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CHAPITRE LXX

L'ère des négociations. — Suite de la rivalité des ducs de Vendôme et de Candale. — Deux députations envoyées, Tune au duc de Candale, Tautre au duc de Vendôme. «- Le chevalier de Mun apporte au prince de Conti une lettre du duc de Candale. — Lettre du duc de Vendôme à la bourgeoisie, du 23 juillet. — Les aventures de Butin, porteur de celte lettre. — Manifestations de la bourgeoisie à rassemblée de la Bourse. — Lettre du duc de Candale au cardinal Mazarin, du 23 juillet. — Désir de Lenet au sujet de Tinitiative de la paix par le prince de Condé. — Projet inconsidéré du prince de Conti de s'échapper secrètement de Bordeaux avec les princesses. — Daniel de Cosnac découvre ce projet et le lui fait abandonner. — Il est en but à de vives attaques comme promoteur des événements. — Gourville, de retour de sa mission, fait connaître les excellentes dispositions du duc de Candale. — Arrivée de la flotte espagnole à. l'embouchure de la Gironde. — Leltre inédite du duc de Saint-Simon au comte de Servien, du 24 juillet. — Il ambitionne le gouvernement de la ville de Bordeaux, et, à son défaut, celui de la ville de Bourg. — Le tardif secours de l'Espagne est impuissant à ranimer dans Bordeaux le parti de la guerre. — Lenet et Marsin, dans l'intérêt de leur sûreté, présentent leur justification à l'assemblée de la Bourse. — Conseil de guerre à bord du vaisseau amiral du duc de Vendôme. — Le P. Itier conduit au duc de Vendôme. — Articles préliminaires du traité de paix signés par le duc de Candale, rapportés par Gourville. — Texte de ces articles, du 24 juillet. — Ces articles sont remis entre les mains de Daniel de Cosnac. — Le duc de Candale se résout à aller trouver luimême le duc de Vendôme pour lui faire approuver ces ar-

ticles. — Autres propositions préliminaires apportées au duc de Vendôme par une députaiion de la bourgeoisie. — Texte de ces propositions. — Le duc de Vendôme fait le plus mauvais accueil à ces propositions. — Les membres de la députation appartenant à la bourgeoisie désavouent ces propositions. — Lettre du duc de Vendôme au cardinal Mazarin, du 24 juillet.

Après de si longues péripéties de sièges, de combats et de troubles, nous sommes arrivés à Tère des négociations qui devait enfin apporter un terme à tous ces maux. Elle ne fut pas exempte de quelques complications. La jalousie qui, malgré de cordiales apparences, n'avait pas cessé de régner entre les ducs de Vendôme et de Caudale, se réveilla plus vive à l'occasion des préliminaires d'un traité de paix dont chacun d'eux aurait voulu se réserver l'exclusif honneur. Celui de ces deux généraux en chef qui y avait certainement le plus de droit, était le duc de Candale. L'entente secrète qui s'était établie entre lui et le prince de Conti avait été la source d'où découlait le courant pacifique et fécond qui allait renouveler la face des choses. Aussi optait à lui d'abord que les habitants de Bordeaux, de même que le prince de Conti, avaient songé à adresser leurs députés. Le duc de Vendôme ne manqua pas d'en être froissé, et comme la Cour lui avait envoyé pour traiter des

pouvoirs semblables à ceux qu'elle avait adressés au duc de Candale, si Ton avait su mettre à profit leur rivalité, ainsi que le fait observer Daniel de Cosnac dans ses Mémoires^ les princes et princesses, de même que la ville de Bordeaux, auraient pu obtenir de leur concurrence des conditions bien plus avantageuses que celles qui furent stipulées. La précipitation d'en finir n'y fit pas même songer.

Pendant que la dépufalion officiellement nommée par l'assemblée de la Bourse se rendait à Bègle, le 22 juillet, auprès du duc de Caudale, une autre députation se forma spontanément pour aller trouver à Lormont le duc de Vendôme; elle était composée de trente ou quarante jeunes gens des meilleures familles, ceux-là même qui s'étaient mis à la tête des récentes manifestations. Cette démarche sans mandat était le résultat de l'élan indiscipliné de leur ardeur. Ces jeunes gens se présentèrent au duc de Vendôme la cocarde blanche au chapeau et ils furent admirablement accueillis, le duc se rendit avec empressement à leur demande de ramener avec eux à Bordeaux le P. Berthod et M. de Boucaud, pour qu'ils pussent juger de l'état des esprits.

Cette députation de la jeunesse fut cause que la députation choisie pour aller trouver le duc de Candale, dans le but de ménager la susceptibilité du duc de Vendôme, détacha deux de ses membres,

MM. de Bacalan et Ferrand, pour se rendre auprès de ce général qui se trouva ainsi placé sur le même pied apparent que le duc de Caudale pour les né-* gocialions qui allaient s'ouvrir.

Lorsque les députés qui étaient allés trouver les deux généraux en chef furent de retour et qu'ils eurent fait le récit des bonnes dispositions qu'ils avaient rencontrées, la bourgeoisie adressa séparé^ ment aux ducs de Vendôme et de Caudale, au nom delà ville, une lettre de protestations de fidélité au roi signée par Dubourgdieu, jurât' commis à cet efifet *.

Les députés furent suivis de près dans Bordeaux par le chevalier de Mun, capitaine des gardes du duc de Caudale, porteur d'une lettre de congratulation pour le prince de Conti.

Le lendemain, 23 juillet, le duc de Vendôme craignant que les négociations de la paix ne vinssent à lui échapper si elles étaient conduites seulement avec le prince de Conti, envoya à Bordeaux Butin, son secrétaire, chargé de présenter de simples civilités aux princes et aux princesses, mats porteur d'une lettre qu'il devait remettre à la bourgeoisie assemblée à la Bourse. Dans cette lettre il s'appliquait surtout à dissiper la croyance de toute mésintelligence entre lui et le duc de

* Voy. la Gazette, vm.

Candale, parce .'qu'il savait que la connaissance de ce fait était cause que Ton préférait traiter avec le duc de Candale qui passait pour avoir des dispositions plus favorables. Voici la teneur de celte missive :

A Messieurs les jurais^ bourgeois et habitants de la ville de Bourdeavx.

