‹ Souvenirs du règne de Louis 14Chapitre 7 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

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suivante dans laquelle il menace de représailles, peu sanglantes du moins, tous les carrosses ennemis, en paraissant porter un peu loin le chagrin de la perte du sien, qui l'afflige davantage que le retrait de son autorité dans son gouvernement d'Anjou.

A M. le Tellier*.

« De Paris, le 19 mars 1652.

« Monsieur,

« J'ay apris en arrivant icy.qu'on m'a confisqué à Saumur un carrosse avec celuy de M. de Clérembault2 que nous faisions venir à Angers, après l'avoir demandé à M. de Cominges3 par un des miens qui m'assura que je le pouvois en surette, et, en cela, Monsieur, je vous demande que vous me fassiez l'honneur de me faire savoir par quel ordre et à qui on l'a donné. Il me coustoit deux mil francs, et, sy je ne le puis ravoir, je vas arester

1 Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Minis* tère de la guerre, vol. cxxxm, p. 157.

2 Probablement Jacques de Clérembault, frère de Philippe de Clérembault, comte de Palluau ; celui-ci servait le parti du roi, et devint maréchal de France.

3 Gaston-Jean-Baptiste, comte de Cominges, capitaine des gardes-du-corps de la reine Anne d'Autriche , gouverneur de .Saumur.

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tous ceux que je trouveroy icy dans les maisons de ceux qui sont à la cour, et sy l'on autorise des choses que la bienséance ne permet pas entre les plus cruels ennemis, chacun en fera de son costé. Je vous demande pardon sy je vous importune d'un sy petit intérest, je confesse qu'il me pique plus que la commission qu'on a donnée à M. de La Meilleraye de commander dans mon gouvernement où j'aprends qu'on viole tous les articles portés par mon traité. C'est un desmeslé entre M. d'Hocquincourt et moy qui m'a donné des paroles qu'il ne violera pas; il est plain d'honneur et de générosité et ne voudroit pas ruiner la réputation qu'il en a aquise en meanquant à un homme qui c'est confié en luy et qui est son amy, et j'ay paine à croire que monsieur le cardinal velie se moquer du mareschal de France qui a traité et signé au nom du Roy. Sy j'estois assez heureux, Monsieur, pour vous pouvoir tesmoigner l'estime que je fais de vostre amitié, il n'y a rien que je n'entreprise pour cela et je vous assure qu'il ne se peut rien ajouter aux sentimens avec lesquels je suis,

« Monsieur,

« Votre très humble et obéissant serviteur,

« Rohan. »

« De Paris, ce 19 mars 1652. »

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« Je vous suplie de me faire l'honneur de dire à M. de Senecterre ' que je ne puis me défandre d'estre toujours son très humble serviteur et à M. de Champlâtreux 2 que je l'honore toujours passionément. »

Tandis que le prince de Condé et son conseil, trop au-dessous de la gravité dès circonstances, faisaient de vains efforts pour concilier à leur politique les compagnies souveraines, les négociations avec la cour étaient loin d'être négligées par eux. Jamais peut-être elles ne furent plus entrecroisées, plus actives, plus inconséquentes; elles marchèrent de front avec les événements de la guerre jusqu'au jour qui précéda le combat du faubourg Saint-Antoine. Ces négociations étaient dignes d'un tel conseil, portant la double empreinte de l'insuffisance des conseillers et de l'égoïsme de leurs vues. Chavigny et Rohan surtout poussaient le prince dans cette voie, au bout de laquelle le premier entrevoyait le ministère, but que se proposait son ambition, et le second l'éclat de la cour*, dont il trouvait que le reflet

• Henri de Senneterre ou Saint-Nectaire, duc de la Ferté, maréchal de France de la promotion de l'année 1631, avec les maréchaux d'Aumont, d'Estampes et d'Hocquincourt.

