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CONCLUSION DE LA PÉRIODE DE LA FRONDE

Rôle de saint Vincent-de-Paul pendant la Fronde. — Parallèle entre la Ligue et la Fronde. — La synthèse et l'analyse de la Fronde. — Distinction de quatre Frondes différentes. — • La Fronde du Parlement et de la bourgeoisie. — La Fronde de la noblesse. — La Fronde des Princes. — La Fronde démocratique et républicaine. — Élude comparative de ces •quatre Frondes. — La fausse monnaie historique de la Fronde, — Examen critique des ouvrages publiés sur la Fronde : V Esprit de la Fronde, par Mailly; le Siècle de Louis XIF, par Voltaire ; appréciation de Michelet sur le caractère de la Fronde; l'Histoire de la Fronde, par le comte de Sainte- Aulaire ; VHistoire de France sous le ministère du cai^dinalMazarin, par M. Bazin ; VHistoire de France, par M. de Genoude ; VHistoire de France, par M. Henri Martin ; VHistoire de la République d'Angleterre, par M. Giiizoi ; Madame de Longueville pendant la Fronde, par M. Cousin ; la Misère au temps de la Fronde, par M. Feillet ; VHistoire de France, par M. Dareste; VHistoire du règne de Louis XIV, par M. Gaillardin; le cardinal de Retz et l'affaire du chapeau, par M. Chanlelause. — L'auteur de ces Souvenirs du règne de Louis XIV, a cherché la vérité et non la popularité qui assure à tout écrivain un succès facile. — La Fronde par son échec est devenue la date de la transformation de la monarchie. — Quelles sont les causes de l'avortement du principe fondamental de la Fronde? — Le suicide de la vieille monarchie française. — Le triomphe du pouvoir absolu conduisant à la ruine de la royauté et au triomphe de ^|| démocratie. — Dernières paroles d'un roi de France. — Mltilité des études historiques pour le relèvement delà France.

Nous venons de décrire la Fronde dans ses détails les plus minutieux; il est cependant un grand nom qui n'est pas encore venu sous notre plume, celui de saint Vincent-de-Paul. Le moment est arrivé de parler de cet éminent et saint personnage, car l'histoire ne doit être ni oublieuse, ni ingrate*. Si nous n'en avons rien dit encore, c'est qu'ayant écrit notre ouvrage sur des documents inédits, nous n'avons pas eu l'heureuse chance d'en rencontrer aucun se rapportant à lui, et c'est aussi parce qu'il n'a eu en réalité d'influence ni décisive ni môme importante sur la marche des événements; mais il en a exercé une immense pour fermer les plaies ouvertes par la guerre ; son rôle a été noble et grand, il a été essentiellement réparateur. M. Vincent, comme on l'appelait alors, n'était pas un Frondeur, mais il n'était pas non plus ce qu^on appelait un Mazarin. La politique absolutiste et doucement corruptrice du cardinal n'était pas son idéal; mais, homme de paix avant tout, il aurait voulu réconcilier les partis; seulement il oubliait ou il ignorait peut-être que les partis ne se réconcilient -jamais avant la lutte et qu'il faut nécessairement qu'il y ait un vainqueur et un vaincu et que

* Un savant ecclésiastique, M. Tabbé Artiges, qui a consacré à Tétude de notre ouvrage un travail très étendu publié en une série d'articles, en 1880, dans le Journal le Limousin et le Quercy, avait cru devoir signaler cette lacune qu'il considérait comme un oubli.

la lassitude amène le désarmement. Il essava donc aussi de se poser en négociateur dans un temps où tant d'autres moins dignes et moins autorisés négociaient quelque chose. Les historiens de sa vie nous ont conservé deux lettres, Tune des premiers jours de juillet, l'autre du H septembre 1652, adressées an cardinal Mazarin ; dans la première, il l'entretient de ses idées de pacification basées, d'un côté, sur le rétablissement de Tauforîté du roi ; de l'autre, sur un arrêt de justification à faire ren- <ire en faveur des adversaires du cardinal ; dans la secon(}e, il assure que la ville de Paris réclame à cor et à cris la rentrée de la reine mère et du jeune roi et il présente ce retour comme la solution de toutes les difficultés. Ces deux lettres* démontrent que leur auteur n'était pas un homme de politique terrestre : faire accepter au cardinal Mazarin la justification de ses ennemis par un arrêt constituait une illusion singulière ; quelque abnégation même qu'on pût supposer au cardinal, il ne pouvait pas s'y prêter, puisque l'arrêt d'absolution de ses ennemis €ût renfermé implicitement sa propre condamnation ; quant à la rentrée prématurée du roi dans Paris, après les violences populaires qui l'avaient forcé d'en sortir, et alors que le cardinal Mazarin si abhorré

* Ces lettres ont été publiées dans un ouvrage de M. Tabbé Maynard intitulé : Saint Yincent- de-Paul y sa vie, son temps, ses <2uvreSf son influence.

était encore à ses cAfés, un tel acle eût été d'une dangereuse imprudence. Ces conseils n'apportaient aucune solution ; la Fronde était, d'une part, la lutte entre le pouvoir absolu et ^e pouvoir pondéré ; d'autre part, dan s le principe du pouvoir absolu lui-même,, la lutte entre les deux principales personnalités qui voulaient Texercer, le cardinal Mazarin et le prince de Condé; or saint Vincent-de-Paul proposait simplement de remettre les choses en état telles qu'elles étaient avant la lutte. Sa propre perfection lui faisait illusion à lui-même, il croyait pouvoir inspirer aux autres ce désintéressement des choses du temps pour les choses du ciel qui rendrait tous les gouvernements faciles et toutes les révolutions impossibles.

