AFFAISSEMENT DE L'ASSEMBLÉE
Les républicains avaient fait le succès du Prince. — Ils s'étaient défiés des monarchistes. — Appréciation du Journal des Débats. — Les parlementaires tentent une nouvelle combinaison, en s' appuyant sur le général Cavaignac. — Je raconte ces intrigues dans Tarticle intitulé les Deux Dictatures, — Effet immense de cette provocation. — L'Assemblée veut et n*ose le poursuivre.
Le succès du Prince, il n'y avait pas à se le dissimuler, était dû à l'appui du parti républicain, lequel, à l'exception du général Cavaignac et du groupe du National^ avait fait échouer la proposition des questeurs. Les trois cents j qui avaient poussé au coup d'État fait par l'Assemblée, comprenaient 145 légitimistes, 120 conservateurS) membres de la réunion Molé^ et 18 orléanistes, groupés autours de M. Thiers. Fruit de combinaisons passagères, ce succès n'était donc ni l'indice ni le gage d'une situation stable, et il y avait d'autant moins à s'endormir 'dans une fausse sécurité que les monarchistes avaient sollicité l'appui des républicains, et le sollicitaient encore. Le Journal des Débats du lendemain 18 le cpnstatail avec amertume : « On reproche au Président
d'avoir accepté le concours de la Montagne ; mais le Président peut répondre que ce concours, les conservateurs l'ont recherché^ demandé^ quêté » .
Et chose grave, ils le recherchaient ^ le demandaient, le quêtaient avec une ardeur nouvelle, allant jusqu'à offrir de déférer la dictature au général Cavaignac, puisque c'était pour faire échouer celle du général Changarnier que les montagnards s'étaient décidés à voter pour le Prince. C'est au milieu de ces nouvelles négociations, et pour les faire échouer en les dénonçant, qu'il fut résolu dans un conseil d'intimes, tenu chez M. Véron, le dimanche matin 23, que j'écrirais l'article du 24, intitulé LES DEUX DICTATURES, ariiclc dépassaut, avec intention, toute mesure, provoquant avec la plus violente audace et les droites et les g.iuches, et qui, une heure avant la mise sous presse, fut ainsi jugé par toute la rédaction du Constitutionnel : « Monsieur Boilay, dit M. Véron, que pensez-vous de l'article de Cassagnac? — Je pense que si, comme gérant, vous voulez payer dix mille francs d'amende, et faire six mois de prison, vous n'avez qu'à l'insérer. — Et vous, monsieur Cucheval- Clarigny? — Je pense de même. — Et vous, monsieur Cauvin? — C'est aussi mon avis. — Eh bien! reprit M. Véron, je payerai les dix mille francs et je ferai les six mois de prison, maisl'article passera, sans qu'il y soit changé une syllabe. »
Le voici : M. Véron Ta reproduit dans ses Mémoires d'un Bourgeois de Paris, comme pièce historique.