2 Jean Mole de Champlâtreux, conseiller d'État, fds du premier président Mole et de Renée de Nicolaï , qui avait sauvé la vie au coadjuteur. Voy. t. I, p. 280.

manquait à ses talents. Tous les deux, accompagnés de Goulas, secrétaire du duc d'Orléans, agissant au nom de son maître, qui n'entendait nullement être mis en dehors des négociations ', bien que, à part l'expulsion du cardinal Mazarin, il ne sût pas précisément, ni ce qu'il voulait, ni ce qu'il espérait2, se rendirent, le 25 avril, à Saint-Germain, où était la cour. Leurs instructions portaient de s'aboucher avec la reine; mais de n'avoir aucun rapport avec le cardinal Mazarin, puisque le but principal de leur mission était de demander son exil. Ils furent reçus par la reine et par le jeune roi ; mais le cardinal Mazarin assistait à l'entrevue. Ils demandèrent que le cardinal se retirât, parce qu'ils ne pouvaient parler librement en sa présence; mais le jeune roi, auquel la leçon avait été faite à l'avance, s'y opposa formellement. Le cardinal présent imprima par son adresse à la conférence une tournure bien différente de celle qu'elle devait avoir, d'après les instructions données par les mandants à leurs mandataires:

1 Gaston, de nos maux étant las,

Députa Rouan et Goulas, Vendredi dernier, ce semble. . .

(Muse historique, lettre du 28 avril.)

* Le cardinal de Retz interrogeant le duc d'Orléans sur son but et son espoir dans le succès de cette négociation, Gaston lui répondit en sifflant : « Je ne le crois pas ; mais quoi ? tout le monde négocie; je ne veux pas demeurer seul. » (Mémoires du cardinal de Retz.)

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l'exil du cardinal fut écarté ; et les négociateurs s'engagèrent à obtenir l'adhésion des princes et à les désarmer par la promesse de la création d'un conseil de gouvernement semblable à celui qui avait été établi à la mort de Louis XIII. Bien entendu, Chavigny s'était réservé une place dans ce conseil , et l'honneur d'accompagner le cardinal Mazarin à la frontière pour traiter de la paix avec l'Espagne. Les maladroits négociateurs étaient dupes de l'habileté du cardinal, qui, dans cette combinaison, gardait toujours le suprême pouvoir. En outre, si cette combinaison n'aboutissait pas, en affectant de traiter publiquement avec les envoyés des princes, le cardinal n'ignorait pas qu'il rendait les princes suspects à leurs propres partisans, mis en crainte d'être trahis par eux.

Quand les négociateurs furent de retour à Paris avec leurs propositions, le prince de Condé trouva qu'ils étaient revenus les mains vides de tous les avantages qu'il s'attendait à leur voir rapporter en retour de la paix qu'il proposait, et ne voulut pas entendre parler de semblables arrangements. Sans disgracier complètement Chavigny, sur le compte duquel il était trop aveuglé pour ouvrir complètement les yeux, il ne plaça plus en lui désormais la même confiance. Il s'obstina à croire que l'échec de la négociation provenait unique-

ment de l'impéritie des négociateurs , tandis qu'elle n'en était pas l'unique cause. La vérité oblige de faire une grande part à la résolution inébranlable de la reine de ne jamais retirer sa confiance , ni le pouvoir , à son ministre , et à l'ambition intéressée de celui-ci , qui préférait la continuation des troubles à un accord avec le prince de Condé. Cet accord eût rendu ce prince maître de la situation, tandis que le cardinal prétendait au contraire par sa politique qu'il maniait lui-même , et par ses armes confiées aux mains du maréchal de Turenne, réduire Condé à sa merci.

Le prince de Condé crut donc que, pour réussir, il n'avait qu'à changer de négociateurs. Il fut du reste vivement poussé à une tentative nouvelle par la duchesse de Châtillon. Le duc de Nemours, la Rochefoucauld, Gourville, travaillèrent avec le prince aux nouvelles propositions ; Gourville en -fut le porteur. Les principaux articles étaient : i° l'éloignement du cardinal Mazarin : cet article n'avait d'autre but que de couvrir les apparences; le prince de Condé était disposé à renoncer à l'éloignement du cardinal ; il pensait qu'en consentant en principe à partager le pouvoir avec lui, il ne lui serait pas difficile ensuite de le dominer par son ascendant; 20 un pouvoir , conjointement avec le duc d'Orléans,