Les conseils de M. Vincent ne furent pas suivis, aussi avons-nous dit qu'il n'exerça aucune influence sur la marche politique des événements; mais son dévoûment et sa charité furent sans bornes; dans rhomme le saint se révéla tout entier. Ses élans, qu'il savait faire partager, attiraient des ressources que sa foi multipliait pour ainsi dire comme les pains de TÉvangile. Les pays les plus foulés, comme la Picardie et la Champagne, qui avaient à supporter les maux de la guerre étrangère, furent ceux qui attirèrent plus particulièrement ses soins et sa sollicitude; s'il ne se montra point lui-même dans les contrées qui n'eurent à supporter que les

avocat et un boucher, Vilars et Du reteste ; on vit même un prêtre fanatique, nommé Prade, mathématicien et astrologue, vouloir enflammer le peuple en lui disant qu'il avait vu, dans les étoiles, Bordeaux transformé en puissante république.

L'Ormée pillait, brûlait, volait, assassinait, dressait des listes de suspects qu'elle exilait; elle s'établissait en garnisaires dans leurs maisons jusqu'à ce que les approvisionnements réunis en prévision d'un siège eussent été consommés. Non contente des proscriptions en détail, on la vit attaquer à coups de canon le Chapeau -Rouge, quartier de la riche bourgeoisie, et le curé d'une paroisse voisine accourut avec le Saint-Sacrement afin de mettre un terme, en inspirant un auguste respect, à cette moisson que les vivants affolés faisaient pour la mort. L'Ormée, en apparence, travaillait pour le parti des princes par lequel elle était choyée et encouragée, afin de tenir dans l'épouvante le parti des honnêtes gens qui désirait sur toutes choses la fin des troubles et la paix. Au fond, rOrmée voulait la république, et pour lui donner en France une vitalité difficile, elle réclamait la suzeraineté de la République d'Angleterre. Pour répondre à cet appel Cromwell envoya en France des agents de propagande républicaine et protestante porteurs d'un programme de gouvernement qu'il n'y avait plus qu'à proclamer. Enfin la ville de Bordeaux, dominée par cette faction, fit

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partir pour Londres trois ambassadeurs porteurs des propositions les plus anti-patriotiques comprenant la cession à l'Angleterre d* une place de sûreté sur une liste de villes soumise à son choix. Si toutes ces mesures prises trop tard n'eussent été réduites à néant par k capitulation de la ville de Bordeaux, cette Fronde démocratique et républicaine, avec sa botte de Pandore, eût répandu sur la France un déluge de maux.

Cette quatrième sœur, sœur bâtarde des trois autres Frondes, fut le drame joué dans la boue et dans les carrefours I

Les quatre Frondes avaient donc chacune leur but eFsentiellement différent; trois d'entre elles, celle du Parlement, celle des princes, qui au fond n'avait pas d'autre programme que celui de la royauté absolue, et celle de la démocratie, voulaient changer la constitution de la France; celle de la noblesse voulait seule le maintien de son ancienne constitution représentative en l'améliorant.

De ces quatre Frondes deux restèrent nationales, c'est-à-dire pures de toute alliance avec l'étranger, ce furent la Fronde du Parlement de Paris et la Fronde de la noblesse ; deux autres furent entachées de ces alliances anti-patriotiques, ce furent la Fronde des princes et la Fronde démocratique.

Les alliances avec l'étranger recherchées et contractées par la Fronde des princes et par la Fronde démocratique et républicaine nous ont conduit à une

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étude diplomatique faite àTaide des documents euxmêmes, ce gui n'avait pas été tenté encore, cette étude présente un aspect nouveau des événements.

Notre travail prouvera^ nous l'espérons, que la Fronde méritait mieux, comme importance historique, que la façon incomplète ou légère dont elle a été envisagée par les historiens. Trop souvent la poursuite de la popularité et des avantages qui en découlent leur a servi de guide. Aujourd'hui, dans notre état de décadence, inévitable résultat du triomphe de la démocratie, l'on arrive à tout avec un simple crochet de serrurier*, moyen grossier à la portée des nouvelles couches ; mais naguère, moyen plus délicat, il suffisait souvent d'une plume exercée aux artifices de la popularité pour ouvrir les serrures des portes des ministères, des ambassades et des académies.

Notre œuvre de réhabilitation nous impose la nécessité de relever quelques-unes des appréciations hasardées et des erreurs de divers auteurs. Ils ont frappé une sorte de fausse monnaie historique qu'il est important de retirer de la circulation.

Ces observations ne peuvent s'adresser aux auteurs de Mémoires contemporains ; ils n'étaient point placés à une distance suffisante des événements pour pouvoir'les bien apprécier dans un coup d'œil d'en-

* Nous avons écrit ces réflexions, le 8 novembre 1880, sous l'impressiou des événements qui viennent de se passer.

semble. Nous n'avons pas à demander au cardinal de Retz, au duc de la Rochefoucauld, à madame de Motteville, au marquis de Montglat, à mademoiselle de Montpensier, au comte de Tavannes, à Orner Talon, à Guy Joly, au comte de Ghavagnac, au colonel Balthazar, à Lenet, à Daniel de Gosnac et à d'autres encore ce qu'ils ne peuvent pas donner ; mais ils nous fournissent le récit des événements dont ils ont été les témoins avec leurs impressions personnelles. Après eux il appartient aux historiens de classer les faits avec méthode et de faire ressortir quel a été Tesprit moteur des événements.

Avec une témérité que l'on nous reprochera peutêtre, mais qui aura pour excuse notre sincérité, nous croyons pouvoir dire que nul historien n'a rempli complètement ce programme. Lorsque parfois quelques-uns ont entrevu la vérité, ainsi que nous le constaterons, celte vérité leur a apparu surtout comme une lueur importune dont ils se sont empressés de se garantir. Toute thèse exigeant ses preuves, nous allons en fournir en abondance.

Mailly (Jean Baptiste) a fait paraître au siècle dernier l'ouvrage le plus étendu et le plus complet qui ait été jusqu'ici publié ; il lui a donné ce titre : r Esprit de la Fronde^ titre inexact, car si les faits sont généralement exposés avec détails et dans leur ordre chronologique, ce que l'auteur en a le moins dégagé est cet esprit que promet son litre ; son seul

aperçu vrai à cet égard consiste dans sa protestation contre cette réputation de légèreté que Ton a faite si légèrement à la Fronde. Cet ouvrage traite uniquement de la Fronde du Parlement et de la Fronde des princes ; mais les tentatives de la noblesse pour la convocation des États-Généraux, les tentatives démocratiques pour rétablissement de la république, les négociations diplomatiques ne sont pas même mentionnées.

Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV ^ a inséré sur cette époque quelques brillantes pages ; mais Téclat de la broderie dissimule mal la pauvreté de l'étoffe^ on en jugera par cette citation :

« Au milieu de tous ces troubles, la noblesse s'assembla en corps aux Augustins., nomma des syndicsy tint publiquement des séances réglées. On crut que c'était pour réformer la France et pour assembler les États-Généraux, c'était pour un tabouret que la reine avait accordé à madame de Pons; peut-être n'y a-t-il eu jamais une preuve plus sensible de la légèreté d'esprit qu'on reprochait aux Français. »

D'un incident secondaire Voltaire fait Tobjet unique de l'assemblée de la noblesse à Paris ; quant à ses antres assemblées dans les provinces pour élire ses députés et poursuivre avec persévérance son but d'obtenir la convocation des États-Généraux, il nie ce but contre l'évidence même constatée par les documents que nous avons publiés ; est-ce ignorance

OU mauvaise foi ? C'est ainsi que Ton écrit des pamphlets ; mais ce n'est pas ainsi que l'on écrit l'bistoire.

Après avoir étudié la Fronde à cette école, faut-il s'étonner que Micbelet ait cru formuler un jugement profond, tandis qu'il n'a commis qu'une phrase à effet, lorsqu'il a écrit : « La Fronde fut une vive échappée d'écoliers entre deux maîtres sévères. »>

Nous arrivons à un livre tout-à-fait spécial à la Fronde, agréablement écrit, mais défectueux dans l'appréciation du caractère des événements et qui abonde en erreurs que nous nous croyons d'autant plus obligé à redresser que ce livre passe pour avoir quelque autorité en la matière; nous voulons parler de V Histoire de la Fronde par le comte de Sainte- Aulaire.

Cette œuvre parait avoir été écrite moins peutêtre dans un but historique que pour publiquement constater que Tauteur s'était rallié aux idées qui ont préparé et consommé la révolution de 1830, à la suite de laquelle il a exercé d'éminentes fonctions. La bourgeoisie et la magistrature étaient généralement imbues d'injustes préventions et de vieilles jalousies contre le gouvernement de la Restauration, l'auteur pouvant être soupçonné d'avoir un culte tout différent, afin de dissiper les doutes, a voulu brûler des grains d'encens en Thonneur de

la bourgeoisie et de la magistrature d'alors. A l'appui de ce jugement sans prévention et dicté par la lecture même du livre, nous n'avons qu'à citer un passage de la préface qui résume l'esprit de l'ouvrage tout entier :

<« Vous êtes injuste envers l'ancienne France quand vous l'accusez d'indifférence pour les grands principes de Tordre social qui touchent si intimement au bonheur et à la dignité de l'homme. Des esprits éclairés, de généreux courages les avaient compris avant nous et des efforts avaient été tentés dès longtemps par la magistrature et la bourgeoisie pour concilier les franchises nationales et les droits du pouvoir royal *. »

Précisément, pendant la Fronde, la magistrature avait voulu confisquer à son profit les franchises nationales en se substituant aux États-Généraux, et la bourgeoisie avait lâché pied lorsqu'il s'était agi de défendre les institutions représentatives traditionnelles de la France ; toutes les preuves historiques que nous avons accumulées sont là pour l'attester^.

Un tel panégyrique est malheureux.

Une fois sur ce terrain, l'auteur ne s'est plus préoccupé que de soutenir sa thèse et s'est peu embarrassé de présenter les faits, soit avec exactitude, soit dans leur ordre chronologique.

* Histoire de la Fronde; Baudoin, édit. 1827. Préface, p. 5. ■ Voy. tom. I", chap. v et t. UI, chap. xim de ces Souvenirs^

Il dit, par exemple, que le peuple démolit luimême avec empressement lagrosse tour de Bourges^; cette assertion pouvait bien faire dans une galerie de tableaux de Técole prétendue libérale ; la démolition de la Bastille, en 1789, trouvait son pendant dans la démolition populaire de la grosse tour de Bourges, en 1651. Malencontreusement pour Fauteur la vérité historique contredit cet arrangement symétrique. Ce fut un ingénieur qui, par ordre royal, fit sauter la grosse tour de Bourges ; nous avons raconté les accidents causés parcelle explosion '.

L'auteur place la curieuse affaire de Brisach immédiatement après le premier retour en France du cardinal Mazarin qui eut lieu au mois de décembre 1651'; cette affaire ne s'est passée qu'au mois d'août 1652. Le rôle majeur joué par le comte d'Harcourt dans cet épisode n'est pas même indiqué; enfin cette interversion des dates rompt l'enchaînement des faits ^.

C'est sans doute pour flatter davantage le Parlement que l'auteur vante sa courageuse conduite pour former un tiers parti ; or, cette combinaison qui n'exista jamais qu'à l'état de projet, était une

' Voy. tom. in, p. 32 de VBistoire de la Fronde.

* Voy. tom. T% chap. xxviii de ces Souvenirs.

8 Voy. tom. ni, p. m de VHistoire de la Fronde.

♦ Voy. tom. I" de ces Souvenirs, p. 349, la lettre écrite par le comte d'Harcourt au cardinal Mazarin pour le féliciter de son retour, et Fépisode de Brisach, tom. n[. chap. xxv et xxvin.

idée du cardinal de Retz voulant former ce parti avec les Parlements du royaume et le peuple, afin de se placer lui-même entre le cardinal Mazarin et le prince de Gondé, et de les exclure à son profit tous les deux du pouvoir. Le coadjuleur poussait le duc d'Orléans à prendre la tête de cette combinaison dont ce prince conçut tant d'efifroi qu'il n'y voulut jamais consentir, et seul de tout son corps le premier président de Bellièvre fut mis dans la confidence *.

