal de la Ferté et moy avons jugé à propos, quoy qu'il eûst ordre d'aller à Lagny, sur la nouvelle que l'on a eu de la jonction des ennemis, que nous demeurions ensemble jusqu'à ce qu'il ait sçû si l'on continue à désirer de la cour qu'il s'en aille sur la Marne, si une partie des troupes de Lorraine a joinct l'armée d'Espagne. Vous jugez bien que nous ne sommes pas trop en estât
1 Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, volume cxxxiv.
de nous approcher d'eux ; nous nous réglerons suivant la marche des ennemis.
« Je suis de tout mon cœur,
a Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,
« Tu RENNE.
« Camp près de Crespy, le 29 juillet 16S2 *. »
« Monsieur,
« .J'ay alongé le plus que j'ay pu que Picardie fist la garde ches moy pour éviter la contestation de la Marine avec les autres régiments; à la fin ne l'ayant pu refuser à Picardie, et n'ayant jamais pu résoudre les autres régiments à marcher après la Marine, je le fais loger en un village auprès de l'armée sans prendre de rang.
« S'il vous plaist de dire à Monsieur le Cardinal que nous avons resçû ses lettres interceptées à
1 Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, volume cxxxiv.
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M. Bartet1; nous nous sommes logés entre Senlis* et Dammartin', pour observer si les ennemis voudroient marcher en corps à Paris ou s'ils veulent en destacher un pour cela ; de mesme pour aller à la Marne, si nous jugeons raisonnable d'y aller. Si les ennemis viennent à la Ferté-Millon , où nous n'avons point encore advis qu'ils soyent, il nous semble qu'il n'est point à propos de se mettre avec l'armée vers la rivière de Marne , nous osterions par ce moyen la communication avec la rivière d'Oise. Nous n'avons point eu de nouvelles de M. le maréchal d'Aumont4, ni des trouppes qu'il a avec luy, et n'avons oùy parler d'aucunes troupes de Picardie, ,1'ay envoyé le régiment de Navailles d'infanterie à M. le mares-
1 Agent dévoué du cardinal Mazarin ; il avait le titre de secrétaire du cabinet du roi. Sa faveur lui donnant une influence fort au-dessus de sa position sociale, il était d'une impertinence insupportable qui lui valut plus tard une plaisante leçon de la part du duc de Candale, Le duc lui fit couper la moitié des cheveux et des moustaches, arracher ses canons et ses manchettes. Bartet mourut à l'âge de 105 ans. C'est lui que le cardinal Mazarin dans ses lettres en chiffres à la reine désignait sous le nom de confident. Voy. tom. Ier, p. 261.
* Située sur la rive droite de la Nonette, cette ville est aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de l'Oise.
3 Cette petite ville, située sur une hauteur, est aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Seine-et-Marne.
4 Antoine d'Aumont, qui s'était distingué à la bataille de Réthel en 1650 et qui avait été créé maréchal de France en 1651. 11 fut nommé gouverneur de Paris en 1062, et reçut la dignité de duc et pair en 1665.
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chai d'Estrées sur ce qu'il m'en demandent Irois. Je vous supplie de croire que je suis,
« Monsieur,
« Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,
« TWennk.
« Les dernières nouvelles que nous avons eu des ennemis, c'est qu'ils estoient logés entre La Eère ' et Bazoche2.
« A Moulignon, ce 31 juillet 1632 3. »
A ce moment, les prévisions de l'homme politique, aspect sous lequel Turenne est certainement le moins connu, vinrent faire disparaître, comme par enchantement, les difficultés de sa situation militaire. Ses prévisions furent même dépassées. Les Espagnols, sentant la supériorité marquée de leurs forces, conçurent la crainte, singulière au premier aperçu, mais très-logique dans leurs inté-
1 Ville forte sur l'Oise, au confient de la Serre, réunie par Henri IV à la France et faisant aujourd'hui partie du département de l'Aisne.
2 Petit village sur la rive droite de la Vêle, faisant aujourdhui partie du département de l'Aisne.
3 Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, volume cxxxiv.
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rets, de remporter une victoire trop décisive sur le maréchal de Turenne ; son armée pouvait être anéantie ; et, comme conséquence, le jeune roi, à bout de ressources, serait contraint de remettre sa destinée entre les mains des princes. Un tel dénoûment ne pouvait faire le compte de la politique espagnole, dont le but était de perpétuer la division, pour se mieux assurer des dépouilles de la France. Une ruse du cardinal Mazarin vint les confirmer dans leurs appréhensions et dans leur politique de maintenir la balance à peu près égale entre les deux partis contraires.