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pour traiter de la paix avec l'Espagne ; 3° la formation d'un ministère composé de personnes agréables aux princes ; 4° l'amnistie pour la Guyenne; 5° le rétablissement des adhérents des princes dans leurs biens , charges et gouvernements. Cet article était suivi de plusieurs autres permettant au prince de Conti d'échanger avec le duc d'Angouléme son gouvernement de Champagne contre celui de Provence, promettant au duc de Nemours le gouvernement d'Auvergne ; au duc de la Rochefoucauld celui d'Angoumois et de Saintonge, ou cent vingt mille écus avec brevet d'altesse, pareil à celui de MM. de Bouillon et de Rohan-Guéménée ; un semblable brevet pour le prince de Tarente , avec des dédommagements pour la ruine de Taillebourg; le rétablissement du duc de Rohan dans son gouvernement d'Anjou, avec adjonction de celui des Ponts-de-Cé; le rétablissement du duc de la Force dans son gouvernement de Bergerac ; deux bâtons de maréchaux de France pour les comtes de Marsin et du Dognon ; le collier de l'ordre pour le marquis de Sillery, avec cinquante mille écus pour l'achat d'un gouvernement; à Viole, l'agrément pour acheter une charge de secrétaire d'État ou de président à mortier, avec la somme nécessaire pour cette acquisition. Lorsque toutes ces conditions auraient reçu leur accomplissement, le

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prince de Condé promettait de déposer les armes, et, trois mois après, un article secret permettait au cardinal Mazarin de rentrer en France et de reprendre son poste au ministère.

La convocation des États Généraux, l'établissement de la monarchie sur des bases fixes et stables , avec des garanties contre les abus du pouvoir absolu, étaient des intérêts trop secondaires aux yeux du prince de Condé, ou qui lui étaient même trop antipathiques, pour qu'il les eût fait entrer dans les conditions du traité projeté; ils furent passés sous un complet silence. Jamais traité peut-être n'a porté un tel cachet de duplicité, d'imprévoyance, de vues étroites et égoïstes, d'appétits ambitieux. Il ne pouvait sous aucun aspect être à la convenance du cardinal Mazarin ; mais, pour décrier davantage le prince de Condé, en rendant publiques ses tentatives de négociations, le cardinal fit bon accueil à Gourville et affecta de se montrer avec lui. Quant à la négociation elle-même, il lui fut suffisant, pour la faire échouer, de susciter quelques ambitions rivales au sujet des grâces demandées, et de soulever quelques difficultés de détail pour leur exécution, particulièrement en ce qui concernait le duché d'Albret, promis au duc de Bouillon en échange de la principauté de Sedan, duché qui se trouvait possédé par le prince de Condé. Pour secon-

der ses vues , Mazarin rencontra encore d'autres auxiliaires de bonne volonté : le cardinal de Retz, qui trouvait dangereux pour ses intérêts que la paix fût conclue par toute autre entremise que par la sienne, et qui n'eut pas de peine à convaincre le duc d'Orléans que ce projet de traité le sacrifiait; Chavigny, qui eût été jaloux de voir réussir Gourville dans une négociation où luimême avait échoué. Avec ce concours des circonstances les plus diverses , cette tentative de paix s'évanouit comme la précédente.

Le prince de Coudé, sans se décourager par ce double insuccès, revient à la charge par un nouvel intermédiaire, le comte de Gaucourt, négociateur habile, qui avait conclu avec tant d'adresse son traité d'union avec le duc d'Orléans. Il l'envoie auprès de la cour. Même accueil de la part du cardinal, même manège pour rendre publiques les tentatives de négociations, aidé en cela par le rang même du messager qui donne à sa mission plus d'éclat que n'avait eu celle remplie par Gourville ; et comme les intérêts et les situations ne sont nullement changés, finalement, même échec.

On aurait pu croire le prince de Condé à bout de négociateurs après en avoir vainement tant usés à ses négociations, lorsqu'il en avise un nouveau , qui accepte avec empressement, et passe

instantanément du rang de conseiller à celui d'ambassadeur : c'est la duchesse de Châtillon, qui était revenue à Paris aussitôt que le prompt rétablissement du duc de Nemours lui eut permis d'y revenir lui-même1. En Berry, l'année précédente, la duchesse de Longueville a accepté, provoqué même les hommages du duc de Nemours ; par un sentiment d'amour froissé, la belle veuve a juré, au prix même d'une part de son attachement pour le duc de Nemours, d'enlever le prince de ('onde au parti de sa sœur. Le duc de la Rochefoucauld, qui, lui aussi, veut se venger de la duchesse de Longueville, devient l'instigateur, près de madame de Châtillon, de ce plan peu digne, il faut le dire, qui la place dans la nécessité de ménager à la fois et Condé et Nemours. Le duc de

La duchesse de Châtillon, Dont sans amoureux aiguillon Le plus sévère et le plus sage Ne saurait lorgner le visage, Est revenue en cette ville, Accompagnée en bel arroi Des gens des princes et du roi ; Mais outre ces braves gens d'armes, Dix mille amours, dix mille charmes, Dix mille attraits, dix mille appas, La suivoient aussi pas à pas; Et ce fut avec cette escorte, Moitié charmante et moitié forte , Ainsi que plusieurs m'ont appris, Que la belle entra dans Paris.

