‹ Souvenirs du second empireChapitre 14 sur 29 · I III. I · texte numérisé non relu

I III. I

veloppam d aussi nobles idées en un aussi magnifique langage*

Cette série de discours ouvrit les yeux à la France, qui put comparer les doctrines fécondes du chef qu'elle s'était donné aux stériles déclamations des orateurs parlementaires. Partout il témoigna de sa ferme volonté de rester dans la Constitutioui tout en laissant percer le courage nécessaire pour en sortir, si le salut de la France l'exigeait et si le peuple le lui demandait*

Voici comment, le IS août 1850, il s'exprimait au banquet de Lyon ;

c Je ne suis pas venu dans oes contrées* ou TEmpereur, mon oncle, a laissé de si profondes traces, afin de recueillir seulement des ovations et de passer des revues* Le but de mon voyage est, par ma présence, d'encourager les bons, de ramener les esprits égarés, de juger par moi-même des sentiments et des besoins du pays. La tâche que j'ai à accomplir exige votre concours, et pour que ce concours me soit complètement acquis, je dois vous dire avec franchise ce que je suis et ce que je veux.

c Je suis, non pas le représentant d'un parti, mais le représentant des deux grandes manifestations nationales qui, en 1804 et en 1848, ont voulu sauver par Tordre les grands principes de la Révolution française. Fier de mon origine et de mon drapeau, je leur resterai fidèle ; je serai tout entier au pays, quelque chose qu'il exige de moi, abni^gation ou persévérance.

f Pes bruits de coup d'État sont peut-être venus IQsqu'a vous; mais vous n'y avez pas ajouté foi» je

1 1*11 ■ Il

TOUS en remercie. Les surprises et les usurpations peuvent être le rêve des partis sans appui dans la nation ; mais TÉIu de six millions de suffrages exécute les volontés du peuple, il ne les trahit pas. Le patriotisme, je le répète, peut consister dans Tabnégatioa, comme dans la persévérance.

c Devant un danger général, toute ambition person* nelle doit disparaître ; en cela, le patriotisme se reconnaît, comme on reconnaît la maternité dans un jugement célèbre. Vous vous souvenez de ces deux femmes réclamant le même enfant. À quel signe reconnait-on la véritable mère ? Au renoncement à ses droits, que lui arrache le péril d'un tête chérie. Que les partis qui aiment la France n'oublient pas cette sublime leçon. Moi-même, s'il le faut, je m'en souviendrai. Hais, d'un autre côté, si des prétentions coupables se ranimaient et menaçaient le repos de la France, je saurais les réduire à l'impuissance en invoquant encore la souveraineté du peuple, car je ne reconnais à personne le droit de se dire son représentant plus que moi. »

Telle était alors sa politique, hardie, résolue, mais loyale^ et qu'il résumait ainsi, à Reims, en rentrant à Paris :

« Notre pays ne veut que Tordre, la religion, et une sage liberté. Partout, j'ai pu m'en convaincre, le nombre des agitateurs est infiniment petit, et le nombre des bons citoyens infiniment grand. Dieu veuille qu'ils ne se divisent pas. »

Ce langage trouva partout de l'écho, parce qu'il était l'expression fidèle du sentiment des populations. Il excita

SOUVENIRS DU SECOND EMPIRE I13v

les récriminations violeuies des chefs parlementaires, parce qu'ils voyaient bien que le pays leur échappait, et que la tribune était débordée par les grands courants populaires.

A la rentrée de l'assemblée, le 12 novembre 1850, le Prince revenait fortifié par l'acclamation des villes et des campagnes qu'il avait visitées. C'est au nom de cette force, qui le rendait mailre de lui et des autres, qu'il offrit une loyale alliance aux anciens partis, et qu'il les convia de concourir avec lui à la pacification du pays, sans autre préoccupation et sans autre but que le bien de tous.