Le cardinal écrivit au duc de Lorraine pour lui dire que puisqu'il persistait à vouloir secourir leduc d'Orléans, son beau-frère, il prît garde à la résolution de la reine dans l'extrémité où elle se trouverait réduite, de se jeter dans les bras du prince de Condé ; et qu'alors les vues ambitieuses de Monsieur, comme les projets hostiles des Espagnols, se trouveraient déjouées du même coup. D'un coté, par cette alliance qui serait faite aux dépens de Monsieur, ce prince serait abaissé ; de l'autre, la reine acquerrait pour la défense de la cause royale le bras d'un guerrier qui saurait bien avoir raison des ennemis de la France. Le duc de Lorraine n'était que le destinataire apparent de cette lettre ; elle était écrite uniquement pour être lue par le comte de Fnensaldagne qui commandait l'armée
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espagnole. Pour atteindre ce but, le moyen était de faire intercepter la lettre. Le messager reçut des instructions en conséquence let eut le soin, qui réussit, de se faire arrêter en route par les Espagnols qui s'empressèrent de porter la lettre à leur général !.
Telles furent les appréhensions qui déterminèrent les Espagnols à opérer, au moment le plus inattendu, leur retraite en Flandre. Ils laissèrent seulement pour appuyer la petite armée du duc de Lorraine un corps de troupes sous lesordres du duc de Wurtemberg. La mission de ces forces était de secourir les princes, si la retraite de l'armée espagnole venait à rompre l'équilibre dans un sens trop défavorable pour eux. La cause royale fut ainsi soustraite au plus grand péril qu'elle eut peut être couru jusqu'à ce jour. Le maréchal de Turenne échappa lui-même à une épreuve difficile, grâce à des considérations politiques qu'il avait prévues en partie, car sa défaite était inévitable, et, quelle que fut sa réputation militaire et l'excuse de l'infériorité des forces , une bataille perdue jette toujours quelque défaveur sur la renommée.
L'insuffisance des ressources dont disposait la cour devint donc par Cet excès de faiblesse la cause
1 Mémoires du marquis de Montglat.
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de son salut ; mais, comme elle ne pouvait à l'avance compter sur un résultat si inespéré, elle se préoccupait avec raison de grossir les forces régulières de ses armées par un appel à la noblesse. La convocation du ban et de l'arrière-ban était tombée en désuétude par le fait même de la royauté, qui préférait des troupes enrégimentées, astreintes à un service permanent, à des corps irrégidièrs qui ne devaient qu'un service temporaire ; aussi cet appel à la bonne volonté ne porta-t-il point la dénomination d'autrefois. L'objet principal de cet appel était de disperser des levées de soldats qui s'étaient faites pour recruter l'armée des princes. Des lettres écrites au nom du roi pour cette convocation de la noblesse sous les armes , furent adressées aux marquis de ISangis, d'Anneroux1, de Coursan 2 et de Praslin , les trois premiers devant coopérer avec celui-ci, qui, muni d'instructions plus particulières , était chargé de la direction. La lettre adressée au marquis de Nangis s est conçue en ces termes :
* Adrien du Drac, marquis d'Anneroux, gouverneur de Damvilliers, marié à Catherine Briçonnet. Voy. Y Histoire généalogique du P. Anselme.
5 Probablement de la maison de Brouillart, titulaire de la baronnerie de Coursan, en Champagne, alliée à la maison de Damas-Thianges. Voy. l'histoire généalogique du P. Anselme.
2 Descendant de Nicolas de Brichanteau, marquis de Beau-
« Monsieur le Marquis de Nangis, sur l'avis que j'ai qu'il se fait des assemblées contre mon service vers Brinon- l'Archevêque ', je mande au Sieur Marquis de Praslain d'assembler la noblesse pour dissiper ces levées avant qu'elles grossissent, et sachant que par le crédit que, vous avez, vous pourrez luy aider beaucoup en cette occasion, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à assembler le plus grand nombre de vos amis que vous pourrez et gens dépendants de vous pour aller joindre ledit Marquis de Praslain au lieu et dans le tems auquel il donnera avis qu'il en aura besoin ; à quoy me remettant de ce que je pourrois vous dire plus particulièrement, je vous asseure que le service que vous et vos amis me rendrez en cette occasion me sera en particulière considération et que je le reconnoîtrai volontiers en toutes celles qui s'offriront pour leur avantage et pour le vostre, et sur ce je prie Dieu, etc. 2. »
Pendant les premiers mouvements opérés par les deux armées des maréchaux de Turenne et de la Ferté, et par les deux armées d'Espagne et de Lor-
vais-Nangis, dont les Mémoires ont été publiés par la Société de V histoire dé France.
1 Aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Yonne.
51 Lettre inédite, en date du 1er août 1652. Archives du Ministère de la guerre , volume cxxxvi.