Messieurs,

« Messieurs, j'ai avis que quelques esprits mal afiTectionnez au service du roi et qui ne souhaitent pas prendre repos, essayent par leurs mauvais discours de persuader qu'il y a de la mésintelligence entre M. le duc de Candale et moy. Sur cela je suis bien aise de vous dire que la correspondance et l'union qu'il y a entre nous sont si parfaites que je ne feray rien sur le sujet de ce qui m'a esté proposé de vostre part par M. de Bacalan, votre député, que conjointement et de concert avec Muiie^idue de Candale. Nous avons l'un et l'autre iësmn)«siBSSiipqumrs;^j mais aussy ne se peut- A ileA lisiflŒD'iqiliaTeb të'u$) deilk)I easemble. Gela afUiis BerdQ ei»oiieoî|)Itti ^aidi^dlièi^eifieBiaie]»Siiqiiit |faar6i^e>'isieai: 'BqtèBi,f^sécl*étditier'. âeujobjqpomtiiaQtiÂei abenksi^ aAqtelinie loémettanti^iD Istleiiotoi reile)JqQBi TOUS assurer qu'en toutes occasions vous m'esprouverez sincèrement, . ,i\o£ .0 i>[ .707 »

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SOUVENIRS DU RÉGNE DE LOUIS XIV. Zffi

« Messieurs, votre très humble servileufÇ 'o/uoil

« César de Vandosm^IU ?iiKiâh

aiiyi] g'j! lUi

« Lormont, ce 23 juillet (!}. .. ,i«iii[>iino hnv^

Bulin en desceadant du baleau quij'avait mnèoé,

, , . , . , , \^lh , WU9(fI9119ïO

de Lormont se présenta à la pona de Chartreux pour entrer dans Bordeaux. Il Irouya, dans, -une maison voisine M. de Bacalan gui se disppsait à se rendre une seconde fois auprès, au, duc dti Vendôme accompagne de cent cinquante jeunes gens,les plus distingués de la vilje. Après qu'ils eyient cpaféré quelques instants; ''ils se 'qùa(erènt''|)Our se ■ rendre chacun où leui- mission, les appelait. Butin, fil sonner le Iroirfpelle du'duc de Vendôme qui raccompagn^t,)ortjMiiiiliiige£P'i»e(t>léipJ*Mfs"'cfe'flii"' Bourse aux cv^jkVj^Vn^^Mf^^^ Vendôme I.(}ji,Ia paij;il..f^téB'paD|Ujie<ptflitaiûa'de^' jeunes geaB^a^Hii B'étàiMit'Sép/ié§,'-'lid;',Êd^^^'^'dS'J M. deBàcalàil" ePpâr'Wus^Tjç^fft^^t^igyi^^TeeTOa contrèrent sur son passnge. Comme la distââiéffà^ parcourir était ,Jfiiiigue^claa'B9UiseKéliwb'*idtoôe sur la place du PalàîS;"'-^^"i3tf ^^tfaî'^efdelâ^ belle porte gothique du Palais ou du Calhau, qui existe encore ", Butin ;âmi^'Sg(*S^'lh!&i^m'g'f^^^

dans la Galette. ,(ii>aiiim ai.u Toq iy».lijnià'i si 'iitoq ^^'nios décoraient la porte d'entrée, portant JSdlUBeaidedQsatfliulQA^

Z6 80UV£xMRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV.

trouver assemblée la bourgeoisie qui s^était séparée depuis une demi-heure^ et qui ne devait revenir que sur les trois heures, après avoir dîné. Les jeunes gens conduisirent Butin chez Rodorel, l'un d'entre eux, qui s'était le plus signalé dans les derniers événements, chez lequel on lui fit faire grande chère ; ensuite Butin, pour utiliser le temps qui lui restait avant la réunion de l'assemblée, alla présenter les compliments du duc de Vendôme à la princesse de Gondé chez laquelle il fut introduit par madame de Tourville, puis au duc d'Enghien auquel le présenta le comte d'Auleuil, enfin lorsqu'il se rendait cliez le prince de Gonti, il le rencontra sur son chemin et lui présenta de la part du duc

latine à la Piélé et à la Justice. Au milieu, sous l'écusson royal, une autre inscription rappelait les noms des trois consuls de Is^. Bourse (un juge et deux conseillers) Jean Riniac, Pierre Sauvage et Jean Duprat, qui avaient présidé à la construction de Tédifice faite aux frais des marchands de Bordeaux. Deux inscriptions à droite et à gauche de ce joli petit monument de la seconde renaissance portaient, à droite : i

Ton Dieu surtout aime d'amour extrême, Et ton prochain ainsi comme toi-même.

à gauche :

Au magistrat rends humble obéissance; Il a de Dieu cest honneur et puissance.

Le vandalisme moderne a rasé cet édifice dans ces dernières années pour le remplacer par une maison.

Voy. Les anciens voyageurs à Bordeaux, par M. le baron de Verneilh. Bordeaux, 1879.

de Vendôme les compliments dont il était chargé. Ce prince répondit d*un ton fort aigre en ajoutant que les affaires n'étaient pas assez avancées encore pour que l'on pût pénétrer ainsi dans Bordeaux sans passe-port. Le comte de Marsin, qui accompagnait le prince de Conti, renchérit sur ses propos. Butin surpris et fort embarrassé répondit que le duc de Vendôme avait cru pouvoir l'envoyer sans passe-port parce qu'il n'était porteur que de simples compliments. Le prince de Conti voulait bien se contenter de ces raisons, lorsque Marsin, moins accommodant, déclara qu'il fallait faire accompagner Butin d'une personne chargée de l'observer et le mettre dans un carrosse, qui le conduirait sur le port pour l'embarquer, ainsi que Ton avait fait la veille pour le chevalier de Mun. Si les choses se fussent passées ainsi. Butin remportait la lettre du duc de Vendôme sans avoir pu la communiquer à la bourgeoisie et sa mission était manquée. Heureusement Butin, sans perdre sa présence d'esprit, fit signe à un homme qu'il avait amené avec lui d'aller prévenir à la Bourse de ce qui se passait, puis, pourgagner du temps, avant de monter dans le carrosse qu'on avait fait avancer, il engagea une longue conversation avec le comte d'Auteuil sur des sujets indifférents. Marsin fort impatienté obligea au bout d'une demi-heure Butin à monter dans le carrosse avec deux surveillants, et le carrosse roula vers le port. Il avait atteint déjà le

bas de la rue du Chapeau-Rouge lorsqu'il fut arrêté ^ar un altroupenient d'environ trois cents personnes dont une centaine avaient des épées nues à la main. On fit descendre Butin du carrosse en lui disant qu'on Taltendait à la Bourse. Ses deux acolytes prirent la fuite, et toute cette troupe lui fit escorte, grossie bientôt d'une foule énorme qui le conduisait comme en triomphe aux cris de vive le Roi ! Ces cris redoublèrent sur la place de la Bourse. Lorsque Butin fut monté dans la grande salle où près de deux mille personnes étaient assemblées, le chevalier de Thodias, premier jurât, tout dévoué au prince de Condé, s'écria : « Prenons garde, Messieurs, cet homme est venu peut-être pour nous trahir et nous faire mettre la corde au col. » Butin prolesta que c'était bien mal interprêter les intentions du duc de Vendôme qui étaient de procurer aux habitants la paix et le repos ; ensuite il remit la lettre dont il était porteur. L'assemblée transportée exigea que Butin rendît compte de la réception qu'il avait reçue chez les princes et les princesses. Le prince de Conti averti arriva en toute diligence accompagné des comtes de Maure et de Marsin ; mais les cris de : fore Marsin I se firent entendre ; et ceux mille fois répétés de Vive le Roi et Son Altesse de Vendôme ! terminèrent la séance. On obligea même le chevalier de Thodias à délivrer un passeport à Butin que son escorte de trois cents jeu-

nés gens ramena sur le port où il s'embarqua *.

L*accueil désobligeant et hostile fait à l'envoyé du duc de Vendôme par Lenet, Marsin et les principaux chefs du parti contraints à la paix malgré eux, n'a rien qui puisse surprendre ; mais ce même accueil de la part du prince de Conti s'explique par la crainte qu'il ressentit que les bons effets de son entente avec le duc de Caudale ne reçussent quelque atteinte par la malencontreuse intervention du duc de Vendôme.