Après de telles erreurs, on peut faire grâce à Fauteur, bien qu'elles ne soient pas exemptes de quelque gravité, de celle d'avoir désigné le duc de la Rochefoucauld, au lieu du marquis de Sillery , comme gouverneur de Damvilliers *.

Le prince de Conti, avant Daniel de Gosnac, avait pour premier gentilhomme de la Ghambre, l'abbé de Sillery, dont le frère, le marquis de Sillery, était gouverneur de Damvilliers, ce prince, par cet intermédiaire, se trouvait maître de cette place.

Enfin, sa Fronde de convention, dont l'esprit véritable est absent, est en outre un corps amputé d'une partie de ses membres :

La grande et intéressante tentative de la consti-

* Voy. les Mémoires du cardinal de Retz; le tom. II, p. U de ces Souvenirs et metlez en regard tom. UT, p. 69 de V Histoire de la Fronde.

* Voy. tom. m, p. 73 de l'Histoire de la Fronde, et tom. VIIl, chap. Lxxii de ces Souvenirs*

tution représentative de la France au moyen de la régularisation des États-Généraux n'est pas étudiée; et, si elle Pavait été, on sent que l'auteur l'aurait rejetée pour donner ses préférences aux prétentions illégales du Parlement. L'assemblée de la noblesse à Paris n'attire son attention qu'en raison de sa rivalité avec le Parlement et de ses protestations sur une question de privilèges de cour. Entre les nombreuses assemblées de la noblesse dans les provinces pour poursuivre le but de la convocation des États -Généraux, une seule, celle du bailliage de Chartres, est mentionnée d'une manière secondaire dans une simple note.

Les événements militaires de la Guyenne sont l'objet du résumé le plus incomplet ; les troubles violents et prolongés auxquels fut en proie la ville de Bordeaux sont réduits à la proportion d'une tempête dans un verre d'eau. Des deux chefs de VOrmée, Dureteste, le second, est seul mentionné, mais avec son nom défiguré, et celui qui tenait le premier rang, l'avocat Vilars, vile créature que l'ambitiou conduisit à toutes les bassesses, semble^ n'avoir jamais existé.

Les négociations diplomatiques au temps de la Fronde qui jettent un jour si intéressant sur nos troubles intérieurs ne sont effleurées que dans une note de quelques lignes, où il n'est question ni de l'Espagne, ni de l'ambassadeur de France en An-

gleterrei ni des députés envoyés à Cromwell par la ville de Bordeaux , mais uniquement des avances faites à Londres par le prince de Gondé. Une telle lacune est d'autant plus surprenante qu'elle vient de la part d*un historien diplomate.

Enfin Thistoire de la Fronde n'est pas achevée; car l'avoir arrêtée au moment de la rentrée du roi à Paris, le 24 octobre 1652, tandis qu'elle ne fut réellement terminée que par la paix de Bordeaux, le 31 juillet 1653, c'est en avoir retranché une période essentielle remplie du plus haut intérêt.

Dans son Histoire de France sous le ministère du cardinal Mazarin^ M. Bazin accumule sur la Fronde les erreurs et les omissions. 11 passe sous un complet silence les événements dont la Guyenne fut le théâtre, et il commet Terreur de dire que le prince de Gondé quitta cette province pour se rendre directement à Paris, tandis qu'il se rendait à Bléneau. II place le combat de Bléneau après le retour de ce prince à Paris et ne le fait pas figurer à ce célèbre combat. Lorsque la flotte anglaise dispersa traîtreusement la flotte de France qui se rendait au secours de Dunkerque, il dit que la première venait d'être deux fois victorieuse des Hollandais, or ce ne fut que plus tard. Après cela, il serait inutile de rechercher l'analyse de l'esprit de la Fronde, et moins encore des diverses Frondes, dans une histoire qui omet tant de faits importants.

M. de Genoude, malgré les développements de VHistoire de France dont il est l'auteur, n'a donné de la Fronde pas même un résumé, mais un récit trougué dans lequel manquent la plupart des événements; nous devons constater cependant que quelques-uns des aperçus qu'il émet indiquent une saine appréciation. Il reconnaît parfaitement que les prétentions politiques du Parlement n'étaient qu'une dangereuse tentative d'usurpation ; que le droit représentatif résidait dans les seuls États-Généraux ; mais que ni la royauté, ni le Parlement ne voulurent se trouver en présence des véritables représentants de la nation. Cette dénégation du vieux droit des Francs lui apparaît avec toutes les conséquences funestes qu'elle devait amener, lorsqu'il dit : « La vieille monarchie avait traversé six siècles et demi avec ses libertés féodales et aristocratiques pour venir tomber aux pieds du trentième iSls d'Hugues Gapet. Combien l'Étal fondé par Louis XIY a-t-il duré ? cent quarante années I ù

Tandis que M. de Genoude, se contentant de quelques considérations générales, n'a point complètement étudié la Fronde dans ses aspirations et dans ses nuances, ou s'est trompé lorsqu'il a essayé de le faire, en disant, par exemple, que le prince de Condé représentait dans la Fronde le parti féodal, parti qui n'y a point figuré puisque la uoblesse s'était placée sur le terrain représentatif et que le

