II
fausse relation imprimée ' avait été répandue, afin de soutenir l'ardeur des partisans des princes par des nouvelles de succès continus. Mais ces lueurs mensongères, qui pouvaient tromper à distance, ne pouvaient sur les lieux mêmes altérer la vérité et les conséquences des faits.
Sur l'avis que la ville d'Agen, après avoir. si énergiquement manifesté son esprit de révolte contre l'autorité des princes 2, montre les plus favorables dispositions pour se remettre sous celle du roi, le comte d'Harcourt interrompt le repos donné à ses soldats. Il quitte son quartier de Gondrin3 pour se rapprocher du Port-Sainte- Marie, petite ville bâtie sur la rive droite de la Garonne, sur une éminence qui ne laisse entre elle et le fleuve qu'un étroit espace. La grande route y passe aujourd'hui sous une haute et vieille tour, vestige de ses anciennes fortifications. Chemin faisant, le chevalier d'Aubeterre, maréchal de camp, qui commande l 'avant-garde, rencontre à Bruch 4 un détachement du régiment de cavalerie de Balthazar, sous les ordres du capi-
1 La Défaite de l'armée du comte d'Harcourt par l'armée de Monseigneur le Prince; à Paris, chez Philippe Clément, rue des Fossez, 1652.
2 Voy. 1. 1, p. 417 et siiiv;
3 Petite ville de l'ancien Armagnac, à 14 kilom. de Condom, * Bourg de l'Agenais, à peu de distance du Port-Sainte-Marie .
DU RKGNE DK LOUIS XIV. 37 1
taine don Luc, envoyé en reconnaissance; il le ramène vigoureusement jusque sur les bords de la Garonne , en face du Port-Sainte-Marie. Sur ce point , les proportions de l'affaire s'agrandissent; le comte de Marsin avait envoyé des bateaux pour recueillir les cavaliers de Balthazar; et, pour soutenir leur embarquement, il' avait fait passer de l'infanterie qui s'était logée dans les maisons du bourg de Saint-Laurent , situé sur cette rive gauche du fleuve. Le chevalier d' Aubeterre va se trouver trop faible pour soutenir son premier succès, lorsque le marquis de Bougy, commandant la cavalerie de l'armée royale, attiré par la fusillade, accourt avec des détachements des régiments d'Harcourt et de Créqui, le premier conduit par Lan galerie ', le second par Briole ; une partie des cavaliers mettent pied à terre et attaquent les maisons. Sur l'ordre du comte de Marsin, de nouveaux bateaux chargés de fantassins traversent la rivière pour porter secours à ceux qui vont ployer sous le nombre ; le prince de Conti dirige lui-même leur embarquement, et sa présence anime leur ardeur. Ces bateaux se postent avec avantage, de manière à balayer la rive gauche par un feu bien nourri ; les soldats de l'arméeroyale sont forcés de se mettre à couvert
1 Philippe le Gentil-de-la-Joneliat, seigneur de Langalerie, mestre de camp de cavalerie, et plus tard lieutenant général.
en pratiquant à la hâte un logement au pied même des murs des maisons qu'ils assiègent. Leur position devient de plus en plus critique , lorsqu'un chevau-léger des troupes royales coupe la corde qui amarre un des bateaux, et celui-ci est entraîné au fil de l'eau. Profitant de cet heureux incident, les soldats de l'armée royale forcent le rez-dechaussée des maisons, massacrent ceux qui s'y trouvent, et les combattants postés aux étages supérieurs mettent bas les armes. Témoin, de l'autre rive, de ce revirement de la fortune du combat, le prince de Conti fait encore embarquer dans trois bateaux tout ce qui lui reste du régiment d'infanterie deMarsin. Deux des bateaux tentent vainement d'aborder ; la cavalerie royale qui occupe la rive les en empêche par sa mousqueterie ; le troisième bateau parvient seul à franchir cette ligne de feu, et les hommes qui le montent, opérant un débarquement, se saisissent d'une maison; mais ils y sont cernés, et le régiment du Grand-Maître les enlève par un brillant assaut qui termine la journée1.
Le lendemain, le prince de Conti s'éloigne du Port-Sainte-Marie ; et, à la demande des habitants empressés de faire leur soumission , le comte
1 Voy., à Y Appendice, la relation officielle envoyée à la cour par le comte d'Harcourt.
d'Harcourt traverse la Garonne pour prendre possession de cette petite ville.