Cette immixtion dans les négociations de la paix delà part du duc de Vendôme fit éprouver au duc de Caudale un profond déplaisir. La lettre qu'il écrivit au cardinal Mazarin, témoignage de sa vive jalousie , prouve à quel point Daniel de Cosnac avait jugé la situation avec sagacité, lorsqu'il parle dans ses Mémoires de tout le parti qu'il eût été possible de tirer, dans l'intérêt du prince de Conti, delà rivalité des deux généraux en chef des armées royales, si l'on avait eu seulement la patience nécessaire. Les deux généraux en chef ont soin de déclarer dans les lettres qu'ils écrivent que leur bonne intelligence est parfaite et qu'ils ne feront rien l'un sans l'autre ; mais, en réalité, chacun d'eux tenait à attirer à lui les négociations de la paix.

Dans la lettre adressée par le duc de Caudale au

* Voy. à VA^p^endice la relation inédile de la mission de Butin à Bordeaux.

cardinal Mazarin, il est à remarquer qu'il y passe sous silence le nom deGourvilIe,etnenommequeMM. de Yirelade et de Baas comme envoyés de la part des princes. M. de Yirelade avait été adjoint à Goarville pour conférer des intérêts de la ville de Bordeaux, et M. de Baas, pour conférer des questions qui concernaient les troupes. — Le duc de Candale ne trouvait pas sans doute Gourville un personnage assez important pour traiter avec lui^ justifiant ainsi l'opinion émise par Daniel de Gosnac, que cet habile intrigant avait fait preuve d'une réelle impertinence en s'offrant pour remplir une mission dont il s'acquitta, du reste, avec son bonheur accoutumé.

LETTRE DU DUC DE CANDALE AU CARDINAL MAZARIN. a Au camp deBeigle, ce '23 juillet i653.

«Monsieur,

« J'envoie le sieur comte de Cugnac pour donner avis à Yostre Éminance. comme ceux de Bordeaux m'envoièrent hier au matin un député pour traiter la paix avec moy. Messieurs les princes m'en envolèrent un autre. M. de Yirlade-Salomon, jadis avocat-général au Grand Conseil, fust député pour la ville et M. de Baas, mareschal de camp de l'armée des princes, pour eux. J'ay demeuray un jour sans vouloir en rien mander à Yostre Éminance^

parce que je respoodis aux députés que je ne leur pouvois respondre que de concert avec M. de Vandosme. II a bien respondu qu'il teroit aux gens que ron luy a députtés la mesme chose ; mais j*ay ap^ pris qu'il n'en a pas usé comofie moy, et qu'il a envoyé à la court faire savoir la nouvelle, et je m'asseure qu'il n'en aura pas manquay de se faire de feste. Pour moy je ne prend ray pas ce party là ; car je le tiens trop audessous des gens qui ont le cœur bien fait, et je me contenteray de servir avec zèle et peut eslre avec autant de fruit que les autres, sans chercher de fausses vanités. Je supplie Yostre Éminance de n'estre point en peine que nous nous puissions brouiller, M. de Vendosme et moy ; car j'ay trop Je service du Roy à cœur pour rien faire qui y puisse nuire. J'auroîs trop peur que M. de Beaufort se mesia de TafiTaire. Gela me retient tout à fait et fera que j'en userai avec M. de Vandosme de la manière que vous le pouvés souhaiter : dès que j'auray veu M. de Vandosme de concert avec M. d'Estrade, je vous dépescherai un courrier ; le pauvre M. de Langlade eust esté bien propre à faire savoir mille particularités qu'il faut que Vostre Éminance sache, mais il est tombé malade.

ce II faut que je vous dise que le prince de Conty, à mon instigation, a fait des merveilles pour la paix. Il m'a engagé à luy donner seureté pour sa personne. Avant que de rien faire, j'ay creu ne

pouvoir pas luy refuser ce quUl me demandoît, et toutes les personnes de cette armée m^ont cx)nseillé de le faire parce que s'il se fust joint au peuple et se fusl accomodé avec M. de Marsin, et introduit les gens de guerre qu'ils ont dans les faubourgs, nous estions fort esloignés de la paix. J'informeray Yostre Eminance au plus (ost des choses qu'il sera nécessaire. Cependant je la supplie de me croire an dernier point,

« Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le dcc de Canda^lle *. »

Dans la lettre du duc de Caudale nous soulignons ce passage : « // faut que je vous dise que M. le prince de Conty^ à mon instigation^ a fait des merveilles pour la paix. » Le duc de Caudale se vantait beaucoup en attribuant à son habileté un mérite bien exagéré, lorsque Ton sait par quelle impulsion se dirigeait le prince de Conti, et combien il était difGcile à cette impulsion elle-même de maintenir le prince dans la ligne dont il tendit plus d'une fois à s'écarter. Nous en avons eu la preuve, lorsqu'après son traité secret avec le duc de Caudale, le prince de Conti avait été si près d'accéder aux conditions posées par Cromvrell pour accor-*

* LeUre ioédite ; Arehkes nationales, KK, «220, f» 346.

der l'alliance de l'Angleterre ; nous allons en apporter une autre preuve en racontant l'étrange incident qui se passait, bien à l'insu du duc de Candale, au moment même où il écrivait sa lettre. La perte désormais inévitable du parti des princes avait jeté une profonde douleur dans le palais deTarchevêché. La princesse de Condé était désespérée d'être obligée de prendre la mer avec son fils le duc d'Enghien pour aller chercher un refuge sur un sol étranger ; la perspective d'y retrouver le prince de Condé plus malheureux encore qu'ellemême lui faisait verser d'abondantes larmes. Madame de Longueville, Marsin et Lenet étaient dans l'abattement le plus profond. Lenet aurait désiré que le prince de Condé eût pris lui-même l'initiative des négociations de la paix en se fondant , pour rompre ses engagements avec l'Espagne, sur l'inexécution par cette puissance de ses propres engagements *. Mais la précipitation avec laquelle les événements se déroulaient ne pouvait permettre, en raison des distances, d'obtenir à temps une réponse, et il se trouvait réduit, ainsi que Marsin qui partageait ses sentiments, à la responsabilité de ses propres résolutions. Ils entouraient la princesse, lorsque le prince de Conti se présenta chez elle ; son arrivée fit redoubler les pleurs

^ Lettre inédite de Lenet au prince de Condé, du 24 juillet 1653. Bibliothèque nationale; Papiers de Lenet, 6716, f» 41.