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prince de Condé n'avait d'autre objectif que le pouvoir absolu, M. Henri Martin, dans son Histoire de France^ mérite qu'on lui rende la justice de reconnaître qu'il a émis des considérations plus exactes sur le but que se proposait la noblesse, laquelle, dit-il, ne fit point appel à la féodalité, mais à la monarchie des États-Généraux « offrant part aux deux autres ordres » . On sait combien les vues généreuses de la noblesse furent mal comprises par la bourgeoisie, ce que M. iMartin constate au delà de ce qu'il voudrait peut- être, lorsque la vérité historique l'oblige à raconter ces scènes honteuses de la bourgeoisie de Chartres assaillant en tête de la populace les gentilshommes paisiblement réunis pour rélectiou de leurs députés aux États-Généraux, blessant et massacrant un grand nombre d'entre eux. Par une rare exception parmi les historiens, M. Henri Martin a donc saisi, mais en se gardant d'y insisler, le côté si important et si négligé de la Fronde représentative. 11 s'occupe peu de la Fronde démocratique, mais à l'occasion il le fait avec un faible pour elle que nous signalons dans cette phrase au sujet de YOrmée bordelaise, phrase qu'il emprunte à V Histoire de France de M. Bazin, en se ralliant à son appréciation : (« Il y avait dans sa brutalité un instinct de patriotisme qui reste toujours profondément gravé chez les hommes de la condition la plus grossière et qui lui fait toujours haïr

tout secours étranger. » M. Henri Martin ignorait évidemment, autant que M. Bazin, l'ambassade démocratique et anti-patriotique envoyée à Londres pour solliciter l'alliance de l'Angleterre. Cette ignorance des faits les plus essentiels provient de l'absence de recherches historiques spéciales ; ce défaut d'étude se fait sentir constamment dans son récit de la Fronde.

M . Guizot, dans son Histoire de la république (f Angleterre^ a traité incidemment des événements de la Fronde à l'occasion de ses rapports avec Gromwell; nous avons eu occasion de signaler certaines erreurs et certains anachronismes de son ouvrage, nous n'y reviendrons pas *.

M. Cousin, dans son livre Madame de Longuemlle pendant la Fronde^ nous a donné un tableau galant de cette période historique. Naturellement il grandit le plus possible le rôle de son héroïne, et, tout en écrivant surtout le roman de l'histoire, à côté d'appréciations erronées, il a le mérite de reconnaître certaines vérités méconnues. Par exemple, il n'hésite pas à déclarer que le Parlement ne pouvait suppléer aux États- Généraux, et il assigne à la Fronde son véritable terme, la paix de Bordeaux du 31 juillet 1653; quant aux fausses appréciations, aux erreurs de faits, aux inversions de l'ordre des évè-

* Voy. tom. VII, p. 344 de ces Souvenirs.

nements, elles abondent : il ne reconnaît pas, malgré son énergique persistance à obtenir la convocation des États-Généraux, l'aspiration de la noblesse pour rétablissement régulier d'un gouvernement représentatif, il ne voit dans la Fronde qu'une coalition d'intérêts particuliers ; malgré Tévidence, il prétend que c'était l'aristocratie qui avait fait alliance avec l'étranger, tandis que nul document n'offre même l'apparence d'une entente avec l'étranger de la noblesse qui réclamait la convocation des États-Généraux ; cette entente fut le fait, d'un côté, du prince de Condé, de l'autre, de la démocratie révolutionnaire ; les nombreux documents que nous avons reproduits en fournissent des preuves multipliées. Après avoir emprunté nombre de faits aux Mémoires de Daniel de Gosnac, il dit que celui-ci, qui n'était même pas prêtre encore, était l'aumônier du prince de Conti, tandis qu'on voit à chaque ligne que ses fonctions étaient tout autres ; ailleurs, il assure que le duc de Vendôme commandait lui-même la flotte royale allant au secours de Dunkerque lorsqu'elle fut traîtreusement attaquée par les Anglais. Nous ne pouvons nous étonner qu^il fasse l'éloge de la politique de Gromwell et du cardinal Mazarin. Cette politique était le prélude de notre propre révolution, elle en semait les germes d'une manière bien évidente ; cependant M. Cousin est bien difficile à cet endroit, car il en

veut à l'époque de la Fronde ào. n'avoir pas été une aiitici|iation immi''diate delà Révolulion.

M. Cousin plaçant ses lecteurs an poiul de vue I 'd'une princesse mondaine et li^gère, nous repré- F«ente surtout la Fronde rieuse ; nous allons aborder L<hi Fronde pleureuse avec un écrivain qui l'a décrite IffeD trempant sa plume dans un lacrymatoire.

La misère au temps de la Fronde par M. Feillet est un livre rempli de détails pénibles et intéressants, seulement l'auteur aurait dû rester sur le terrain que lui assigne le litre de son ouvrage. Lorsqu'il en sort pour raconter les faits politiques ou pour les apprécier, une élude insuffisante et la passion démocratique qui oblitère le jugement et détruit l'impartialité se l'ont fréquemment sentir. Il pariiîl ijj'norer qu'avant la révolution il a existé une France glorieuse et respectée.

Pour cet auteur, la Fronde bourgeoise et parlementaire à son origine, a glissé entre les mains de la noblesse qui en a pris la direction. Tous les faits scrupuliMisemeiit relatés dans notre ouvrage démontrent la fausseté de cette appréciation. Si la Fronde avait glissé entre les mains de la noblesse dont le progiamme était la convocation des États- Généraux, son dénouement eût été l'établissement régulier du gouvernement représentatif. Or son dénouement a été tout autre parce que la Fronde a glissé, d'un côté, entre les mains du prince de Condé

et, de l'aiilre, enire les mains de la diîmocratie pour tomber en définilivi: ;iux pieds du cardinal Mazarin. M. Feillet a conTondu la Fronde de la noblesse avec la Fronde des princes, il n'est cependant pas besoin d'une t^tude bien approfondie pour reconnaître à quel point ces deux Frondes différaient l'une de l'aulre.

L'auteur affirme, ses opinions l'obligeaient sans doute à parler contre la vérité, que les hauts personnages étaient seuls fi l'abri des déprédations ; les plaintes contenues dans la letli'e du baron de Courtalin-Moiitmorency et les plaintes générales de la noblesse que nous avons mises au jour établissent le contraire.