(Muse historique, lettre du 28 avril 1652.)

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Nemours se prête lui-même à cette partie, dont alors il connaissait mal l'enjeu, ainsi que sa jalousie le témoigna plus tard. Le duc de la Rochefoucauld, comme récompense anticipée, engage enfin le prince de Condé à donner à sa négociatrice , dont la fortune était plus que médiocre, la propriété entière de la terre de Merlou , en qualité de sa parente par la maison de Montmorency l.

La duchesse de Châtillon se rend à la cour, apportant dans son désir de conclure la paix l'ardeur d'une cause personnelle. La reine reçoit la duchesse avec la bienveillance la plus encourageante, le cardinal témoigne toute sa reconnaissance pour le zèle qui dicte ses démarches , et toute sa bonne volonté pour les faire aboutir, mais avec l'intention secrète , toujours invariable, de les faire avorter. Le rusé ministre traîne les pourparlers en .longueur pour amuser le prince de

1 Isabelle-Angélique de Montmorency, fille de François de Montmorency, comte de Bouteville, que sa passion pour le duel avait conduit à l'échafaud, en 1627, et sœur de l'illustre maréchal de Luxembourg, avait épousé, en 1645, le dernier des Coligny, duc de Châtillon, tué, en 1649, au combat de Charenton. La duchesse était demeurée veuve à vingt-trois ans. La princesse douairière de Condé, sœur du duc de Montmorency décapité à Toulouse en 1632, n'avait donné, par son testament, à madame de Châtillon , que la jouissance viagère du château et de la terre de Merlou ; le don du prince de Condé lui en assura l'entière propriété.

Condé, et gagne ainsi un temps précieux pendant lequel le maréchal de Turenne, manœuvrant habilement , comme nous le verrons en son lieu , parvient à couper à l'armée du prince le chemin de Paris.

Comme, dans ce feu croisé de négociations, chacun craignait que la paix ne se fît sans lui, le parlement de Paris et les autres cours souveraines se mirent aussi à négocier. Elles députèrent auprès de la reine, à Saint-Germain, mettant toujours à leurs propositions de paix la condition de l'éloignement du cardinal Mazarin. C'est dire assez que leurs propositions, moins écoutées encore que celles du prince de Condé, n'eurent pas plus de succès.

Bien que la ville de Paris fût entre les mains des ennemis de la cour, celle-ci n'y conservait pas moins de certains dehors d'autorité qui mettaient la capitale dans la situation difficile d'avoir à répondre à deux gouvernements à la fois. Le maréchal de l'Hôpital continuait d'exercer les fonctions de gouverneur, et son attachement à la cause royale n'était pas douteux. Il était l'intermédiaire des ordres , assez rarement écoutés , que la cour continuait à transmettre au corps de ville et aux cours souveraines; il donnait aussi à la cour les conseils qu'elle réclamait , en la tenant exactement au courant de toutes choses , ainsi que le

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démontre la lettre suivante du maréchal au jeune

roi

«Paris, 26 avril 1652.

« Sire,

« J'ai receu la lettre dont il a pieu à Votre Majesté de m'honorer, laquelle je ne manquerai pas de communiquer à MM. le prévôt des marchands et échevins et conseillers de la ville. Quant à ce qu'elle me commande de donner mon advis sur ce qui regarde le nombre des gens de guerre qu'Elle doibt retenir auprès de sa personne , je croy, Sire, qu'Elle ne peut pas moins avoir que son régiment des gardes française et suisse, ses gens d'armes et chevaux légers et ceux de la Reyne : les princes ayant sept ou huict cents chevaux et autant d'infanterie dans Paris ou bien proche, l'infanterie très-mauvaise, et la plus grande partie de la cavalerie de filous. Il est vray qu'il y a nombre d'officiers de leur armée. Je ne manqueray pas de tenir Votre Majesté advertie de tout ce qui se passera , et de vivre et mourir

1 Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Ministère de la guerre, vol. cxxxm.