Du Port- Sainte-Marie, le prince de Conti s'est rendu à Agen, où il espère se trouver à l'abri de toute agression de la part de l'armée royale. Il ne tarde pas à reconnaître son erreur; des symptômes alarmants lui révèlent que les dispositions peu sympathiques des habitants, qui n'avaient précédemment cédé que sous l'empire de la force ', sont prêtes à se réveiller. Nous savons que le comte d'Harcourt n'avait fait quitter à son armée ses quartiers de rafraîchissements que sur les avis certains qu'il avait reçus de l'état des esprits , avis qui ne lui permettaient pas de douter que son approche seule ne fût suffisante à déterminer dans la ville un mouvement en faveur de la cause royale. Il entretenait dans ce but un secret accord avec les consuls. Le prince de Conti, jugeant sa sûreté compromise, dut prendre le parti de sortir de la ville.
Ce départ ne s'effectua pas sans obstacles ; les troupes royales cernaient Agen pour couper au prince toute retraite, afin de le faire prisonnier. 11 parvint cependant à passer au travers de leurs lignes; mais ces troupes le poursuivirent et le serrèrent de si près jusqu'au Port-Sainte-Marie, que l'escorte même du prince dut en venir aux mains à
1 Voy. t. Ij . 417.
plusieurs reprises par de vifs engagements. Le passage de la Garonne, en mettant momentanément le prince de Conti à l'abri de leur poursuite, ne le met pas à l'abri de tout péril. Alors que quelques instants de repos lui sont indispensables après une traite longue et précipitée, la ville d'Aiguillon, au confluent du Lot et de la Garonne, célèbre pour avoir essuyé, en 1 343, les premiers coups de canon tirés dans le monde, étant assiégée par le duc Jean de Normandie, fils de Philippe de Valois, lui refuse ses portes. La ville de Clairac ne lui ouvre les siennes que pour lui faire courir un danger plus grand qu'un refus. Les habitants ne lui permettent d'entrer qu'accompagné de deux personnes, et lorsque le prince, harassé de fatigue, se trouve livré sans défense entre leurs mains, la pensée leur vient de se faire de sa capture un précieux mérite et de le livrer à l'armée royale. Celle-ci, après avoir passé la Garonne, était arrivée non loin de leurs murs. Prévenu du coup qui se prépare, le prince n'a que le temps de s'esquiver par la porte d'une maison particulière donnant hors de l'enceinte de la ville. Il fuit à Marmande, et cette ville refuse de l'accueillir. Il fuit plus loin encore, et les troupes royales le poursuivent l'épée dans les reins jusqu'à Cadillac et à Langon. Arrivé dans cette dernière ville, le prince, tournant bride, fait bravement tète à l'ennemi et le
force de renoncer à sa poursuite. Il laisse alors au comte de Marsin et au colonel Balthazar le commandement des troupes qui l'accompagnent ; et, avec une faible suite, il se rend à Bordeaux.
Le comte d'Harcourt, après avoir suspendu sous les murs de Langon la poursuite du prince de Conti, retourne vers Agen pour en prendre possession. Il n'est pas peu surpris, en approchant, d'apprendre que cette ville, qui venait de forcer le prince de Conti à la fuite , n'en est pas moins fort peu disposée à lui ouvrir ses portes, et il est forcé de s'arrêter au Port-Sainte-Marie.
La ville d'Agen renfermait une populace portée par goûta la sédition, qui s'accommodait mal, par conséquent, avec les principes d'une autorité quelconque ; en outre, elle renfermait l'élément d'une résistance plus honorable et seulement conditionnelle, composée de ceux qui, bien qu'heureux d'avoir secoué le joug du parti des princes, ne prétendaient pas ouvrir leurs portes au comte d'Harcourt sans que les promesses préliminaires de l'entente secrète qu'ils avaient établie avec lui ne fussent pleinement confirmées. Le droit des libertés municipales était alors si profondément gravé, que l'on ne considérait nullement comme une atteinte portée au respect de la royauté les précautions prises pour maintenir ces libertés, et le comte d'Harcourt, qui s'avança le lendemain au
faubourg du Passage, en face d'Agen, de l'autre côté de la Garonne, dut y attendre pendant plusieurs jours le résultat des délibérations des habitants et l'apaisement des troubles qui surgirent.