L'auteur a fait cette découverte précieu^^e que Fabert avait des sentiments d'biimanité parce qu'il a été le premier maréchal de France plébéien (p. 295). Cette découverte est d'autant plus bienveillante de sa part qu'elle est faite h. propos d'un document dans lequel Fabert figure comme signataire avec plusieurs gentilshommes de grand nom que M. Feillet, sans faire preuve d'une impartialité bien remarquable, pouvait admettre au même bénéfice, ce qu'il se garde bien de faire. Nous insistons sur ce détail, plus important qu'il ne paraît, parce qu'il démontre irréfutablement dans quel esprit écrivent généralement les historiens ^/^i^ié«s si remplis de partialité qu'il est facile de les pren-

dre à tout instant en flagrant délit. Le maréchal plébéien^ dont nous nous garderons bien d'affaiblir le mérite militaire et dont nous avons rehaussé la modestie *, était même quelque peu courtisan ; c'est une découverte que nous avons faite nousmême à propos de ces bouteilles d'eau de Spa expédiées avec tant de précautions au cardinal Ma-

zarin *,

M. Feillet fait au profit des armées modernes une charge à fond contre les armées féodales à propos de ce dicton : « Quand l'enseigne chevauche elle ne doit rien payer sur les champs. » Il était évidemment persuadé que les armées modernes ne se permettent d'occuper un champ de bataille que la bourse à la main.

Il trouve^ comme tel autre historien que nous avons cité, que la fable de la démolition par le peuple de la grosse tour de Bourges fait bien dans son tableau, et il la transforme en histoire. Pardonnons-lui après cela d'avoir fait un maréchal de France du comte d'Harcourt (p. 339): il aurait pu savoir que le comte d'Harcourt, en sa qualité de prince de la maison de Lorraine, trouvait cette dignité au-dessous de lui et briguait celle de maréchal-général. Pardonnons-lui encore d'avoir fait un duc du comte du Dognon quand il fut créé

* Voy. tom. VI, pp. 102 etsuiv.

* Voy. lom. VII, chap. xlv.

maréchal de France (p. 484) ; il aurait pu hésiter d'autant plus à lui donner ce titre qu'il aurait dû savoir que la Cour, loin de vouloir combler d'honneurs le comte du Dognon, ne lui avait accordé qu'à contre-cœur le bâton dont la reine voulait lui donner sur les oreilles. Notre indulgence ne serait pas complète si elle ne s'étendait encore à certaines façons de son style quand il parle des désastres de la ville de Langon dont M. de Galapian^ fut l'auteur, le nommé Galapian, comme dit M. Feiiiet dans un langage démocratique tout à fait irréprochable.

Après les émotions pleureuses et passionnées du livre de M. Feillet les chapitres consacrés à la Fronde dans V Histoire de France de M. Dareste viennent glacer tous sanglots ; cet historien s'est contenté de voir par les yeux des autres, il a fait son livre avec des livres^ en sorte que toutes ses impressions répercutées sont singulièrement amorties. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner qu'il ait généralement adopté les erreurs émises par la majorité des historiens et qu'il lui manque le sentiment bien net de l'essence du gouvernement représentatif. Il trouve que si le Parlement eût fait triompher ses prétentions politiques, la France aurait re-

* Les Brachet, seigneurs de Galapian, étaient alliés à la mai* son de^Rochechouart. Voy. YHistoire généalogique du P. An* seltne.

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cueilli L'avantage de posséder un r^ime de lévite, comme si une usurpation pouvait jamais constituer laJégalitérI Naturellement la Fronde se termine pour cet Jbiàtorieu; avec la rentrée da noi à Paris; il est d'autant moins frappé des événements importants qui se découlèrent après cette rentrée qu'il parait; se.douter à peine.de l'importance. de i>eaucoup d'autres qui s'étaient passés avant.. Ainsi il ne fait aor cune. mention sérieu&e des sièges si intéressants da Montrond et de Bellegarde, sa bornant à dire que. ces ciiadelLeft durent ouvrir leucs portes ; les longues et curieuses péripéties de la guérite de Guyenne obtiennent quelques lignes à peine : l'importance de la Fronde démocratique n'est pas saisie,. la. Fnonde diplomatiq^ est complàt^ement ignoj'ée. Cependant nous trouvons, dans ce livrtO un trait da vérité qui le rend supérieur à bien d'autres, quand l'auteur reconnatt que le corps de la noblesse resta, étranger aux mobiles égoïstes qui jetèrent certains grands seigneurs dans le mouvement, qu'elle resta, généralement fidèle au roi et n'agit, comme corps: que pour demander la réforme et la. convocation des États-Généraux. C'est un fait qujl constate du moinsymait iln'en. tire aucune des.déductions qui auraient dû se présenter à son esprit, sans doute parce que le prétoire judiciaire du Parlement transflwé an chambre politique lui est apparu comme meilleure dès solutions.

SOUVENIRS DU RËONE DE LOUIS XTV. S29

M. Oaillardin, dans son Histoire du règne rie Louis XIV, a cra, à l'exemple de M. Dareste^le grand épisode de }a Fronde assez riche en documents publiés pour pouvoir se dispenser de redierches nouvelles ou simplement même d'une étude spéciale e( il s'est borné à suivre les errements de ses devanciers, adoptant les erreurs en cours et parfois y ajoutant les siennes. Gomme la plupart de ces historiens, il assigne le terme de la Fronde à la rentrée du roi à Paris ; après cette date, il ne Toit plus que la lutte de quelques partis dispersés s'appuyant sur Talliance de TEspagne. Il a ignoré les négociations si importantes suivies avec l'Angleterre par le gouvernement royal et par l'insurrection démocratique bordelaise ; quant à oe(tes suivies avec la même puissance par le prince de tCondé, quelque lueur lui en est parvenue, mai&si indécise qu'elle }ui procure l'occasion d'émettre un singulier anachronisme dans la phrase que nous allons citer :

« La république d'Angleterre avec qui le prince de Gondé n'était pas en vain accusé de négocier, leur (aux Espagnole) venait en aide en capturant >une flotte française. »