Voici comment il s'exprimait :

€ J'ai souvent déclaré, lorsque l'occasion s'est offerte-, d'exprimer publiquement ma pensée, que je considérerais comme de grands coupables ceux qui, par ambition personnelle, compromettraient le peu de stabilité que nous garantit la Constitution. C'est ma conviction pro- . fonde. Elle n'a jamais été ébranlée. Les ennemis seuls de la tranquillité publique ont pu dénaturer les plus simples démarches qui naissent de ma situation.

c Comme premier magistrat de la République, j'étais obligé de me mettre en relations avec le clergé, la magistrature, les agriculteurs, les industriels, l'administration, l'armée... C'est un service, j'ose le dire, que je crois avoir rendu au pays car j'ai toujours fait tourner au profit de l'ordre mon influence personnelle.

c La règle invariable de ma vie politique sera, dans toutes les circonstances, de faire mon devoir, rien que mon devoir.

i!4 SOUVENIRS DtJ SECOND ËMPIHê

t II est aujourd'hui permis atout le monde, excepté à tnot, de vouloir hâter la révision de notre loi fondamentale. Si la Constitution renferme des vices et des dangers, vous êtes tous libres de les faire ressortir aux yeux du pays. Moi seul, lié par mon serment^ je me renferme dans les strictes limites qu'elle a tracées.

« Les conseils généraux ont, en grand nombre, émis le vœu de la révision de la Constitution. Ce vœu ne s'adresse qu'au pouvoir législatif. Quant à moi, élu du jpeuple, ne relevant que de lui, je me conformerai toujours à sa volonté, légalement exprimée.

c Hais quelles que puissent être les solutions de Tavenir, entendons-nous, afin que ee ne soit jamais la passion, la surprise, la violence qui décident du dort d'une grande nation ; inspirons au peuple l'amour du repos, en mettant du calme dans nos délibérations; inspirons-lui la religion du droit, en ne nous en écartant jamais nousmêmes; et alors, croyons-le, le progrès des mœurs politiques compensera le danger des institutions créées dans des jours de défiance et d'incertitude.

c Le but le plus noble et le plus digne d'une âme élevée n'est pas de rechercher, quand on est au pouvoir, par quels expédients on s'y perpétuera, mais de veiller sans cesse aux moyens de consolider, à l'avantage de tous, les principes d'autorité et de morale qui défient les passions des hommes et l'instabilité des lois.

« Je vous ai loyalement ouvert mon cœur; vous répondrez k ma franchise par votre confiance, à mes bonnes intentions par votre concours, et Dieu fera le reste. »

Ce langage était la sincère expression de la pensée du Prince. Il voulait faire le bien du pays, malgré les vices de la Constitution, qui avait été, en partie, faite contre lui.

Ainsi, le serment avait été aboli pour .tout le monde, le 25 février 1848; on le rétablit, dans l'article 48 de hGonittiution, pour le président de la Républiqu6|} pourquoi? H. le généfal Gdvatgnao, d&nl la di&ôuftsion sur la proposition de révision, avoua à la tribune que le serment avait été un nctededéfianoe contre le prince Louis- Napoléon, dont la candidature était prévue et redoutée.

Ainsi encore, l'article 48 exigea que le Président n'ctif jamaU perdu ssi qualité de Français.. C'était une réserve pour le ùM où une petite majorité permettrait de recourir à des chicanes, et de rappeler que le Prince avait été capitaine d'artillerie dans la milice d'un canton suisse. Les six millions de voix du 10 décembre tirent évanouir cet argument. Je le répète, jusqu'à la fin de 18B0, le Prince n'eut jamais la pensée de recourir à un coup d'État; il comptait sur la reconnaissance du peuple.

Comment l'Assemblée répondit^elle à cet appel? En foulant aux pieds les vœux des conseils généraux, qui demandaient la révision de la Constitution en vue de proroger le gouvernement du Prince, et en soutenant tous ceux qui conspiraient et contre son pouvoir et contre sa sécurité personnelle.

Page 1