‹ Souvenirs du règne de Louis xivChapitre 6 sur 100 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

Réponses des ducs de Vendosme Du 23 juillet 1653 à Thostel-deetdeCandale, généraux des armées ville de Bourdeaux où se tient le du roy, aux articles présentés de conseil appelé de traité, de toute

* Document inédit; Archives nationales, KK, 1220, p. 371.

la part de la ville de Boardeaux le la bourgeoisie, et ledit conseil as- 24 juillet 16S3. semblé où a présidé,

M. de Tliodias, premier jurât.

M. de Boucaud, conseiller du roy au parlement de Guyenne, a esté député par ledit conseil pour demander :

Le premier article est accordé Une suspension d'armes et de

à la charge qu'il y aura toute li- tous actes d'hostilité jusqu'à la

berté d'aller et venir, tant par eau conclusion de la paix ou à la rup-

que par terre, pour la communica- ture, sans aucune communication

tion des quartiers des deux armées, entre les gens de guerre, ny habi-

avec la seureté convenable pour tants de Bourdeaux qu'avec la per-

l'abréviation du traité. mission de MM. les généraux ;

Dans les suspensions d'armes et Qu'après l'esloignement des troutrèves, chacun garde ses postes. Si pes du roy, il sera donné des quartoutes fois MM. de Bourdeaux dé- tiers pour les autres à trois ou quasirent que les troupes des princes tre lieues de Bourdeaux, où il sera s'éloignent de quatre lieues de la convenu ; ville, on leur donnera des quartiers à condition qu'ils leur fourniront des vivres, et que les troupes vivront dans l'ordre.

Ne se peut accorder. Que, durant la trêve, il y aura

I liberté pour tous ceux qui voudront

porter des vivres à Bourdeaux de quelque nature qu'ils soient, tant par mer que par terre.

Quand les articles du traité de la Qu'il sera délivré passeport pour

ville seront accordés et les hosta- envoyer à monseigneur le prince

ges donnés, on donnera passeport de Condé, en quelque lieu qu'il soii,

pour envoyer vers M. le Prince. luy donner avis du traité de la paix.

Idem comme au précédent. Un autre passeport pour un habi-

tant de Bourdeaux pour aller en cour.

M. Balihazar s'adressant à M. le Autre passeport pour M. Balthaduc de Candale, il y sera pourveu. zar pour se retirer à Tartas avec

cent maistres à cheval.

Nous apportant l'acte de révoca- Autre passeport pour autre per-

tion et renonciation en bonne for- sonne qui doit aller k l'armée na-

me, ce passeport sera accordé. vale espagnole, s'il y en a, révoquer

Fait àXiOrmont, le 24 juillet 1653. les ordres que S. Â. de Gonty a

Signé : donnez et donner avis que la Tille

CÉSAR DE Vendosme et Gaston de ne les assistera de rien, comme les Fois de la Valette et plus bas par bourgeois, avant de savoir les dénosseigneurs Butin et Girard. putations faites en Espagne et en

Angleterre.

Signé : DARRICT.

Daniel de Cosnac était, avant trois heures, de retour à Bordeaux; il rendit compte au prince de Conti de sa mission. Deux heures après arrivait le capitaine des gardes du duc de Vendôme, porteur des compliments du duc pour le prince de Conti et pour les princesses, et de tous les passeports demandés.

Ce capitaine des gardes, à son retour à Lormont, rendit aux généraux en chef des armées royales un compte si satisfaisant de la bonne réception qu'on lui avait faite et des excellentes dispositions des habitants dont il avait remarqué toute la joie, qu'il les assura qu'il ne tiendrait qu'à eux d'aller coucher à Bordeaux le soir même.

Celte assurance fut cause d'une imprudence qui aurait pu avoir des suites regrettables. Le duc de Caudale pensa qu'elle pouvait lui permettre de profiler de la marée pour retourner en bateau à son camp de Bègle, situé une lieue au-dessus de Bordeaux ; il évitait ainsi un détour de trois lieues à cheval, qu'il avait fait le matin pour venir traverser le fleuve en face de Lormonl. Ce bateau, monté par un brillant étal-major d'officiers, attira Tatten-

lion dès qu'il fut en vue de Bordeaux; la curiosité pour savoir ce qu'il venait faire fit accourir de toutes parts ; la foule encombra le port, et le prince de Conti lui-même s'y rendit. Lorsque le bateau fut en face de la ville, le duc de Caudale fut reconnu à sa bonne mine , à sa chevelure blonde , au respect que lui témoignaient les officiers qui se tenaient découverts autour de lui, tandis qu'il avait seul son chapeau sur la tète. Il passa sans aborder, et le prince de Conti et lui se saluèrent sans pouvoir se parler. Cette vue parut changer en un instant les dispositions de la foule ; la haine invétérée pour le duc d'Épernon se réveilla; on disait de toutes parts que son fils passait ainsi en triomphe pour braver les habitants. Les murmures s'élevèrent si haut que, si les négociations pour la paix n'étaient parvenues à un tel point, la rébellion eût trouvé dans cette circonstance un nouvel aliment; mais, le bateau disparu, les murmures se calmèrent et Ton revint aux idées de paix ^

L'abbé de Guron, le nouvel évêque de Tulle, avait profité des facilités de pénétrer dans Bordeaux pour s'y rendre, afin de renseigner exactement le cardinal Mazarin sur la situation, ce qu'il fit par l'intéressante lettre qui va suivre :

* Vov. sur cet incident les Mémoires de Cosnac.

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