L'auteur place ce fait après la paix de Bordeaux du 30 juillet 1653 qui a terminé la Fronde ; or nous savons que celte flotte se rendait au secours de Duukerque et que sa capture partielle à ia

suite d'une traîtresse attaque sans déclaration de guerre, avait eu lieu au mois de septembre 1652. A roccasion de son intéressante publication le Cardinal de Retz et F affaire de chapeau^ M. Chantelauze a consacré un volume à l'histoire de la Fronde. Un peu trop absorbé par son héros, il a vu la fin de la Fronde coïncidant avec Tarrestation du cardinal, le 19 décembre 1652. Généralement les historiens ont prétendu voir la fin de celte période de troubles politiques coïncidant avec la rentrée du roi à Paris, le 24 octobre 1652. M. Chantelauze n'a pas voulu tomber dans leur erreur, il a préféré en commettre une autre. Plusieurs volumes de notre ouvrage remplis de faits irrécusables établissent suffisamment que si la rentrée du roi à Paris et Tarrestalion du cardinal de Retz ont fait faire un grand pas vers le dénouement, ni Tun ni l'autre de ces événements n'ont cependant terminé la Fronde dont la paix de Bordeaux^ du 31 juillet 1653, a seule marqué la fin. Si la captivité du cardinal de Retz débarrassait le cardinal Mazarin d'un concurrent au ministère et affaiblissait la Fronde d'un côté, de l'autre, cet incident la fortifiait en délivrant le prince de Condé d'un dangereux rival d'influence. Enfin l'auteur n'a pas recherché la cause, inhérente pourtant à la personnalité du cardinal de Retz*,

* Nous avons fait connaître cette cause, tom. IV, pp. 200 et suiv. de ces Souvenirs.

qui avait retardé la rentrée à Paris du cardinal Mazarin, alors que nul obstacle matériel ne pouvait empêcher son retour.

L'auteur s'imagine que le Parlement, au lieu de prétentions, avait des droits politiques* ; cette citation rétablit :

« Jamais la reine, nourrie dans les traditions absolutistes de ses aïeux, et son ministre, tout imbu des maximes autoritaires de la cour de Rome, ne purent s'imaginer que le Parlement français fut en possession de privilèges qui pussent être en contradiction avec Tautorité royale (p. 64). ^)

Cette concession gracieuse faite au Parlement de tous les droits des États-Généraux, seuls représentants légitimes de la nation , ne permet plus de s'étonner que l'auteur s'occupe si peu de la tendance de la Fronde la plus rationnelle et la plus curieuse à étudier, sa tendance au gouvernement représentatif, et qu'il lui suffise d'une demie page consacrée aux assemblées de la noblesse (p. 210).

Terminons nos observations sur ce livre en relevant cette erreur matérielle d'après laquelle la ville de Blaye, que le duc de Saint-Simon conserva toujours sous l'autorité du roi, aurait été occupée par les Espagnols (p. 339). Cette confusion avec la

^ Nous avons réfuté ces prétentions à bien des reprises dans cet ouvrage.

ville de Bourg remise aux Espagnols comme place de sûreté par la Fronde bordelaise, est d'autant surprenante que le siège et la prise de Bour^ .par Tarmée royale sur les Espagnols a été J'un des faits militaires les plus marquants de la guerne de Guyenne*.

Après ces observations sur les diverses histoires de la Fronde nous n'avons pas la présomption .de croira jqpi'on ne pourra adresser aucune critiquera notre (jeuvre ; nous acceptons d'avance toutes celles qui seraient fondées, malgré nos soins, sur des jerreurs commises soit dans le récit des faits, soit dans leur ordre chronologique. 11 est par exemple une critique qu'il nous est facile de prévoir : nous avons méconnu l'esprit démocratique des temps modernes. Précisément nous nous honorons de l'avoir fait, car nous avons écrit cet ouvrage pour la vérité et non pour ia popularité «qui nous eût été facile d'obtenir si nous avions fait tourner nos longues et patientes recherches au profit d'une thèse qui eût consisté à flatter les passions de notre époque ^. Entre un homme politique et

* Voy. tom. VII, chap. liv.

' Maire élu et réélu d*une commune rurale de plus de dix* huit cents habitants, celle de Salon-la -Tour, département de la Gorrèze, nous pouvons constater avec Tautorité de l'expérience que nos idées ne sont pas incompatibles avec celles du peifple lui-rmôme, et. qu'elles inspirent pour ia protecUan'et la défense de ses vrais intérêts plus de dévouement à .ceux

jin historien il exisie des distinctions essentielles qu'on ne devrait jamais perdre de vue et que nous sommes bien aise de mettre en lumière : le premier est obligé de tenir compte de ceriains faits ou de certaines opinions du moment ; le second doit, avec une exactitude scrupuleuse dans son récit, dégager les principes sans faiblir; il travaille sur la matière inerte du passé, il n'a aucune sensibilité à ménager. L'homme politique, lorsqu'il n'est pasiun ambitieux sans conscience, ne doit toutes fois composer avec le présent qu'en se proposant le but d'as surer le succès des principes dans l'avenir, len y apportant toutes les considérations nécessaires de prudence et de temps. Le rôle de l'bist&rien est donc, en narrant les faits du passé, trésors d'expérience paur qui les étudie, d'allumer le fanal sur lequel l'homme politique doit diriger le navire*

La Fronde a marqué la phase décisive de notire . tiransformation politique ; pour être féconde, elle animait dû être uniquement une manifestation représentative, au lieu d'être surtout une manifestation par les amnes. Son ^principe fondamental était une protestation contre le système du pouvoir absolu qui commençait à s'introduire, son échec a marqué le triomphe définitif de ce pouvoir et par suite Tavène-

qui les partagent, nous en connaissons de nombreux exemples^ que n'en inspirent les idées démocratiques et égoïstes^de ceux quiien font une exploitation fructueuse, afin de parvenir.

ment de la démocratie. La royauté s'est appuyée sur cette dernière pour détruire plus sûrement l'influence de la noblesse ; elle trouvait dans la bourgeoisie un auxiliaire envieux tout disposé à se courber sous le pouvoir royal jusqu'à ce que l'œuvre fût accomplie, puis Tingrate, comme il eût été facile de le prévoir, s'est tournée contre la monarchie et Ta renversée. Telle est en quelques lignes toute l'histoire de la révolution.

