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1^ chute (lu soleil, le 7 avril i65:t, termina définitivcmeiirle combat célèbre qui passe pour avoir sauvé le roi de France. A la faveur de la nuit, 1<* maréchal de Turenne se retira sur Brîare avec son armée. De son côté, le prince de Condé opéra sa retraite sur Châtillou et Montargis, sans plus tenter de forcer Tinfanterie retranchée dans Bléneau, qui alla rejoindre l'armée royale.
Le combat de Bléneau a attiré l'attention du plus grand capitaine des temps modernes , alors que, méditant sur sa propre histoire, il en traçait les pages, assis sur le rocher de Sainte-Hélène*.
L'empereur Napoléon blâme les généraux des deux armées opposées d'avoir indiqué trop près leur point de rassemblement, ce point devant être toujours désigné en arriére, de sorte qu'en cas de surprise tous les cantonnements puissent y arriver avant Terinemi ; mais il approuve sans restriction le parti que fit adopter Turenne, malgré la cour, de marcher à l'ennemi au lieu de quitter f^ien poiu' commencer une funeste et honteuse n^traite. Il fait ressortir, toutefois , que le maréchal avait bien plus l'intention de retarder la marche de l'armée des princes sur le quartier
vfer 16;)2 jusquau :26 aoust ICoa, manuscrit conservé k la IJibliothiM|iic impériale, fonds de Sorbonno, n. \Xn.
* Mémoires de Napoléon, Voyez, à V./ppendice, ses observations sur le combat de Bléneau.
royal que de livrer une bataille sérieuse; il en trouve la preuve dans cette circonstance que Turenne évita d'occuper le bois en avant du défilé, afin de rester maître de ne pas se trouver, malgré lui , trop engagé, et dans cette autre circonstance, qulil tint son armée dans la plaine assez près pour rendre le passage du défilé dangereux, assez loin pour que, dans le cas où ce passage s'effectuerait avec succès, il ne pût néanmoins encore être contraint d'accepter un engagement général , et le grand homme de guerre fait cette réflexion : a Cette circonstance ne parait rien ; cependant c'est ce rien qui est un des indices du génie de la guerre. » Néanmoins il ajoute que celte manœuvre si délicate, exécutée avec tant d'habileté et de prudence, ne saurait être recommandée; que Turenne aurait du se retirer du côté de Saint- Fargeau pour ne revenir en avant qu'après avoir fait sa jonction avec le maréchal d'Hocquincourt. Il appuie sa critique sur ce principe : Les règles de la guerre veulent quune dwision cCune armée éinte de se battre seule contre une armée quia déjà obtenu des succès.
Nous allons hasarder quelques objections à ces observations très-justes en principe, mais qui ne nous paraissent pas s'appliquer avec exactitude aux circonstances qui ont amené le combat de Bléneau. La hardiesse trop grande reprochée au
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maréchal de Turenne, bien que Napoléon reconnaisse quV'lle fut alliée à la prudence^ était indispensahlcy puisqu'il s*agissait, avant tout, d'empêcher le roi d'être enlevé ; il fallait bien nnoins chercher une victoire et surtout perdre un temps précieux à réunir les moyens propres à la remporter, qu'il ne fallait, sur toutes choses, arrêter la marche du prince de Condé; et, dans cette affaire , où il n'y eut ni vainqueur ni vaincu j ce but suprême fut atteint, et Tenlèvement du roi rendu impassible. Si le maréchal de Turenne se fût retiré sur Saint-I'^argeau , il eut laissé découverte la route do (lien, et, pendant que le prince de Condé l'eut fait suivre et observer par un corps de son armée, la supériorité de ses forces pouvant lui permettre de les diviser, avec l'autre, il lui était facile d'enlever (> ion et, quand même le roi et la cour eussent commencé leur fuite projetée vers la Bretagne, do les atteindre et de terminer d'un seul coup la guerre en se rendant maître de la personne du roi. Enfui, si l'événement a prouvé que le maréchal d'Hocquincourt pouvait rallier ses troupes dispersées dans la nuit précédente, il était impossible au maréchal de Turenne de le prévoir et de compter, par conséquent, sur cette heureuse circonstance. Il devait craindre de se replier en pure perte pour chercher l'appui d'un corps d'armée certainement démoralisé. En outre, le maréchal
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de Turenne, qui parle avec tant de modestie, dans ses Mémoires, de sa conduite à Bléneau, qu'il évite même de faire ressortir le grand service qu'il rendit à la cour, y explique « qu'il aima bien mieux marcher droit à M. le Prince, quoique inférieur à lui de deux tiers en troupes, que de l'attendre et de lui donner le temps de défaire entièrement M. le maréchal d'Hocquincourt. »
A notre jugement du moins, cette affaire fut conduite par le maréchal de Turenne aussi habilement qu'elle pouvait l'être. Le maréchal d'Hocquincourt fit à ses dépens les frais de la portion malheureuse pour l'armée royale de la série des combats de Bléneau ; Turenne et Condé y conquirent chacun des lauriers ; mais, en définitive , le but manqué fut pour Condé, qui échoua dans son entreprise, et le succès pour Turenne, qui sauva le roi. Cependant, comme il arrive toujours quand les résultats sont indécis, chacun des deux partis s'attribua la victoire. A ne considérer que les pertes éprouvées, le désavantage fut pour l'armée royale, qui compta six cents morts et autant de prisonniers, tandis que l'armée du prince de Condé ne perdit que six cents hommes, morts ou prisonniers ; elle resta maîtresse, en outre, d'un butin considérable : tous les bagages du corps d'armée du maréchal d'Hocquincourt, son artillerie, et environ trois mille chevaux.