Dans la ville, les trois ordres régulièrement formés en assembléepesaient les conditions proposées, et, comme le comte d'Harcourt, pressé -avant tout d'opérer le rétablissement de l'autorité royale par l'aplanissement des voies, n'avait offert que des conditions douces et faciles, ces conditions, par cette raison même, paraissaient suspectes aux plus compromis. Ceux-ci s'opposaient à tout accord, et, quand ils furent certains que la majorité de l'assemblée leur était contraire, ils eurent recours aux barricades et à l'émeute pour faire rejeter le traité. Les magistrats municipaux furent obligés de déployer toute leur énergie pour faire cesser ces nouveaux désordres. Lorsque le calme fut rétabli, des députés se rendirent auprès du comte d'Harcourt pour l'inviter à faire son entrée dans la ville.
Cette entrée eut lieu le 4 avril. Le comte d'Harcourt s'avançait à cheval, précédé de ses gardes, suivi des officiers généraux de son armée et d'un brillant cortège de noblesse, au bruit des fanfares et du canon. Les milices formaient la haie depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à l'Hôtel-de-Ville, et les habitants faisaient retentir l'air des cris de
Vive le roi! De l'Hotel-de-ville, le comte d'Harcourt, accompagné des six consuls et de la noblesse, se rendit à pied à la cathédrale de Saint- Etienne, où un Te Deurn en actions de grâces fut chanté avec solennité. Les jours suivants furent consacrés par le comte d'Harcourt à gagner le cœur des habitants par les paroles affables qu'il prononça dans une assemblée des trois ordres, par le bon accueil qu'il fit à ceux qui avaient été expulsés comme suspects et qui s'empressèrent de rentrer dans la ville, enfin par la ponctualité qu'il apporta à remplir ses promesses.
La retraite précipitée du prince de Conti et l'entrée du comte d'Harcourt dans la ville d'Agen pacifiée produisirent dans la contrée un effet considérable. La plupart des villes , Marmande , Aiguillon, Clairac, Montpezat, Bazas, Tartas, envoyèrent des députés apporter au comte leur soumission à l'autorité du roi. Les villes de La Réole et du Mas d' A gênais furent du petit nombre de celles qui ne suivirent pas cet exemple.
Le comte d'Harcourt avait envoyé sommer la première de se rendre ; non-seulement elle s'y refusa, mais elle contraignit même tous les habitants des campagnes voisines à se renfermer dans ses murs avec leurs principales richesses. Cet accroissement de population permit de porter la garnison au chiffre de deux mille hommes sous les ar-
mes, et la ville de Bordeaux s'empressa d'expédier deux mille boisseaux de blé. La Réole, ainsi muni de toutes les forces et de toutes les munitions nécessaires, put attendre avec confiance toutes les éventualités d'un siège l.
Le comte d'Harcourt, dont le but stratégique était de rendre libre tout le cours de la Garonne, depuis Agen jusqu'à Bordeaux, trouvait dans l'at titude hostile des villes de La Réole et du Mas d'Agenais un double obstacle à la réalisation de son plan, obstacle qu'il ne pouvait détruire que par la force ; il résolut de commencer par réduire la seconde de ces deux villes, la plus rapprochée de lui.
Retenu lui-même dans Agen, par les soins de la pacification générale, il voulut laisser à son neveu, le comte de Lislebonne 2, lieutenant général dans son armée, la gloire de cette expédition.
Le Mas d'Agenais était fortement occupé par
1 Voyez la Gazette, article sous la rubrique : Bordeaux, 11 avril et 2 mai 1652.
2 François-Marie de Lorraine , comte de Lislebonne , né le 4 avril 1624, quatrième fils de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, rallié à la cour après avoir été un des chefs de la Fronde, et de Catherine-Henriette, légitimée de France, fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. Le comte de Lislebonne s'était déjà distingué aux sièges de Nortingue, de Lérida, à la bataille de Lens, affaires dans lesquelles il avait reçu plusieurs blessures. Il épousa en 1658 Catherine d'Estrées, fille du duc d'Estrées, maréchal de France.