« Votre très-humble , très-obéissant et trèsfidelle suject et serviteur,

« Lospital1. »

L'échec de ses négociations avec la cour obligeait le prince de Condé ou à une soumission absolue sans conditions , telle que l'entendait le cardinal Mazarin, ou à se jeter plus que jamais dans les voies de la résistance et de la guerre. Il adopta ce dernier parti , qu'il trouvait plus conforme à sa sûreté et aux vues de son ambition. Pour s'efforcer de gagner les sympathies des cours souveraines, il continua quelques jours encore à pratiquer vis-à-vis d'elles une modération si grande , qu'elle était pour son caractère une constante humiliation ; mais les tentatives faites par ces corps judiciaires pour conclure la paix sans sa participation, Jui paraissant un danger qu'il fallait à tout prix conjurer, il résolut de les abattre à ses pieds, et de se rendre maître de Paris en l'effrayant.

La scène qui se passa au parlement, le 16 avril, suffit pour donner une idée des rapports très-

1 Le maréchal de l'Hospital ou de l'Hôpital ne signait pas, on le voit, conformément à l'orthographe consacrée pour son nom. Ce fait ne présente rien de surprenant, à une époque où l'orthographe des noms propres, et même celle de la plupart des mots, se bornait généralement, comme règle, à la reproduction de leur consonnance euphonique.

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tendus qui existaient entre le prince et un grand nombre de conseillers. Le prince reprocha au président de Novion, après avoir été grand frondeur, de s'être retourné par des motifs intéressés. Le président protesta; le prince, insistant, ajouta que ce n'était pas être homme d'honneur que d'abandonner ses amis pour un intérêt payé. Le président répliqua : « Monsieur, vous me traitez trop mal, et j'élèverai ma voix pour me plaindre à la compagnie. » M. le prince repartit : « Et moi , quand je lèverais la main sur vous , il y a assez de différence entre vous et moi pour qu'il n'en fût autre chose *; »

Un vieux moyen toujours nouveau, puissant levier pour émouvoir le peuple, fut employé par le prince de Condé pour en venir à ses fins ; des inquiétudes sur les subsistances furent répandues, et la population répondit naturellement à ces bruits par une dangereuse effervescence. Quelques milliers de vauriens et de bandits, organisés pour le désordre, sortant, pour ainsi dire , sous chaque pavé, encombrent les principales rues et les places publiques ; des conseillers au parlement, de notables habitants sont journellement

1 Nous empruntons cette scène au manuscrit inédit : Relation de ce qui s'est passé en France depuis le 5 janvier 1652

jusqu'au 26 avril 1653.

insultés et menacés; les carrosses surtout ne peuvent plus circuler sans danger.

A. la barrière des Incurables , au faubourg Saint-Germain , le carrosse de M. de Béringhem, premier écuyer de la petite écurie du roi, est assailli ; ce carrosse appartenait au roi , avec des pages et des valets de pied portant ses livrées ; il ne peut cependant se racheter du pillage qu'en payant une rançon de dix ou douze pistoles. La duchesse de Bouillon ', voulant sortir de Paris avec ses enfants, est arrêtée dans son carrosse, et forcée de demeurer. Le carrosse de la comtesse de Miossens a n'échappe que par la vitesse de son attelage; mais celui de son frère, du Plessis-Guénégaud , est arrêté , et lui-même est forcé de se réfugier dans le logis du comte de Flamarins , où la populace le tient assiégé pendant plusieurs heures. Le carrosse de Molé-Sainte-Croix, évêque de Bayeux , fils du premier président , est arrêté et pillé dans le faubourg Saint- Germain; un exempt et quatre gardes du duc d'Orléans se rencontrent à propos pour arracher le prélat aux mains des assaillants; ils se jettent avec lui dans

1 Kléonor-Fébronie de Bergh, duchesse de Bouillon. Voyez t. I, p. 73.

* Femme d'Àmanieu d'Albret, comte de Miossens, celui qui avait conduit les princes dans le donjon de Vincennes, et qui fut tué en duel en 1672.

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