CHAPITRE XVIII
Embarras de la cour le lendemain du combat du faubourg Saint- Antoine. — Ordre envoyé au vicomte de Montbas. — Lettre inédite du duc d'Elbeuf. ^ Popularité dans Paris du prince de Gondé. — Sentiments contraires qu'il inspire à la magistrature et à la bourgeoisie. — Le prince de Condé veut surmonter ces répulsions en inspirant la crainte. — Son but dépassé. — Assemblée de rHôtel-de-ville du 4 juillet 1632. — Affreux désordres et massacres. — Refus du prince de Condé d*y mettre un terme. — Courageuse conduite de Mademoiselle de Montpensier. — Les princes- convoquent une nouvelle assemblée à l'Hôtel-de-ville. — Le duc d'Orléans proclamé régent et lieutenant-général du royaume.— Le prince de Condé proclamé chef suprême des armées. — Les divers corps de magistrature reconnaissent l'autorité conférée aux princes. — Vote de subsides et de nouvelles levées. — Diverses particularités de levées de troupes liiites au nom de hV^^ de iMontpensier. — Le duc de Beaufort nommé gouverneur de Paris, et le conseiller Broussel prévôt des marchands. — Les princis forment un conseil suprême en imitation du conseil royal.
Le lendemain de la bataille du faubourg Saint- Antoine, une grande stupeur régnait à la cour; l'armée des princes lui avait échappé au moment où, cernée de toutes parts, elle semblait n'avoir plus d'autre alternative que de périr tout entière
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ou de mettre bas les armes. Bien plus, Paris s etant prononcé par une manifestation éclatante, il était à craindre que son retentissement dans les provinces ne donnât à la Fronde des princes une nouvelle vigueur. En outre, les frontières avaient été dégarnies pour former les armées des maréchaux de Turenne et de la Ferté, et nul obstacle n'(»mpéchait l'entrée en France de Tarmée espa* gnole et un retour offensif de celle du duc de I^orraine.
Ces graves préoccupations se trahissent dès le lendemain de la célèbre affaire, par Tordre envoyé au vicomte de Montbas, chef secondaire, mais dévoué , pour couvrir, avec un petit corps de troupes insignifiant , une foule de points aux approches de Paris, qui pouvaient être menacés, tels que Melun , Corbeil, Lagny. Il devait aussi occuper le pont de Charenton, afin de gêner le libre mouvement de Tarmée des princes sur les deux rives de la Seine, et pour l'assurer, par la consé- (|uence contraire, aux troupes du roi. Mais, comme il ne paraissait pas possible qu'il pût disposer de plus de soixante hommes pour le garder, il devait le détruire plutôt que de le laisser tomber aux mains ennemies ^ Quel que fut son intérêt à rester maîtresse de ces ^divers points , la cour n'y vou-
* Vov; à V Appendice la lettre Inrdite du roi au vicomte de Montbas^ en date du 3 juillet i652.
lait pas consacrer de forces plus considérables, parce qu'elle jugeait indispensable de conserver pour sa sûreté le gros de son armée autour d'elle. Cependant, autant par une politique habile que pour plaire à la cour elle-même , les partisans de sa cause s'efforçaient d'envisager la situation sous un favorable aspect. Le duc d'Elbeuf , qu'on avait vu piaffant pour la Fronde , avec ses fils, sur la place Royale, et qui s'était depuis rallié à la cour^ qu'il servait avec non moins de zèle dans son gouvernement de Picardie, nous en apporte un témoignage dans la lettre suivante adressée à le Tellier :
«A Roye, ce 4 juillet 1652.
a Monsieur,
« On nous mande de Paris l'avantage que les troupes du roy ont emporté sur selles des princes, comme leur arrière-garde a esté entièrement défaite, et le reste de leurs troupes partie dans Paris , et partie au bois de Vincennes. Je croy qu'elles ne peuvent guères subsister, se qui me fait croire que nous apprendrons bientost que les prinses et leurs partisans seront bientost réduits à la discrétion du roy, et la rébellion étouffée par toute la Franse. Je suis encore dans les mesmes
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srntinieiis cjut» je vous l'écrivis hier, que les eniieiiîis sachans les affaires en cet estât n'entreprendront point de passer, et que rarméc du roy venant sur sette frontière, ils seront plus test réduits sur la défensive. \'oilà. Monsieur, tout ce que je vous puis mander pour sette fois. Je spis,
a Monsieur,
« Vostre très-humble serviteur,
(c Le duc d*Elbeuf '• »
Le prince de ('onde était cependant mieux sern peut-être j)ar la fortune , que s'il eiit repoussé l'armée royale par une victoire; car, malgré celleci, la ville de Paris, qui gardait des mesures dans son oppositions l'autorité royale, n'aurait certainement pas consenti à ouvrir ses portes à l'armée des j)rinces. L'intérêt majeur pour cette politique de pondération, que leur armée ne fiit pas anéantie, avait produit pour eux lui résultat plus avantageux ([u'un succès militaire. L'équilibre cherché se trouvait même rompu à l'avantage des princes coalisés ; ils devenaient à peu près les maîtres absolus de la situation , si une consécration légale,
^ Lettre inédite, (rime écrituro démesurément longue, en entier de la main du duc d'EIbeuf; Archices du Ministère de la guerre, volume cxxxix.
n'eiit-elle que les apparences, comme Thistoire nous le montre si souvent, n'était nécessaire pour faire accepter tout pouvoir nouveau par l'opinion.
Le prince de Condé avait alors conquis , dans sa première effervescence , la faveur du peuple de Paris , si sensible à la gloire militaire , qui l'avait vu réunir la tactique du général à la valeur du soldat. Par une fâcheuse compensation , ce prince avait contre lui la majorité du parlement, qui le savait ennemi du pouvoir politique de la magistrature, et même ami du pouvoir absolu, à la condition de l'exercer à son profit. Le parlement, en outre, lui reprochait avec trop de raison .son alh'ance avec l'Espagne. Pour surmonter ces graves difficultés, le grand Condé aurait dû rompre d'abord avec l'étranger, rompre ensuite avec le parlement, et chercher dans un appel à la nation elle-même un point d'appui qui lui eut permis de se passer de ces deux forces, Tune anti-nationale et funeste, l'autre usurpatrice et douteuse. Il fallait, en un mot, par un recours net et franc aux États -Généraux, réaliser enfin leur convocation si solennellement promise par la cour elle-même , et fonder avec eux , sous le sceptre du jeune roi, une monarchie libre et tempérée.
Le caractère et la politique du prince de Condé