une garnison de six cents hommes munie de deux petites pièces de canon ; mais des intelligences étaient entretenues dans l'intérieur avec La Rocque, l'un des consuls, et avec le prieur Pichon qui possédait une maison donnant sur le rempart. Le comte de Lislebonne, appuyé par l'expérience du marquis de Bougy *, chargé sous lui du commandement, avait emmené quatre cents maîtres, choisis parmi les plus braves dans divers régiments de cavalerie de l'armée royale, et trois cents hommes du régiment d'infanterie d'Harcourt. Il n'avait pas voulu prendre un corps plus considérable dans la crainte que sa marche n'éveillât quelque alarme. Arrivé dans la nuit du 7 au 8 avril, sans être aperçu des sentinelles", au pied de la muraille à laquelle est adossée la maison du prieur Pichon , le comte de Lislebonne fait un signal convenu, auquel il est répondu de l'intérieur de la place en descendant une échelle. Il donne alors à ses fantassins ordre de gravir sur le rempart. Le marquis de Bougy marche à leur tête ; cent maîtres ayant mis pied à terre soutiennent l'infanterie. Le comte de Lislebonne dispose le reste de sa cavalerie en divers détachements autour de la ville pour empêcher aucun fuyard de s'en pouvoir échapper. La surprise est complète : deux
1 Voy., sur le marquis de Bougy, t. I, p. 377.
38o SOUVENIRS
corps de garde sont, dès le premier instant, enlevés par le marquis de Bougy ; le reste de la garnison, sans avoir à peine le temps de se reconnaître; se barricade dans le couvent des cordeliers. Elle perd une centaine d'hommes; après cette résistance inutile, elle est contrainte démettre bas les armes. Au matin la ville fut pillée l.
Deux jours après cette capitulation, le comte d'Harcourt, quittant Agen, descendit sur des bateaux au Mas d'Agenais ; il y établit son quartier général le même jour, 10 avril. Le lendemain, le comte fit une excursion à Marmande, pour témoigner lui-même aux habitants la satisfaction que lui causait leur retour à l'obéissance du roi et pour leur faire prêter un nouveau serment de fidélité. Au milieu des démonstrations empressées des habitants, deux villes voisines, Montségur et Sainte-Bazeille, vinrent, par députés, lui apporter leur soumission.
De son quartier général, le comte d'Harcourt écrivit à Le Tellier une lettre dont nous extrayons le passage suivant, qui achève le détail de ses opérations :
1 Le rapport officiel placé à Y Appendice ne fait point mention, sans doute à dessein, de ce pillage qui déshonorait le succès ; nous avons emprunté ce fait à la Relation de ce qui s'est passé en France depuis le 5 janvier 1652 jusqu'au 26 avril 1653; fonds de Sorbonne, n. 1257, à la Bibliothèque impériale.
« Au camp du Mas d'Agenais, le 13 avril 1652.
« Monsieur,
« Depuis la prise de ce lieu, il ne s'est rien passé de considérable de deçà que la soumission de bon nombre de petites villes qui promettent fidélité, comme Saint-Bazille, Montpezat, Bazas, Tartas et Casteljaloux. J'ay envoyé quelque infanterie à >'érac pour bloquer le château et le faire rendre insensiblement, pendant que nous travaillons à soumettre au devoir tout ce qui reste au deçà de la Garonne et sur cette rivière, à la réserve de Bordeaux; et, comme il n'y a pas d'apparence que nous puissions rien entreprendre sur Bergerac, Sainte-Foy, Bourg et Libourne qu'avec des préparatifs un peu longs, je supplie Son Éminence de me confirmer la permission de faire un petit voyage à la cour pour mes petits intérêts. Je prendrai si bien mon temps, que le service du Roy n'en recevra aucun détriment. Je vous supplie d'y contribuer de ce qui dépendra de vostre généreuse amitié '. »
Le refus ou le silence qui furent opposés à la demande du comte d'Harcourt méritent d'être
1 Archives du Ministère de la guerre, vol. cxxxm.
38a souvenirs
remarqués ; ils deviennent pour un prochain avenir le point de départ d'un événement aussi surprenant que considérable.