et la conversation reprit plus lugubre encore. Les reproches ne furent [pas épargnés au prince de Conti ; on Taccusa d'être Tau leur de tous ces maux. Ce prince en fut si sensiblement touché qu'il tenta de se justifier et proposa de partir lui-même pour TEspagne pour y conduire la princesse et son fils. L'accomplissement d'un pareil projet nécessitait que le prince de Conti, oublieux de tous ses engagements, sortît secrètement de Bordeaux avec la princesse qu'il voulait accompagner. L'entreprise était hasardeuse; il fallait se dérober à la vigilance des habitants qui gardaient exactement les portes. Le meilleur expédient parut de descendre, la nuit, par les fenêtres de l'archevêché qui donnaient sur les fossés de la ville, de faire trouver des chevaux sur le bord opposé et de gagner Tarmée navale d'Espagne dont on venait d'apprendre la tardive arrivée à l'embouchure de la Gironde. Le comte de Marsin qui redoutait le refus de la Cour de le comprendre dans le traité, et qu'elle donnât même Tordre de l'arrêter, fut certainement celui qui poussa le plus à cette extrême résolution. Pendant cette conférence, Daniel de Cosnac, avec l'escorte du prince, attendait dans la grande salle de l'archevêché, éprouvant d'autant plus d'inquiétude qu'il n'était pas accoutumé à voir le prince faire en ce lieu de si longues visites. Connaissant les projets qu'avait formés naguère le comte de Marsin, il ap-

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préhendail qu'on ne se saisit de sa personne ; aussi se rapprocha- t-il à plusieurs reprises de la porte de la chambre de la princesse de Gondé. La voix du prince de Conti qui se faisait entendre de temps en temps le rassurait un peu, parce qu'elle lui paraissait être dans son ton naturel.

Après deux heures de cette anxieuse conversation, le prince sortit seul ; son premier gentilhomme de la chambre l'ayant abordé comme à son ordinaire, fut frappé de son air contraint et embarrassé. Le prince fit plusieurs tours dans la salle, parlant à diverses personnes, avec si peu. de suite et d'attention que son fidèle conseiller démêla sans peine qu'il s'était passé quelque chose qui le jetait dans une préoccupation étrange. Le prince alla s'appuyer sur l'une des fenêtres qui donnaient sur les fossés, paraissant en mesurer la profondeur, cet acte fut une révélation. Elle fut confirmée par un changement de résolution du prince qui au lieu de se rendre chez madame d<5 Calvimont, ainsi qu'il en avait annoncé le projet, dit qu'il avait une migraine violente et voulait aller se reposer deux ou trois heures dans son lit, devant revenir le soir même à l'archevêché pour savoir ce que Gourville aurait fait.

Dès que le prince de Conti fût au lit, il voulut congédier son premier gentilhomme de la chambre ; mais celui-ci, outré de voir au prince des airs

de myslèresi contraires à sa confiance habituelle lui adressa d'amers reproches, se plaignant d'un oubli si prompt de ses services et termina par ces mots : « Quoi ! monsieur, vous êtes Irois heures enfermé avec des personnes qui ne m'aiment pas, parce que je suis trop à vous, et vous me faites finesse de ce qui s'est passé dans un si long entretien, à moi, monsieur, de vos plus grands secrets le grand dépositaire. » Le prince lui fît cette froide réponse : « On n'a pas seulement nommé votre nom ; on a bien d'autres choses à songer dans l'état où nous sommes qu'à vous nuire..» Celte affirmation du prince était de tous points contraire à la vérité ; Daniel de Cosnac, dans cette conférence, avait été violemment attaqué par M. de Saint-Martin, conseiller au Parlement, et défendu du reste avec vivacité par le prince de Conti. M. de Saint-Martin avait accusé Daniel de Cosnac, non sans raison, le lecteur a pu s'en convaincre, d'avoir contribué pour une grande part aux mouvements qui avaient rendu la paix inévitable^.

^ Daniel de Cosnac ignora toujours Tattaque dont il fut l'objet, nous en avons la preuve dans le silence de ses Mémoires sur ce point. Nous n'avons dû la révélation de cet incidentqui confirme la grande part qu'il prit à la préparation des événements qu'à une lettre inédite de Lenet, du 24 juillet (Bibliothèque nationale^ papiers de Lenet, 6716, f<> 41). Nous en détachons ce passage :

« M. le prince de Conty est en colère de ce que M. Saint- Martin, le conseiller , s*emporta un peu dans l'Archeyesché disant que M. l'abbé de Cosnac et Sarrasin avoient fort contribué à tous les désordres ici ; et aujourd'huy Son Altesse a man-

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Sans se laisser rebuter, Daniel de Gosnac insista plus fortement encore en disant : « N^espérez pas m'abuser. Il faut nécessairement de deux choses l'une : ou qu'on vous ait fait prendre quelque résolution contre moi, ou qu'on vous ait engagé à ne pas signer le traité de paix et à vous en aller en Espagne. » Ces paroles renfermaient une véritable divination dont le prince ne put dissimuler son extrême surprise ; son trouble même confirma la vérité : mais, ne voulant rien avouer, il interrompit avec colère par ces mots : « Ce sont là de vos visions, laissez-moi en patience. »> Sans se décourager davantage, Daniel de Cosnac ajouta pour réflexion dernière : que le prince avait tort de se cacher, que son zèle et sa fidélité lui étaient assez connus, et que s'il avait dessein d'aller en Espagne, il l'y suivrait d'aussi bon cœur qu'à Paris ; mais qu'à le tromper, il n'y songeât pas, car il resterait attaché à toutes ses démarches. Le prince de Conti radouci lui dit : « Mais qui peut vous avoir donné cette

dé à rHoslel-de-Ville toute l'assemblée de la Bourse pour les désabuser de tous les bruits qui courrent de son accommodement et leur protester de ne se désunir en rien, ny pour rien, sans eux. Leurs Altesses ont desclaré n'avoir aucunes prétentions dans le traité, ni vouloir autre chose sinon la liberté et seureté à Madame et à Monseigneur le duc d'aller rejoindre Vostre Al-

fc^'^rfiî^!8\tr 9H)PêÇA®rr6 ^ ^^^^ choix ; madame de LongueviUe deuis yun&]de ses maisons, idem, à M. le prince de Conty et delà k%mM an m^m^tm UlnH^ t'mge -, moy vous al-

pensée ? » Daniel de Cosnac lui répondit que son inspection attentive de la hauteur des fenêtres de rurchevècbé, ses rêveries, sa feinte maladie, son retour projeté chez la princesse de Condé,lui avaient inspiré ces soupçons. Alors le prince de Gonti lui avouant toute la vérité lui dit qu'il croyait son honneur engagé à mettre sa famille en sûreté; qu'après ce devoir accompli il reviendrait jouir du repos qu'il souhaitait.

La confidence du prince permit à Daniel de Cosnac de lui représenter les raisons qui ne pou« valent lui permettre de donner suite à un semblable projet : ses engagements avec la Cour et par parole et par écrit. Ce manque de foi aurait deux effets : le premier, de le perdre de réputation dans l'Europe entière ; le second, de le mettre hors d'état de jamais obtenir son retour en France. Quelle figure alors ferait-il en Espagne, chez un peuple qui donnait tous les jours tant de mécontentements au prince de Condé, chez lequel il n'aurait d'autre emploi que de solliciter des pensions qui encore lui seraient mal payées, chez une nation qui finirait par le traiter comme une personne inutile et à charge, en sorte qu'il courait imprudemment à d'étranges misères. Daniel de Cosnac fit enfin observer au prince qu'il n'était pas chargé de madame la princesse de Condé, ni du jeune duc d'Enghien, puisque M. le prince de Condé lui avait témoigné

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si peu de confiance qu'il s'était toujours adressé, non seulement à son exclusion, mais même à son insu, à Madame de Longueville, à Lenet et à Marsin ; que par conséquent c'était remplir suffisamment son devoir que de leur procurer par un traité la liberté de se retirer, et que sa personne n'était nullement nécessaire pour assurer leur retraite ; que s'il tentait une si folle entreprise, elle aboutirait à un résultat bien contraire au but proposé, car il ne pouvait manquer d'être arrêté, soit par les bourgeois de Bordeaux, soit par les troupes royales, ce qui entraînerait la perte de sa liberté, de celle de Madame la princesse et de son fils.