En saisissant avec tant d'empressement l'arme dangereuse du pouvoir absolu, la vieille monarchie françai.se s'est suicidée. A l'époque de la Fronde, au lieu de se soustraire à la convocation des États- Généraux, elle devait prendre la tête de ce mouvement et régulariser sur une base aristocratique, avec une large et légitime place faite au Tiers-État, la représentation nationale. Nous insistons sur ce mot base aristocratique, parce que l'histoire de tous les temps et de tous les peuples démontre que les gouvernements h base démocratique n'ont jamais assuré le bonheur, la sécurité, la grandeur des nations. Nous ne prétendons pas que l'aristocratie soit faite pour se renfermer dans la vanité ou dans d'égoïstes jouissances ; elle est faite, comme la royauté, pour jouer un rôle social utile dans llntérêt du peuple lui-môme ; elle ne doit pas être un corps fermé, mais un corps accessible dans de certaines conditions déterminées, ainsi que nous

TavoDS exposé plus particulièrement tome III, chap. xxm de cet ouvrage. Enfin l'inégalité constituée en sa faveur ne devant avoir d*autre but que l'intérêt politique, doit se renfermer dans la sphère politique et ne point porter atteinte à l'égalité devant la loi en matière civile ou criminelle ; nous ajouterons même que si en matière criminelle il devait être porté atteinte à l'égalité, ce devrait être en sens inverse en raison des obligations plus grandes qui incombent à une aristocratie politique.

Nous avons particulièrement retracé, tome P% chapitre iv et tome III, chapitre xxiii, quelle devait être la transformation de la noblesse féodale en noblesse parlementaire pour n'avoir pas à y revenir.

L'heure de la décadence d'un peuple a sonné lorsque la démocratie triomphante escalade le pouvoir et s'installe dans tous les postes de l'État ; nul besoin pour les nouveaux occupants d'aptitude aux fonctions envahies ; la médiocrité, l'insuffisance, Tincapacité, deviennent des titres d'autant moins incontestés que les masses en sont amplement pourvues. La démocratie pour se mieux cantonner sans concurrence dans ses postes avantageux, a même soin, presque toujours, d'établir des gouvernements assez peu considérés pour que les honnêtes gens ne soient pas tentés de les servir.

236 SOUVENIRS DU RÈ6NB DE LOUIS HIY.

Pour réussir dans Tentreprise de rétablissemeat de la monarchie absolue, la royauté, :à partir ide la chute de la Fronde, se fit hardiment la «confinuatrice de Tœuvre du cardiiml de Richelieu ; avec le cardinal Mazarin triomphant et plus puissant que jamais, ^le n'héslla plus à saper la base des "vieilles iinstitutîons de la France. Louis XfV élevé ii 'eette école, lorsque bientôt/ il gouvernera ^par lui -inème, enveloppera dans une prei?ci*iption commune les États provinciaux et tes franchises «municipales, >ce puissant dérivatif qui détourne 4a bourgeoisie des questions politiques généralement au-dessus de sa sphère et de sa portée, pour diriger son activité féconde sur les questions d'intérêt local qui sont de sa compétence. Triomphe fatal ! Cet auto-da->fé a éclairé de grandes choses, un règne brillant 'et glorieux, il y contribua même en consumant en mcvns d'un siècle les matériaux accumulés par onze «siècles de monarchie ; mais de tout cet éclat il n-e»t resté que des cendres et un -brasier qui fume encore. Le gouvernement absoln e^t eommoëe et facile (pendant un temps, tant quela démœrafie n'a pas conscience de sa puissan^cc; mais, lorsque la démocratie a acquis cette connaissance de la force brutale et inintelligente du nombre, "BÎDsi QuUl arrive toujours, le pouvoir absolu n^a pHus d'intermédiaires organisés, plus d'institiltions, puisqu'il les a détruites comme gênantes, entre %ii

SQUVENIR» DU RfifîNE DE LOUIS XIV. 237

et cette démocratie ;. alors, désanmé, il siiccombe. La Dioiiarchiey par SQn amèilion de dominer sans contrôle*, se lÀ*ouYe ainsii an^oir travaillé au triomphe^ de la démocratie d'unej manière plus sûre que n/aiirait pu faines la démocratie elle-même travaillant pour son propre compte, puisqu'elle a mis à son service toutes les forces gouveniementales.^ qui lui eussent manqué.

Combien peu les enseignements de Thisloire servent aux monarques et aux nations. Louis XIU et Louis XIV ont- ils jamais médité ces réflexions d'uu de leurs prédécesseurs à son lit de mort, de Charles V, auquel ses luttes contre la démocratie de son temps les avait certainement inspirées, ou bien serait-ce parce qu'ils les avaient méditées que, par découragement, ils se* sont préoccupés si peu du découronnement de leurs successeurs :

« Ah I précieuse couronne de France, dit-il, et à cette heure si impuissante et si humble : précieuse par le mystère de justice renfermé en toi ; mais vile, plus vile que toutes choses à cause du fardeau, du travail, des angoisses, des tourments, des peines de cœur, de corps et d'âme, et des périls de conscience que tu donnes à ceux qui te portent. Ah ! s'ils pouvaient d'avance les savoir, ils te laisseraient plutôt tomber dans la boue que de te placer sur leur tête*. »

^ Histoire des ducs de Bourgogne^ par le baron de Barante.

Nous ne voulons point terminer ce long travail sur la Fronde en nous arrêtant sur des pensées si sombres; Tétude de l'histoire actuellement plus approfondie qu'elle ne fût jamais nous ramènera à connaître et à apprécier les principes tutélaires de monarchie héréditaire, de hiérarchie héréditaire^ mais accessible, et de liberté sage sur lesquels se fondent les gouvernements stables.

FIN DU TOME VIIl ET DERNIER DE L\ PREMIËKE SÉRIE.

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