Le blocus deNérac *, annoncé par le comte pour arriver insensiblement à contraindre le château à capituler, faillit amener un résultat des plus importants : le comte de Marsin lui-même, le véritable chef de l'armée des princes , se trouva bloqué dans la place. Par ce fait, ses troupes disséminées se trouvaient privées de l'unité du commandement, et sa capture, si la place succombait, devenait autrement importante que celle de la place elle-même. Cent hommes du régiment infanterie de Montpouillan2, avec une cinquantaine de cavaliers , formaient la principale force de la garnison, et cette petite troupe, se comportant avec vaillance, faisait de fréquentes sorties qui culbutaient les assiégeants. Dans l'une d'elles, le comte de Marsin en personne fit avec ses cavaliers une trouée si vigoureuse, qu'il franchit les lignes et s'éloigna de la place. Couvonge3, qui commandait
1 On sait que la petite ville de Nérac, capitale du duché d'Albret, dans laquelle se sont passés des faits importants de notre histoire, fut la résidence des rois de Navarre jusqu'à Henri IV.
2 Ce régiment portait le nom de François de Caumont-la- Force, marquis de Castelmoron, seigneur de Montpouillan.
3 Antoine de Stainville, comte de Couvonge, lieutenant général. 11 avait été gouverneur de la citadelle de Turin en 1640, et gouverneur de Casai en 1644.
le siège, fut outré de voir le général ennemi lui échapper par cette hardiesse imprévue, et, dans son désespoir, il écrivit au ministre Le Tellier une lettre dans laquelle il rejette toute la faute « sur la lâcheté du régiment des Galères et de la garde de cavalerie, qui ont laissé échapper Marsin avec cinquante maîtres par un poste où dix hommes en auraient empêché dix mille '. » Couvonge termine sa lettre en disant qu'il a fait arrêter les officiers qui étaient de garde, et qu'il espère que le comte d'Harcourt en fera justice.
Le comte d'Harcourt, sans attendre la réponse de la cour à sa lettre du i5 avril, avait quitté le Mas d'Agenais le 18, et s'était mis en marche sur Bordeaux avec toute sa cavalerie, à l'exception de celle de M. de Saint-Luc. Tl place le 22 avril son quartier au château de la Brède, proche de cette ville, château dans lequel devait naître, trente-sept ans plus tard, le célèbre Montesquieu, et envoie aux jurats et aux habitants un trompette porteur d'une lettre qui les invite à faire leur soumission 2. Le prince de Conti ne permet
1 Lettre inédite datée du camp de Nérac, 20 avril 16o2, Archives du Ministère de la guerre, vol. cxxxm.
Nous croyons ce't épisode du blocus de Nérac entièrement inédit; nous n'en avons rencontré le récit dans aucune histoire ni dans aucun des Mémoires du temps.
* Voyez cette lettre à l'Appendice, dans le rapport officiel envoyé à la cour.
pas que le contenu de cette lettre parvienne à la connaissance des habitants et s'oppose à son ouverture. Contrairement aux règles du droit des gens, il ne met aucun obstacle à ce que ce trompette soit maltraité par la populace.
Irrité de ce mépris du droit des gens et de cette conduite, le comte d'Harcourt ordonne au marquis de Sauvebeuf l, lieutenant général, et à du Coudray-Montpensier 2 , maréchal de camp, de faire ranger son armée en bataille. Les habitants de Bordeaux, loin de s'effrayer de cette démonstration menaçante, envoient des partis hors de la ville pour en venir aux mains avec l'armée royale, et la journée se passe en escarmouches. Un parti de Bordelais, ayant voulu pousser trop loin un premier succès, un escadron de l'armée royale fait volte-face et le taille en pièces.
Le lendemain, le comte d'Harcourt, dont l'espoir avait été d'enlever Bordeaux par un coup de main ou par la soumission volontaire des habitants, n'ayant ni les moyens ni les forces nécessaires pour entreprendre un siège régulier, se résolut à la retraite. Il alla lui-même cantonner
1 Charles-Antoine, marquis de Sauvebeuf, de la maison de Ferrières-Sauvebeuf, en Limousin. Il était fils de Jean de Ferrières, seigneur de Sauvebeuf, gouverneur du château du Hâ et de Bordeaux, et de Marie de Noailles.
2 De la maison d'Escoubleau de Sourdis.
ses troupes dans le pays Entre-deux-mers ! pour leur donner du repos 2.
1 On donnait ce nom à toute la contrée comprise entre la Garonne et la Dordogne, au-dessus de leur confluent.
2 Archives du Ministère de la guerre; résumé de la correspondance militaire, vol. cxxxni.
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