Par ces raisons dites avec force et entraînement le prince se laissa convaincre ; et avec mille amicales protestations pour son conseiller, il lui déclara qu'il renonçait à son projet. Il lui avoua que s'il ne l'eût pas deviné, il l'aurait exécuté sans lui en parler, et cet aveu dans lequel Daniel de Gosnac crut entrevoir une réelle ingratitude au fond du cœur du prince, diminua quelque peu chez lui le degré d'attachement qu'il lui avait voué ; mais les paroles du prince étaient si obligeantes qu'il se contint pour n'en rien laisser paraître.

Cette conversation se terminait lorsque Gourville

revint de sa mission dont il rendit le meilleur

compte : le duc de Caudale avait une telle impatience

de terminer la guerre qu'il ne demandait qu'une vm. 4

chose, qu'on lui remit les articles dressés et qu'il les signerait. Le prince de Conli envoya Gourville porter cette nouvelle à Madame de Longueville, à Marsin et à Lenet, en leur donnant rendez-vous chez Madame la Princesse oîi il allait se rendre luimême. Pendant que le prince se levait et s'habillait pour sortir, Daniel de Cosnac lui fît renouveler sa promesse de ne pas aller en Espagne. GourviJie était de retour avant même que le prince fût sorti. 11 raconta qu'il avait trouvé chez Madame de Longueville, M. deMarsin, et que celui-ci avait témoigné une joie d'autant plus vive de la bonne tournure des négociations que ses craintes personnelles avaient été plus grandes ; il n'était pas en eflfet de précautions pour sa sûreté qu'il n^eût chargé Gourville de solliciter pour lui : outre la parole du roi qu'aucun obstacle ne serait mis à sa retraite, il demandait un engagement personnel du duc de Caudale qui s'obligerait encore à en faire prendre un semblable au duc de Vendôme.

Lorsque le prince de Conti arriva à l'archevêché, la duchesse de Longueville, Marsin et Lenet l'y avaient précédé ; Daniel de Cosnac eût bien voulu suivre le prince dans le cabinet de la princesse de Coudé, comme il le faisait quelques fois ; mais le prince s'y opposa, ne voulant pas qu'il parût que c'était par ses conseils qu'il renonçait à la résolution naguère arrêtée. Gourville ayant fait le récit

de sa négociation, il fut résolu que les articles seraient dressés dans la journée, et que Gourville repartirait le lendemain pour les faire signer.

Quand Gourville fut sorti, on reparla du projet de s'échapper pendant la nuit par les fossés de la ville; mais ce fut pour l'abandonner, sans que le prince de Conti fût mis dans la nécessité de déclarer qu'il se serait délié d'un engagement pris dans un mouvement d'entraînement irréfléchi. Le comte de Marsin rassuré sur son propre sort par la tournure favorable de la négociation de Gourville, n*avait plus aucun intérêt à compromettre avec lui les princesses et les princes dans les chances d'une fuite périlleuse, puisque le duc de Candale consentait par un traité à laisser ouverte à tous la voie d'une facile retraite ^

L'Espagne cruellement avertie par la perte de Bourg avait encore en perspective la perte de la Guyenne, mettant fin à l'utile diversion qui ne permettait pas au gouvernement royal de France de porter vers le nord-est toutes ses forces militaires pour les concentrer sous la main du maréchal de Turenne. Cette dangereuse extrémité la réveilla de la torpeur qui lui avait fait employer tant de mois au radoub de ses vaisseaux dans les ports du Passage et de Saint-Sébastien.

^ Voy. sur tout cet incident du projet de fuite les Mémoires de Cosnac.

Sa flotte, forte de Tingt-huit Toiles ^, avait pris la mer, commandée par le marquis de Sainte- Croix, avec des troupes de débarquemet sous les ordres du baron de Yatte ville, et elle venait de mouiller en face de Royan, à l'embouchore de la Gironde. Le plan depuis longtemps concerté de prendre entre deux feux la flotte du duc de Vendôme placée dans une situation difficile dans an fleuve où elle ne pouvait pas manœuvrer, entre une flotte composée de vaisseaux nombreux et bien armés et la flottille des Bordelais dont les navires l^rs n'en étaient que plus redoutables contre de gros vuiKftcaux immobiles, semblait toucher au moment di) sou exécution. Matériellement la chose eût été pONsible encore, moralement elle ne Tétait plus. 1/ardour dos Bordelais même les plus exaltés jusqu'à ce jour était abattue, le courage des partisans d« la pulx, on s'afflrmant, avait acquis une irrésistible foi'CH, (Ion engagements avaient été pris ; et pour les

li^inn^nulu lo mot fatal de la situation était : il est trop (uni I

1*0 duo do Saint-Simon était convaincu que la iUiiU) ««paguulo no pousserait pas la hardiesse ju&- <jnVi HMiionlor anmi près, pour qu'il pût la canoniiMi' du liant clos rcn^parts ébréchéset mal armés de •« «iliulnllu do IJluyo ; son dévoûment au roiseré-

jouissait de voir l'iosurrection bordelaise devenue impuissante, et sa sollicitude pour ses propres inté* rêls lui faisait juger le moment venu pour rappeler quelque vieille promesse qui lui avait été faite du gouvernement de Bordeaux, promesse qui fut sans doute considérée comme prescrite, car, malgré son rappel, il n'en fut tenu nul compte. Il écrivit au comte de Servien :

«Blaye, 24 juillet 1653.

« Monsieur,

« Je ne vous diray rien du bon estât des affaires de Bourdeaux puisque M. de Bourgon vous informera fort bien de toutes choses, je m'en réjouis seulement avec vous et de voir cette rebelle réduite comme elle est, et le Roy estant en pouvoir de chastier les coupables de toutes sortes de crimes. Il semble que les Espagnols ne sont venus en rivière que pour augmenter la gloire des armes de Sa Majesté et embellir Thistoire. Nous ne les croyons pas redoutables pour le secours des Bourdelois et ils ne paroisteront pas encore quoyque le vent soit très favorable pour monter. Je me prépare pourtant, et de bon cœur, à les saluer ; mais je doute fort qu'ils osent passer devant Blaye, quoyque nous y soyons en mauvais estât. Vous savez bien, Monsieur, que ce n'est pas ma faute.

« Voyant Bourdeaux sur la fin et que je ne reçois

nul ordre, je suis en peine de ce que j'auray à faire avec cette commission que j'ay pour y commander, ce n'est pas que j'affecte cet employ, mais il me semble que, sans me bien maltraiter, il ne peut pas être donné à un autre, ou sans me donner ailleurs quelque satisfaction^, n

Le duc de Saint-Simon avait la passion des faveurs en général et des gouvernements en particulier ; à défaut de celui de Bordeaux qu'au fond il n'espérait guère, il se fût rabattu volontiers sur celui de Bourg, la chute était grande et pourtant une déception l'attendait encore : ce gouvernement fut donné au comte de Montesson, et alors il exhala ses plaintes au cardinal Mazarin^.