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>!"• de Montpensier était restée à Orléans, Toù les habitants ne songeaient nullement à chasser les gens du duc d'Orléans, et par conséquent la })rincesse elle-même, en dépit des renseignements reçus par le maréchal de Turenne dont on a vu qu'il Faisait part avec satisfaction à Le Tellier dans sa lettre du 27 mars. La princesse attendait avec anxiété dans cette ville les nouvelles de la guerre ; le prince de Condé lui écrivit de sa main le récit succinct des combats de Bléneau * :
« Mademoiselle,
ce Je rerois tant de nouvelles marques de vos bontés, que je n'ai point de paroles pour vous remercier; seulement je vous assurerai qu'il n'v a rien au monde que je ne fisse pour votre service; faites-moi l'honneur d'être persuadée, et de faire ini fondement certain là-dessus. J'eus hier avis (jue l'armée mazarine avoit passé la rivière et s'estoit séparée en plusieurs quartiers. Je résolus à l'heure même de l'aller attaquer dans ses quartiers ; cela me réussit si bien, que je tombai dans leurs premiers quartiers avant qu'ils en eussent eu avis ; j'enlevai trois régiments de dragons d'abord, et après j(» marchai au quartier général d'Hocquin-
^ Mémoires de Mademoiselle de Montpensier,
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court, que j'enlevai aussi. Il y eut un peu de résistance, mais enfin tout fut mis en déroute ; nous les suivîmes trois heures, après lesquelles nous allâmes à M. de Turenne; mais nous le trouvâmes posté si avantageusement, et nos gens si las de la grande traite et si chargés du butin qu'ils avoient fait, que nous ne crûmes pas le devoir attaquer dans un poste si avantageux; cela se passa en coups de canon ; enfin il se retira. Toutes les troupes d'Hocquincojirt ont été en déroute, tout le bagage pris, et le butin va à deux ou trois mille chevaux, quantité de prisonniers, et leurs munitions de guerre. M. de Nemours y a fait. des merveilles et a été blessé d'un coup de pistolet au haut de la hanche, qui n'est pas dangereux; M. de Beaufort y a eu un cheval de tué et y a fort- bien fait; M. de la Rochefoucauld, très-bien; Clinchamp, Tavannes, Yalon, de même, et tous les autres mareschaux de camp ; Mare est blessé d'un coup de canon. Hors cela, nous n'avons pas perdu trente hommes. Je crois que vous serez bien aise de cette nouvelle, et que vous ne doubterez pas que je ne sois. Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur.
<c Louis DE Bourbon. »
« Chàtillon-sur-Loing, ce 8 avril 1652. »
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Dans ce compte rendu , le prince de Condé atténue ses pertes ; il attribue toute rimportance de l'action à son succès remporté sur le maréchal d'Hocquincourt, et n'en reconnaît qu'une trèsminime à l'obstacle qu'il trouva du côté du maréchal de Turenne. Cette marche du vicomte, de même que celle du comte d'Harcourt à Chef- Boutonne * , firent cependant échouer , dans les deux circonstances, le but le plus essentiel que se proposait le prince de Condé, l'enlèvement du jeune roi. Dans cette seconde tentative avortée, ce prince avait du moins la consolation d*avoir cueilli des lauriers, de pouvoir même, à un certain point, se proclamer vainqueur, tandis qu'à Chof-Boutonne , une désastreuse retraite n'avait pu donner lieu à aucune équivoque.
