CARDINAL MAZARIN
27 juillet i6o3.
« Monseigneur,
« V. Éiù. aura appris par M. de Las ce qui s'est fait jusqu'à son départ. Depuis, M. le premier président , de Pontac est arrivé à la prière de M. de Vendosme, avec lequel on a concerté des moyens de tenir cette ville dans Tobéissanceet dans le repos. Un des premiers est de purger la ville des principaux factieux et les faire sortir ; et on a résolu de le faire par la voie des Jurais et h leur demande. A quoi présentement ils travaillent, et nous les ferons assister de toute la jeunesse qui ne demande pas mieux que d'avoir cet emploi avec la différence du passé que la rigueur extraordinaire n'y sera pas meslée.
« M. de Caudale se résoult d'aller attaquer Villeneuve, et de concert M. de Vendosme demeurera jusqu'à ce qu'il ait pieu à V. E. d'envoyer les ordres du Roy.
« L'armée d'Espagne est tousjours à Royan. Elle descendit hier de Caslillon oii elle estoit montée pour prendre madame la princesse, Marsin et Lenet. On dit que Marsin demeurera dans cette armée en attendant deux mil chevaux que le Roy d'Espagne doit envoyer, lesquels, par le bruit, sont
SOUVENIRS JD^ KtmK BE LOUfS XIV. Si
à SaiErt-Sébastien. Cette princesse s'en va h Dunkerque. Celte armée est composée de viogt gros vaisseaux:, douze bruslots et trois frégates ou autres bâtiments qui font trente-une voiles.
« Le Parlement est à purger, non pas seulement ceux qui sont ici ; mais mesme de quelques-uns qui sonCàla Réole. Je ne trouve rien de si prodigieux ' que Eispagnet, Le Duc, Massip, et des plus illustres, qui sont à toute heure chez moi pour s\ff6rcer à me persuader que le Roy leur est obligé et que la penfe et la conclusion leur sont deiles, quoyque je leur responde perpétuellement qu'ils sont bien malheureux puisque personne ne le croit, et qu'au contraire on les montre au doigt comme ïes chefs de parti.
« Dans les maisons religieuses, il faut apporter d'u changement, car il y en a plusieurs qui méritent châtiment. Enfin, Monseigneur, si on n'y apporte de la vigueur et si on flatte mal, nous sommes en estât d'une recheute, car quoique les plus honnestes gens veuillent absolument la paix, le menu peuple est encore infecté, et la fermeté et le ressort qu'on met en œuvre par le moyen des Jurats et de jfa jeunesse apporteront et le calme et la soumission.
« Le sieur de Piardejeu estant allé recônnoistre
l'armée d'Espagne leur prist deux chaloupes, dont
Tune est de l'Admirai. C'est, Monseigneur, de vin. 6
y. Ém. le très humble, très obéissant et très fîdelle serviteur.
« GuRON, Év. DE Tulle.
<( A Bourdeaux, ce 27*' juillet 1653 K »
Tous les préliminaires de la paix étant arrêtés, il fallait qu'avant l'expiration de la trêve le traité de paix lui-même eût été conclu. Une commission réunie à THôtel-de- Ville arrêta en trente-cinq articles les conditions qui seraient soumises à l'approbation des généraux des armées royales, et une dépulation fut chargée de leur apporter ce projet.
A cette époque, où l'absence du télégraphe et des chemins de fer ne permettait pas les communications rapides, la Cour ignorait encore à quel point, depuis quelques jours, la face des affaires s'était modifiée à Bordeaux ; toutefois, par une sorte de pressentiment, elle conçut la crainte que ses généraux ne se laissassent aller à trop de condescendance pour la rébellion.
Le duc de Caudale, dont le faible pour la personne du prince de Conti était particulièrement appréhendé, reçut cette lettre du roi :
* Document inédit; Archives nationales, KK, 1220, p. 282.