Les bons bourgeois de Bordeaux ne laissèrent pas de concevoir des inquiétudes de l'arrivée du secours d'Espagne, et, connaissant la versatilité du prince

* Lettre inédite : Archives du ministère des Affaires étrangères , France, vol. 149. Nous ne donnons pas la suite de cette lettre qui n'a trait qu'à des intérêts personnels ; elle est écrite en entier de la main de son auteur. La correspondance du duc de Saint-Simon dément quelque peu les assertions de son illustre fils qui dit dans ses Mémoires que son père était dégoûté des faveurs et de la Cour, à la suite du subterfuge qui lui avait ravi la charge de grand écuyer que Louis XIII lui avait donnée à son lit de mort ; mais il faut reconnaître que les Mémoires du fils sont d'une exactitude incontestable lorsqu'ils affirment Unebranlabie fidélité de son père. Si celui-ci, par ressentiment, eût embrassé la cause des princes qui l'en avaient vivement pressé, la possession de Blaye leur eût assuré une situation pour ainsi dire inexpugnable dans la Guyenne.

* Lettre inédite : Archives nationales, KK, 1220, ^ 373.

de Conti, ils commencèrent par s'assurer, au moyen d'une dépulalion qu'ils lui envoyèrent, qu'il ne leur faillirait pas, en protestant eux-mêmes qu'ils ne lui failliraient point. Dans un sens contraire les Frondeurs violents et incorrigibles avaient au premier moment songé à tomber sur les bourgeois partisans de la paix, afin d'abattre leur parti; mais ils durent immédiatement renoncer à cette entreprise en présence d'un mouvement de l'opinion qu'ils ne pouvaient plus dominer et de la déclaralion du colonel Balthazar, disant qu'il voulait retourner à Tartas et qu'il ne se battrait jamais contre les habitants.

Toutes les oppositions rentrèrent donc dans l'ombre et dans le silence, et il fut accepté par tous qu'il fallait profiter des trois jours de trêve accordés par les généraux en chef des armées royales pour arriver à conclure, avant l'expiration de ce délai, le traité de paix le plus avantageux possible. Lenet et Marsin qui redoutaient, avec de sérieuses raisons, d'être livrés par les partisans de la paix aux mains du duc de Vendôme, jugèrent nécessaire, pour désarmer l'hostilité de l'opinion sur leur compte, de démentir les bruits fâcheux qui avaient couru sur leurs prdjets. Ils se rendirent dans ce but, le 24 juillet, à l'assemblée de la Bourse, où le premier déclara que si d'impérieuses nécessités l'avaient obligé à contracter des emprunts pour le

soutien des affaires, il ne partirait pas sans avoir satisfait les créanciers; et le second se justifia de tous mauvais desseins contre la ville et contre ses habitants.

Dès le premier avis de l'arrivée de la flotte espagnole, le duc de Vendôme s'était rendu à bord de son vaisseau amiral pour tenir un conseil de guerre dans lequel furent arrêtées les dispositions nécessaires pour combattre. Il détacha le chevalier de Carferet avec quelques chaloupes et brigantins pour aller observer Tarmée navale d'Espagne; renforça les équipages de ses vaisseaux de douze cents hommes d'infanterie; et disposa ses troupes de terre sur les deux rives du fleuve, de manière à appuyer de leurs feux de mousqueterie les forts et les batteries qu'il avait fait construire*. A l'issue de ce conseil, il reçut quelques jeunes gens qui lui amenaient le P. Itîer.

Nous détachons d'une lettre du duc de Vendôme au cardinal Mazarin un passage dans lequel il lui donne cette nouvelle et l'assure que si l'armée navale d'Espagne tente une attaque, elle sera vigoureusement reçue :

a Jeudy les mesmes députez dévoient revenir, et, au lieu d'eux, vinrent sept ou huict jeunes hommes qui amenèrent le P. Itier qu'ils ont, par leur ferme résolution, mis en liberté, et ils le mirent entre les

* Voy. la Gazette,

mains de M. de Comminges, parcequ'il Tavoit demandé au nom de la Reyne h laquelle ils furent bien aises de rendre ce respect et ce service. Ils me vinrent trouver à l'Admirai oîi je suis allé pour donner mes ordres et tenir conseil général avec les capitaines et officiers de marine, sur l'advis certain que je reçus que les Espagnols sont avec leur armée navale au nombre de trente ou trente-cinq voiles vers Royan... Chacun est icy bien résolu à faire son devoir, et s'ils viennent, certainement le combat sera le plus chaud et le plus mémorable qui se soit jamais veu *.

Ce môme jour, 24 juillet, Gourville, parti le matin pour le camp de Bègle, rentrait à Bordeaux; il avait apporté au duc de Caudale, revêtus de la signature des princes et des princesses, les articles préliminaires du traité de paix qui avaient été réciproquement arrêtés, et il rapportait le double revêtu de la signature du duc de Candale. Voici la teneur de ces articles f

« Nous soussignés déclarons que pour parvenir à la paix de Bordeaux, sommes demeurés d'accord et avons promis d'observer inviolablement ce qui suit, à savoir :

« Nous, duc de Candale, général des armées du roi en Guienne, promettons au nom de Sa Majesté

^ LeUre inédite datée deLormont, le 24 juillet 1653. Archives nationales, KK, 1220, f» 367.

et au nôtre particulier, de donner et faire donner les escortes, sauf-conduits et passe-ports ci-après spécifiés, et de faire jouir de l'effet d'iceux sincèrement et de bonne foi, à quoi nous engageons notre honneur et parole, sur laquelle tout ce qui s'en suit a été accordé :

« Premièrement, à madame la princesse et à M. le duc d'Enghien, son fils, à tous leurs domestiques ^, officiers de troupes, train et équipage, pour s'en aller par mer ou par terre, à leur choix, à Stenay-sur-Meuse, ou près de la personne de M. le prince de Condé, en quelque lieu qu'il puisse être, tant dedans que dehors le royaume.

(( A M. Lenet, conseiller d'État ordinaire, sera donné semblable passe-port pour suivre madame la Princesse audit voyage, ou s'y rendre de son chef par les chemins que bon lui semblera, comme aussi au sieur chevalier de Thaudias.

K A M. le prince de Conti, pour se retirer dans telle de ses maisons qu'il lui plaira, avec ses domestiques, officiers de ses troupes, train et équipage, en prenant toutefois l'amnistie, du fruit de laquelle il jouira pleinement.

*■ Nous n'avons sans doute pas besoin de rappeler que la qualification de domestiques c'est-à-dire personnes de la maison , s'appliquait chez les princes aux gentilshommes attachés à leur personne et chez de hauts personnages moins qualifiés, aux personnes de petite noblesse parfois, qui leur étaient également attachés. La dénomination de valets s'appliquait aux serviteurs proprement dits.

n A madame la duchesse de Longueville, pou r se retirer à Neufchâtel, ou dans (elle de ses maisons qu'il lui plaira, avec ses domestiques, train et équi* page, en prenant aussi l'amnistie.