Fendant la bataille, lesdcux beaux-frères, rivaux sur tant de points délicats, que nous avons vus sous les murs d'Orléans donner des preuves si violentes de leurs dissentiments, qui les ont de nouveau manifestés à l'occasion de l'échec du pont de Jargeau , n'eurent entre eux d'autre jalousie que celle de se surpasser en courage. Nous savons que le duc de Beaufort en fut quitte pour un cheval tué sous lui; le duc de Nemours, qui reçut une blessure reconnue ensuite peu grave,
' Voy. 1. 1, p. 361 et suiv.
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I passa au premier moment pour être mortellement [ atteint. La duchesse de Nemours, sa femme *, accourut de Paris pour lui donner ses soins ; la duchesse de Châtillon * l'accompagnait pour aller, disait-elle, veiller à la conservation de sa maison de Châtillon ; mais elle s'arrêta à Montargis, d'où elle trouva qu'elle pouvait suffisamment surveiller ses terres , et tous les soirs , se croyant bien cachée par un voile sous lequel toute l'armée la reconnaissait, elle allait voir le duc de Nemours.
Tant que dura la série des combats de Bléneau, la cour fut dans la consternation et dans l'effroi ; mais, dès que la nouvelle que le maréchal de Turenne avait arrêté la marche du prince de Condé fut parvenue à Gien, de toutes parts éclatèrent des transports d'allégresse. Lorsque Turenne parut devant Anne d'Autriche, cette princesse n'hésita pas à le proclamer le sauveur du roi et de la mo-
* Elisabeth de Vendôme, sœur du duc de Beaufort, fille de César, duc de Vendôme, et de Françoise de Lorraine, duchesse de Mercœur. Il ne faut pas la confondre avec la duchesse de Nemours, sa helle-sœur, qui a laissé des Mémoires, Celle-ci était Marie d'Orléans, née du premier mariage du duc de Longueville , mariée à Henri de Savoie, frère cadet du duc de Nemours. Henri de Savoie, destiné d'abord à l'état ecclésiastique, et pourvu même de l'archevêché de Reims, n'était pas encore engagé dans les ordres sacres lors de la mort tragique de son frère aîné, q^ue nous verrons arriver bientôt. Aussitôt après cet événement, Henri de Savoie, succédant au titre de son frère aîné, résigna ses bénéfices et se maria.
' Vovez sur la duchesse de Châtillon la note de la p. 45.
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iiarchic. Ce grand homme accueillit ces louanges avec sa modestie accoutumée, et comme le maréctial d'Hocquincourt , toujours présomptueuXf même après sa défaite, ue rougissait pas d'en r&jeter la faute sur le maréchal de Turenne, celuici, sans daigner se justifier d'une imputation si ridicule, se contentait de dire : oc Ce pauvre maréchal est si affligé, qu'il doit lui être permis de se plaindre. » Il était difficile de disgracier ce maréchal, qui avait ramené le cardinal Mazarin jusqu'à Poitiers ; il continua à servir quelque temps avec le maréchal de Turenne ; mais une faute nouvelle, qu'il ne tarda pas à commettre à Etampes, fit prétexter la nécessité de sa présence dans son gouve^ nement de Péronne, en raison de l'approche de l'armée espagnole, et il fut obligé de s'y rendre. Il se soumit en murmurant, et ce premier mécontentement fut probablement le germe de ceux qu'il fit éclater plus tard *.
Le récit des combats de Bléneau resterait incomplet, si Ton ne faisait ressortir à quel point le calme et le sang-froid ordinaires de la reine se maintinrent inébranlables durant les perplexités
' Charles de Monchy^ marquis d*Uocquincourt, nommé maréchal de France en i65i^ vice-roi de Catalogne en 1653, finit par aller rejoindre le prince de Condé^ et fut tué, en 1658, dans les rangs espagnols^ à la défense de Dunkerque. Voyez sur ce maréchal, t, î, p. 422 et suiv.
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d'une lutte dont, sans parler de la couronne compromise peut-^tre de son royal fils , le moindre danger pour elle était la perte du gouvernement et l'exil. Étant à sa toilette, elle apercevait des fenêtres du château de Gien, sur les hauteurs voisinesj ceux des fuyards de Tarmée du maréchal d'Hocquincourt qui s'étaient dirigés de ce côté , et pendant qu'autour d'elle on s'écriait que tout était perdu, que l'on préparait ses équipages pour la fuite, elle ne permit pas à ses femmes d'omettre une seule boucle de ses cheveux. Lorsque le dénouement de cette mémorablejournée, si différent de son prélude, eut changé la consternation en allégresse, sa joie ne dépassa pas les bornes de la sérénité,