« A M. do Marsin, capitaine général, pour se retirer, par mer ou par terre, en ses terres de Liège ou en Hollande, à son choix, et à madame sa femme, pour se retirer dans une de ses terres en Normandie, oîx elle jouira pareillement de l'amnistie, en l'acceplant, chacun d eux avec leurs domestiques, trains et équipages*

« A M. le comte de Maure, général de M. le Prince, et à M. le comte de Matha^ pour se retirer avec leurs domestiques, trains et équipages, en tel lieu que bon leur semblera.

« A tous autres officiers généraux sera accordé semblable passe-port, et aussi à tous bourgeois de Bordeaux qui voudront se retirer; sera aussi accordé aux troupes de cavalerie et d'infanterie étant aux environs de Bordeaux, sauf-conduits, route et étape pour aller joindre Tarmée de M. le prince de Gondé, en quelque lieu qu'elle puisse être, tant dedans que dehors le royaume. Toutefois, si quelques-uns des officiers généraux en particulier veulent prendre l'amnistie, elle leur sera accordée pour se retirer chacun es lieux de leur domicile.

a Et nous, princesse de Coudé, duc d'Enghien, prince de Gonti et duchesse de Longueville, permet-

tons et engageons nos honneur et paroles de consentir, comme dès à présent nous consentons, au traité de la paix de Bordeaux, et d'y porter et disposer nos serviteurs et amis, et d'y travailler, conjointement et de concert avec eux et MM. les bourgeois de Bordeaux, le plus promptement et sincèrement qu'il se pourra; et au cas que la paix ne soit pas conclue le 17 août prochain, nous promettons de sortir de Bordeaux et de nous retirer es lieux et en la manière ci-dite, et, toutefois, si, pour le repos de Bordeaux, nous sommes obligés d'en sortir plus tôt, M. le duc de Candale sera tenu de nous donner les sûretés ci-dessus exprimées à la première réquisition, et au cas que lesdits passe-ports de Sa Majesté ne fussent pas arrivés, il nous donnera les siens, comme dit est, et les fera valoir, tant par mer que par terre, et même fera donner des vaisseaux équippés et propres à porter ceux d'entre nous qui voudront faire voyage par mer.

a Nous promettons aussi d'envoyer, suivant le passe-port qui, pour ce, nous sera accordé, un homme à l'armée navale d'Espagne, pour révoquer les ordres que nous avons pu donner à ceux qui la commandent, et les avertir que nous ne pouvons plus les assister d'aucune chose, particulièrement des vaisseaux et troupes que nous avons en notre pouvoir, attendu la trêve accordée et le présent traité; afin que si nonobstant le premier article ils

yenoient à donner combat ou à faire d'autre acte d^hostilité, il ne nous en puisse être imputé aucune chose, voulant de bonne foi et avec sincérité exécuter le traité ci-dessus, pour sûreté de quoi nous engageons tous de part et d'autre nos honneur, paroles et confiances.

« Fait et arrêté par nous, princes et princesses ci-dessus nommés, et ceux étant sous notre charge, à Bordeaux, d'une part, et par nous, duc de Caudale, d'autre, à Beigle, ce 24 juillet 1653.

« Gaston de Foix de la Valette *. »

Ces articles contenaient les dispositions les plus favorables pour les princes, les princesses, les personnes de leur maison et les troupes de leur parti. Libre à chacun de prendre ou de ne pas prendre l'amnistie; les premiers pouvant se retirer, soit dans leurs terres, soit à peu près où bon leur semblerait, les seconds ayant la faculté d'aller rejoindre le prince de Coudé et de continuer la guerre. L'obligation de prendre l'amnistie n'était formulée que pour le prince de Conti, qui ne demandait pas autre chose, et pour la duchesse de Longueville qui n^avait aucune raison pour sortir de France. Le duc de Caudale n'avait pas marchandé les conditions, autant à cause de l'urgence de terminer la guerre, car les secours de

^ Document publié dans les Mémoires de Gosnac.

l'Espagne et de l'Angleterre pouvaient à tout instant modifier la situation, que par son vif désir de n'être pas prévenu par le duc de Vendôme dans l'initiative de la paix.

Le prince de Conti remit l'exemplaire signé par le duc de Caudale entre les mains de Daniel de Cosnac qui depuis le conserva toujours précieusement ^

Gourville donne dans ses Mémoires un résumé de ces articles à peu près conforme au texte que Daniel de Cosnac a donné dans les siens; sauf qu'il émet une erreur manifeste quand il indique Pezenas comme lieu désigné pour la retraite du prince de Conti; aucun lieu ne fut spécifié, et ce fut librement que ce prince fit le choix de Pezenas. Nous avons rencontré dans les papiers de Lenet la minute même de ces articles parfaitement conforme au texte donné par Daniel de Cosnac, sauf quelques diflTérences insignifiantes dans la forme^ résultat évident de leur mise au net ^.

Il fallait que ces articles fussent approuvés et signés par le duc de Vendôme, dont l'intervention était indispensable pour la délivrance des passeports. Le duc de Caudale se résolut au procédé de les lui apporter lui-même à signer, afin d adoucir par cette démarche l'inévitable amertume que son

' Ce fait est confirmé par les Mémoires de Tabbé de Choisy. ^ Bibliothèque nationale j food français, 6716, f» 110.

collègue ressentirait en apprenant que la paix en définitive avait été faite sans lui. Cette démarche pouvait l'empêcher de susciter des obstacles. De plus, pour ménager davantage encore la susceptibilité du duc de Vendôme, le duc de Caudale chargea Gourville de recommander au prince de Gonti d'envoyer à ce général une personne chargée de lui demander des passe-ports pour la princesse de Coudé, le duc d'Eughien, le comte de Marsin, Lenet et toute leur suite.

Le duc de Caudale avait attiré à lui les prémices et le principal même des négociations de la paix*, car les articles signés avec les princes en emportaient la conclusion, attendu que sans le prestige de leurs personnes et sans leurs troupes la ville de Bor-

* Le principal mérite lui en revenait réellement par les facilités d'accommodement qu'il avait offertes au prince de Conti et par toutes les intelligences qu'il avait entretenues dans la ville de Bordeaux ; aussi ceux avec lesquels il avait formé quelque entente^ quelque obscurs qu'ils soient demeurés, se crurent généralement tous les auteurs de la paix. Une liasse de vieux papiers du château de Montbreton, près de Pressac de Gensac, Gironde, intitulée, titres de la famille de MondeniSf a fait récemment retrouver les noms de deux négociateurs en sous-ordre dont le zèle ne saurait être mis en doute, puisque ces documents étabUssent qu'ils furent en récompense anoblis après la paix. L'un était André Merlaud^ sieur de Mondenis, major dans le régiment du marquis de Théobon, l'autre Jean de Litlerîe, procureur au siège présidial de Bazas; l'auteur de cette intéressante découverte, M. Léon Drouyn, a bien voulu nous écrire pour nous la faire connaître, en nous envoyant la communication faite par lui à l'Académie de Bordeaux.

deaux ne pouvait songer à prolonger sa résistance ; néanmoins les circonstances firent que le duc de Yendôme y put prendre sa part. En même temps que Gourville était allé faire signer les articles au duc de Gandale^ M. deBacalan, accompagné de deux bourgeois, en avait apporté d'autres au duc de Vendôme au nom de la ville de Bordeaux. Ces articles contenaient des précautions pour l'alimentation des habitants avec faculté de leur part d'envoyer à la Cour pour traiter directement ; ils stipulaient des garanties jusqu'à la conclusion définitive de la paix et des réserves pour communiquer avec le prince de Condé. Ces réserves dénotaient Tinfluence du comte de Marsin, bien que le duc de Vendôme ait cru reconnaître dans récriture, outre l'écriture de Marsin, celle du secrétaire du prince de Gonti. Mais ce prince y était certainement complètement étranger, nous en trouvons une double preuve dans le silence des Mémoires de Daniel de Gosnac sur ce fait et dans l'intérêt de se servir exclusivement des bonnes dispositions du duc de Gandale, car il était alors trop tard pour obtenir des conditions plus avantageuses encore de se servir du stratagème qui eût consisté à mettre en concurrence, comme nous l'avons observé, les rivalités des deux généraux en chef.

Voici la teneur des propositions que M. de Bacalan venait soumettre à Tapprobation et à la signature du duc de Vendôme :

PROPOSITIONS FAITES PAR LE SIEUR DE BAGALAN, DÉPUTÉ DE BORDEAUX, LE Si*" JUILLET 1653.

Messieurs les députés de la ville de Bordeaux demandent :

« Une surséance d'armes et cessation de tous actes d'hostilité jusqu'à la conclusion de la paix ou de la rupture sans aucune communication entre les gens de guerre ny habitants de Bordeaux qu'avec la permission de Messieurs les généraux ;

« Qu'après Tesloignement des troupes ennemies, il sera donné des quartiers pour les nostres à trois ou quatre lieues de Bordeaux dans l'endroit où il sera convenu ;

« Que durant la trêve, il y aura liberté pour tous ceux qui voudront porter des vivres à Bordeaux, de quelque nature qu'ils soient, tant par mer que par terre ;

a Qu'il sera deslivré passeport pour envoyer à Monseigneur le prince en quelque lieu qu'il soit pour lui donnej avis du présent traité;

« Un autre passeport pour un habitant de Bordeaux pour aller en cour ;

« Un passeport pour M. Balthazar affin de se retirer à Tartas avec cent maistres à cheval;

« Un passeport pour une autre personne qui doit aller à l'armée navale révoquer les ordres que S. A.

de Gonty a donnés; et leur donner avis que nous ne les assisterons de rien ^ . . . »

Après avoir fait retirer les députés pour délibérer avec son conseil composé de l'abbé de Guron, des comtes d'Estrades, de Comminges et de Montesson, le duc de Vendôme les fit rappeler et leur remit leur cahier, en marge duquel il avait fait écrire la réponse suivante :

« Le mémoire estant escrit de la main du secrétaire de M. le prince de Conty et de celle de M. de Marsin , ce ne sont point les propositions de la bourgeoisie ny de la brave jeunesse de la ville de Bordeaux, et par conséquent S. A. de Vendosme ne les peut accepter ny admettre. »

Les députés accueillirent cette réponse avec une véritable stupeur ; mais pour obtenir que le duc de Vendôme, sur des explications de leur part, adoucit ses résolutions, ils étaient dans un cruel embarras; car ils étaient loin d'être libres de leurs actions et de leurs paroles. Lenet et le comte de Marsiu les avaient fait accompagner de deux officiers pour surveiller de près leurs démarches : l'un, M. de Galapian, frère du marquis de Lusignan ; l'autre, M. de la Guette *. Nous savons que Lenet considérait ce dernier comme un négociateur peu habile ; mais le dévouement de sa femme au parti royal avait fait espérer

* Document inédit: Archives nationales y KK, i220, f« 361. ■ Voy. les Mémoires du colonel Balthazar.

qu'il serait vu d'uu meilleur œil que tout autre. Pour s'expliquer en toute [liberté, les trois députés bordelais durent s'esquiver de la présence de leurs deux compagnons. Le duc de Vendôme va nous raconter lui-même comment les choses se passe-* renl :

« L'après-dlnéei M. de Bacalan et deux bourgeois vinrent encore en députation vers moi; ils estoient accompagnés du sieur de Galapian, frère de Lusi* gnan, et d'un ofGcier de cavalerie de Marsin. Ils me rendirent une lettre de la Ville, me firent mille civilités de sa part, et ensuite Bacalan fist lecture des articles dont je vous envoie copie, et puis les députtés se retirèrent pour donner la liberté de résoudre ma réponse avec MM. de Tulle, d*Estrades, de Comminges, comte de Montesson et autres qui servent ici le Roy avec moi. Après avoir bien discuté toutes choses, il fut arresté que je respondrois que ces articles estant escrits de la main du secrétaire de M. le prince de Gonty et appostillés de celle de Marsin, ce n'estoient point les demandes de la bourgeoisie et qu'ainsy je ne les pouvois accepter, ny écouter; que je m'estonnois de ce que les députtés s'en estoient chargés et que cela es toit si contraire aux belles dispositions qu'ils m'avoient fait paroistre, que j'avois quelque sujet de croire que la venue de l'armée navale d'Espagne avoit esté cause de quelque changement ; que nous estions bien ré-

solus de la combattre et de l'empescher de passer, et qu'après cela nous pourrions escouterleurs propositions; que cependant ils se retirassent, et que si demain midy, ils ne parloient d'autre manière, que je romprois toute suspension, et que j'agirois comme auparavant avec toute sorte d'hostilité.

« Cette response faite avec beaucoup de fermeté estonna tellement les députés qu'estant descendus en bas, ils trouvèrent moyen de se dérober de Galapian et de l'officier de Marsin pour revenir me dire qu'ils n'avoient pu s'empescher de se charger de ces articles ; mais que la bourgeoisie estoit résolue de se rendre maîtresse et de se mettre en estât de rentrer dans son devoir : que pour y parvenir, ils vouloient chasser Marsin et sa femme, et qu'ilsr me supplioient de leur donner deux passeports pour la retraite du premier au pays de Liège, et de l'autre dans sa maison, en Normandie. Je le leur accorday et creus le pouvoir faire sans la participation de M. de Caudale, puisqu'il àvoit signé une suspension sans moy.

« Toute la nuict la bourgeoisie a esté sous les armes. Nous ne savons point encore ce que cela aura produit. Les pères Hier et Berthod veulent y aller pour leur donner chaleur; je les voy si zélés que je pourray bien le leur permettre.

« Ce malin M. de Caudale m'a envoyé une barque

pour l'apporter icy* et venir concerter avecmoy. Je Pat tends... ^. »

* Il faut induire de ce fait et d'autres faits subséquents que le duc de Caudale se rendit à cheval, en contournant la ville de Bordeaux, de son camp de Bègle à la rive de la Garonne en face de Lormont. Il avait envoyé cette barque pour traverser le fleuve et pour s'en servir éventuellement au retour, comme il le fît, en remontant la Garonne jusqu'à Bègle.

' Lettre inédite du duc de Vendôme au cardinal Mazarin, datée de Lormont^ le 24 juillet 1653. Archives nationales , KK, 1220, f>367

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